WASHINGTON — Le président américain Trump devrait ne pas certifier l’accord sur le nucléaire iranien vendredi – une décision que beaucoup interprètent comme une première étape vers l’annulation de l’accord phare.

Il y a eu de nombreux éléments avancés au cours de récentes semaines en défaveur de ces actions – qui laisserait les Etats-Unis sans capacité d’inspection de Téhéran, faisant ainsi du tort à la crédibilité américaine – et un physicien théorique renommé souligne qu’il y a une autre raison importante pour laquelle annuler l’accord représenterait une erreur.

Il y a une forte possibilité, insiste Jeremy Bernstein, que l’ingénieur du nucléaire pakistanais qui a créé le programme d’enrichissement de son pays et qui a été une figure majeure dans la construction du programme nucléaire, ait vendu le projet aux Iraniens.

Dans ce cas, l’Iran pourrait fabriquer une bombe en quelques semaines une fois qu’il aurait obtenu assez de matériel fossile, activité qui lui est interdite selon les clauses de l’accord signé en juillet 2015, connu officiellement comme le Plan d’Action Commun et Global.

« Je pense qu’ils [les Iraniens] ont les plans pour une arme nucléaire, a déclaré Bernstein au Times of Israël jeudi. Je pense aussi qu’ils ont perfectionné l’implosion, qui est un aspect important. Donc je crois que la seule chose qui leur manque pour fabriquer une arme nucléaire, c’est le matériel fossile ».

A.Q.A Kahn, le physicien qui a vendu la technologie nucléaire, les missiles, les centrifugeuses d’enrichissement en uranium et les projets nucléaires sur le marché noir, est déjà connu pour avoir fait des affaires avec l’Iran, mais aussi la Corée du Nord et la Libye.

Khan a rencontré le Premier ministre pakistanais Zulkifar Bhutto en 1974, qui a encouragé Khan pour aider sa nation à obtenir l’arme atomique. Il était un élément clef du développement de l’arsenal nucléaire du Pakiestant, et en 2004, il a été arrêté pour avoir transmis la technologie nucléaire à d’autres pays.

Il a ensuite avoué avoir vendu les secrets pakistanais à certains des régimes les plus dangereux du monde. Il vit maintenant à Islamabad.

En 1898, Khan a commencé à vendre des éléments de la centrifugeuse P1 aux Iraniens, que les inspecteurs de l’Agence Internationale à l’Energie Atomique ont ensuite trouvée. Au milieu des années 1990, il a échangé des centrifugeuses avec les Nord-Coréens contre des missiles.

Mais surtout, note maintenant Bernstein, Khan a vendu un pack à la Libye qui incluait un projet pour une bombe qui a été donné aux Etats-Unis en 2006 quand le dictateur libyen Muammar Khadafi a accepté de démanteler son programme nucléaire.

Mouammar Kadhafi, l'ancien dictateur libyen, au 12e sommet de l'Union africaine, en février 2009. (Crédit : U.S. Navy photo by Mass Communication Specialist 2nd Class Jesse B. Awalt/Domaine public/WikiCommons)

Mouammar Kadhafi, l’ancien dictateur libyen, au 12e sommet de l’Union africaine, en février 2009. (Crédit : U.S. Navy photo by Mass Communication Specialist 2nd Class Jesse B. Awalt/Domaine public/WikiCommons)

Bernstein pense qu’il y a une bonne possibilité que Khan ait vendu le même programme à l’Iran dans d’autres transactions au fil du temps.

« Il a vendu un pack à la Libye et il a vendu un pack à l’Iran, a-t-il déclaré. Nous savons précisément ce qu’il y avait dans le pack puisque Khadafi l’a donné à la CIA. Je suppose qu’il a vendu le même pack à l’Iran ».

« Khan vendait tout ce qu’il pouvait pour des millions et des millions de dollars, donc il pouvait vendre n’importe quoi à quiconque voulait acheter, a-t-il ajouté. Il a essayé de le vendre aux Irakiens, mais ils ne le croyaient pas. Il faisait des affaires ».

Trump devrait prononcer un discours vendredi pour annoncer sa nouvelle stratégie sur l’Iran, qui doit inclure son refus de certifier l’accord sur le nucléaire iranien – quelque chose que la Maison Blanche doit faire selon l’accord que l’ancien président Barack Obama a passé avec le Congrès en 2015, intitulé la Loi de Surveillance de l’Accord du Nucléaire Iranien.

La loi impose au président de faire un rapport à Capitol Hill tous les 90 jours pour savoir si Tehéran respecte ses engagements dans l’accord international.

Ne pas certifier l’accord n’annulerait pas l’accord. Mais cela forcerait le Congrès à lancer une période de revision de 60 jours pour décider s’il faudrait à nouveau imposer les sanctions qui étaient en place avant que l’accord ne soit appliqué.

Le président américain Barack Obama pendant son dernier discours présidentiel, à Chicago, le 10 janvier 2017. (Crédit : Ronit Bezalel/Times of Israël)

Le président américain Barack Obama pendant son dernier discours présidentiel, à Chicago, le 10 janvier 2017. (Crédit : Ronit Bezalel/Times of Israël)

Des critiques ont cité le fait que les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique et des officiels américains de haut rang ont déclaré que l’Iran respectait l’accord sur le nucléaire.

Juste la semaine dernière, le chef d’Etat-Major des Armées, le général Joseph Dunford, a déclaré que « l’Iran respecte matériellement l’accord » et le ministre des Affaires étrangères Rex Tillerson, de son côté, a déclaré qu’il « respecte techniquement » l’accord.

Des officiels de la Maison Blanche ont déclaré à des journalistes au cours de dernières journées que l’administration cherchera à utilisera cette période de révision après la non certification pour réécrire des aspects de l’accord, y compris ses provisions « d’extinction ». L’administration cherchera à permettre aux inspecteurs de l’AIEA d’avoir accès aux sites militaires de l’Iran et d’inclure des restrictions sur le test et le développement de missiles ballistiques.

Le discours de vendredi de Trump devrait être focalisé sur les activités régionales destabilisantes de l’Iran et du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, une branche armée des forces iraniennes, a annoncé Axios.

Des représentants des Etats-Unis, y compris le président des chefs d’Etat major Staff Joseph Dunford et l'ambassadeur Dan Shapiro, rencontrent les officiels militaires israéliens, y compris le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le chef d'Etat major Gadi Eizenkot, au quartier général du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 3 mars 2016. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

Des représentants des Etats-Unis, y compris le président des chefs d’Etat major Staff Joseph Dunford et l’ambassadeur Dan Shapiro, rencontrent les officiels militaires israéliens, y compris le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le chef d’Etat major Gadi Eizenkot, au quartier général du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 3 mars 2016. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

Bernstein, originaire de Rochester dans l’état de New York et fils d’un rabbin, a fustigé le président pour avoir critiqué l’accord, que Trump a qualifié « d’embarras » et le pire accord jamais négocié. Bernstein a déclaré qu’il ne le reconnaît pas comme un accord de contrôle des armes

« Je pense qu’il ne comprend rien à tout cela, a-t-il déclaré. Il le voit comme un accord commercial dans lequel nous n’avons rien obtenu et les Iraniens ont eu beaucoup d’argent. C’est sa vision de la chose ».

« Personne ne peut lui parler parce qu’il est tout simplement impénétrable, a-t-il continué. Il voit cela comme un accord commercial. Il n’a aucune idée de ce qui est en jeu ici. Il est totalement ignorant ».