Si Tal Ofer parvient à ses fins, d’ici une décennie, il sera le premier Israélien élu au Parlement britannique. Mais avant, il devra avoir occupé la fonction de représentant de Londres au Parlement européen.

Pour l’instant, Ofer commence modestement. Il veut devenir le premier Israélien à marquer la politique britannique en se portant candidat à l’élection du 22 mai pour l’un des trois sièges de représentants de la circonscription de Fullwell, dans le quartier londonien de Redbridge, réputé pour sa diversité culturelle.

Membre loyal du Parti travailliste, à la fois en Israël et la Grande-Bretagne, la carrière de cet homme de 34 ans semblait suivre une trajectoire bien tracée au ministère israélien des Affaires étrangères. Né à Tel Aviv, Ofer a servi comme officier dans l’armée israélienne, a obtenu une licence en administration au Centre interdisciplinaire d’Herzliya et est titulaire d’un diplôme avec mention d’une école de politique européenne.

Après avoir terminé ses études à Londres, Ofer est retourné à la maison et est entré dans la vie active israélienne. Un détail toutefois le gênait : il ne parvenait pas à gagner un salaire décent.

Faisant le simple calcul qu’avec ses 5 000 shekels (1 450 de dollars) mensuels pour son poste d’analyste des affaires européennes, il ne pourrait subvenir aux besoins d’une famille ou acheter sa propre maison, il y a cinq ans et demi, Ofer décide de retourner à Londres, où, pensait-il, les opportunités d’évoluer seraient plus larges.

« Et j’avais raison », sourit Ofer, aujourd’hui père, propriétaire, et bientôt, il l’espère, politicien.

« C’est vraiment triste, ce n’est pas une décision prise à la légère ou sans mûre réflexion », explique l’expatrié. Depuis son déménagement à Londres, pourtant, Ofer endosse souvent la robe d’avocat de l’Etat hébreu, et sert la diaspora juive en tant que membre du Parlement juif européen depuis octobre 2011.

Ses positions pro-israéliennes lui ont fait gagné une notoriété involontaire au sein de son parti politique. Début février, Ofer s’est insurgé contre la députée travailliste Yasmin Qureshi, qui a comparé le comportement d’Israël dans la bande de Gaza au traitement des Juifs par les nazis pendant l’Holocauste. Qualifiant ses remarques d’antisémites, il les a signalées au siège du Parti travailliste. Qureshi a ensuite dû faire des excuses publiques.

« Je pense que c’est un grand succès. Nous ne devons pas passer sous silence [des déclarations comme celles-ci]… Trop souvent, nous entendons les voix qui s’élèvent contre Israël, et il faut rétablir l’équilibre », précise Ofer.

Il explique que plaidoyer en faveur d’Israël en Grande-Bretagne est très difficile lorsqu’on fait partie de la gauche, notant que la plupart des débats pro-israéliens sur les médias sociaux sont initiés par la droite.

« Je suis travailliste parce que je crois aux principes du mouvement. Au sein du parti, je peux faire beaucoup pour défendre Israël », dit-il. Avec l’actuel leader juif du Parti travailliste, Ed Miliband, Ofer estime qu’il sera plus facile à présent de plaider pour Israël.

Ofer travaille actuellement à temps plein en tant que directeur des ventes pour une grande entreprise du secteur d’Internet. Son travail dans l’entreprise, dit-il, sera avantageux pour sa future carrière politique et il se réjouit de commencer avec la politique locale.

« Je me considère comme un Britannique, et je suis impliqué dans la vie politique au niveau local », a-t-il dit.

La circonscription de Redbridge, forte de 250 000 âmes, renferme une petite communauté juive – issue de la migration juive à Golders Green et à Finchley – et dispose d’une école juive primaire et secondaire. S’il est élu à ce poste non rémunéré, Ofer garantit qu’il essayera de représenter la communauté juive en prenant part aux décisions sur les maternelles, les écoles, la collecte d’ordures et les projets de la région.

Un poste local est une manière pour Ofer de se connecter avec les résidents « sur le terrain avant Westminster. »

« Pour moi, avec mon expérience sur le terrain et mes connaissances, je peux donner une bonne perspective au débat [israélo-palestinien] au sein du parti… Quand nous voyons l’antisémitisme croissant en Europe, il est très important de s’y opposer ainsi qu’au BDS [boycott, désinvestissement et sanctions] et de défendre Israël », assure Ofer.

« Si je deviens député, je n’aurai pas peur de parler d’Israël », conclut-il.