L’ancien chef du Mossad, Meir Dagan a accusé vendredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’avoir causé à Israël de « lourds dommages stratégiques sur la question iranienne » en s’opposant aux dirigeants des États-Unis et a déclaré que Netanyahu avait fait prendre des risques « intolérables » au pays en mettant en danger ses liens avec Washington.

Parallèlement, Haaretz a rapporté vendredi que Dagan serait le principal intervenant à un rassemblement contre Netanyahu, qui se tiendra à Tel-Aviv le 7 mars, dix jours avant les élections.

Les relations déjà difficiles de Netanyahu avec l’administration Obama ont atteint un niveau sans précédent au cours des dernières semaines, en raison de son discours au Congrès américain le 3 mars.

La Maison Blanche s’oppose à ce discours – qui se tient à l’invitation du président de la Chambre John Boehner et qui a été décidé sans coordination avec l’administration – qu’elle considère comme une tentative de Netanyahu de faire dérailler les négociations nucléaires avec l’Iran.

Netanyahu, pour sa part, soutient que c’est son devoir d’exposer aux législateurs américains les dangers posés par un accord qui selon lui permettrait à l’Iran de devenir un état de seuil nucléaire.

Mais beaucoup de critiques israélien et américain du Premier ministre affirment que le discours a seulement servi à nuire aux relations bilatérales. L’action de Netanyahu a entravé la possibilité du Congrès d’agir contre l’accord en ralliant les démocrates au président face à ce qui est perçu comme une attaque contre lui.

« Qu’est-ce que Netanyahu va obtenir dans ce voyage ? Je ne comprends pas », s’interroge Dagan dans les colonnes du Yedioth Ahronoth. « Quel est son objectif ? Des applaudissements ? Ce voyage est voué à l’échec depuis le début. »

« Un Premier ministre israélien qui entre en conflit avec une administration américaine doit se demander quels sont les risques », a déclaré Dagan.

« Le parapluie du veto américain pourrait disparaître, et Israël se trouverait rapidement face à des sanctions internationales. Les risques de cette confrontation sont intolérables. »

Dagan a ajouté que Netanyahu donnait à l’Iran des raisons de se réjouir. « Ils sentent qu’ils ont réussi à diviser Israël et son allié. »

Dans sa rhétorique inflexible à l’égard de l’Iran, Dagan a déclaré que Netanyahu avait renoncé à intervenir militairement contre l’Iran dans le passé parce que « tous les organismes professionnels s’y étaient opposés ».

« Il savait que la responsabilité retomberait sur lui », a ajouté Dagan.

« Je ne l’ai jamais vu de ma vie prendre la responsabilité de quoi que ce soit. J’ai vu des dirigeants qui ont pris des décisions et ont admis plus tard qu’ils avaient eu tort. La différence entre lui et les autres, c’est la volonté de prendre ses responsabilités. Il est bon dans les paroles, pas dans les actes. »

Dagan a également attaqué Netanyahu sur sa gestion de l’opération Bordure protectrice de l’été dernier dans la bande de Gaza.

« Qu’avons-nous obtenu ? Rien, sinon un cessez-le-feu qui sera rompu lorsque le Hamas le décidera », a-t-il dit.

« Netanyahu a mal géré. La seule chose qui l’intéressait était de se faire photographier avec des cartes d’état-major. Ils disent que Netanyahu a agi de façon responsable. Responsable ? C’était une mise en scène pour ne rien faire. Il n’y avait aucun processus réflechi sur ce qu’ils voulaient atteindre avec cette opération. »

La manifestation que Dagan dirigera le 7 mars aura lieu sur la Place Rabin avec pour slogan, « Israël veut changer ».

« Après six années d’échecs, nous voulons faire renaître l’espoir », ont écrit les organisateurs sur la page Facebook du rassemblement. « Disons tous ensemble : ‘Israël veut changer – les gens exigent le remplacement de cette direction' ».

Il a été rapporté dans le passé que Dagan avait refusé en 2010 un ordre de Netanyahu de préparer une attaque contre l’Iran.

Les informations de la Deuxième chaîne avait rapporté en 2012 que le Premier ministre Netanyahu et le ministre de la Défense d’alors Ehud Barak avait demandé aux responsables sécuritaires que l’armée soit prête à attaquer les installations nucléaires de l’Iran en quelques heures si nécessaire.

Mais Dagan aurait rétorqué que l’ordre, s’il etait suivi, pourrait conduire à une guerre fondée sur une décision illégale.

Et le chef d’état-major d’alors Gabi Ashkenazi, aurait déclaré qu’une telle attaque serait « une erreur stratégique », avertissant également que l’ordre même de se préparer à une attaque pourrait entraîner une guerre, même si Israël n’a pas réellement choisi d’en lancer une.

Le rapport cite des sources proches de Ashkenazi et de Dagan – qui, depuis ont quitté leurs postes respectifs, affirmant que tous deux avaient ouvertement manifesté leur opposition à une attaque contre l’Iran – au point que les deux hommes ont quitté la réunion quand Netanyahu leur a ordonné de lancer le « code P Plus », qui signifie de préparer l’armée à une attaque imminente.

Ashkenazi et Dagan se seraient violemment opposés à l’ordre. « Vous nous menez à une guerre fondée sur une décision illégale », aurait dit l’ancien chef du renseignement.

« Seul le cabinet de sécurité est autorisé à prendre une telle décision. »

Plus tard, Dagan aurait dit que « le Premier ministre et le ministre de la Défense ont tenté de voler une guerre ; c’est aussi simple que cela. »