Un fabricant israélien de drones a tenté de bombarder l’armée arménienne pour l’Azerbaïdjan pendant une démonstration de l’un de ces drones « suicides » le mois dernier, selon une plainte déposée auprès du ministère de la Défense.

Une copie de la plainte déposée contre Aeronautics Defense Systems Ltd. et l’Agence de contrôle des exports militaires du ministère a été publiée dimanche par le quotidien Maariv.

Le ministère de la Défense a confirmé qu’il enquêtait sur le sujet, sans donner plus de précision.

« Par principe, le ministère de la Défense ne commente pas les sujets concernant les exports militaires. L’accusation fait l’objet d’une enquête par les personnes concernées au ministère », a déclaré dimanche un porte-parole dans un communiqué.

Selon l’article, la firme a envoyé une équipe à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, pour faire la démonstration de son drone Orbiter 1K, qui peut transporter une petite charge explosive, de un à deux kilogrammes, et voler vers une cible ennemi pour une mission « suicide ».

Selon la plainte, pendant la démonstration des capacités du système Orbiter 1K à l’armée azérie le mois dernier, il a été demandé à l’entreprise de mener un test sur le terrain contre une position militaire arménienne. Les deux pays s’affrontent depuis près de 25 ans, et le conflit s’est accentué ces 16 derniers mois sur la région disputée de Nagorno-Karabakh.

Un tel test est illégal au regard de la loi israélienne, car les entreprises doivent demander une autorisation, rarement accordée, leur permettant de mener des démonstrations contre des cibles réelles. Dans ce cas, Aeronautics Defense Systems n’aurait très probablement pas reçu un tel permis, puisque l’Arménie n’est pas considérée comme un état ennemi d’Israël.

Les deux Israéliens opérant les drones Orbiter 1K pendant le test ont refusé de mener cette attaque, malgré les menaces de leurs supérieurs, a indiqué Maariv.

Deux cadres de la délégation d’Aeronautics Defense Systems envoyées à Bakou ont ensuite tenté d’accéder à la demande azérie, mais, sans l’expérience nécessaire, ont raté leurs cibles, selon l’article. Il n’y a eu aucun blessé ni dégât.

Le drone Orbiter 2 de Aeronautics Ltd (Crédit : Times of Israël)

Le drone Orbiter 2 de Aeronautics Ltd (Crédit : Times of Israël)

L’entreprise a démenti cette affirmation, déclarant qu’elle « n’a jamais mené de démonstration contre des cibles réelles, y compris dans ce cas. »

La compagnie a ajouté qu’elle vendait ses armements à quelque 50 pays avec l’autorisation de l’Agence de contrôle des exports militaires.

« Les actes opérationnels sont menés par l’acheteur seul, et sur sa propre responsabilité », a ajouté l’entreprise dans son communiqué.

Aeronautics Defense Systems, spécialisée dans les technologies des drones, fabrique également des drones similaires à l’Orbiter 1K mais qui ne peuvent pas attaquer, et ne peuvent être utilisés que pour des missions de reconnaissance. Azad Systems, une filiale de l’entreprise gérée par le ministère azéri de la Défense, fabrique actuellement au moins deux modèles basés sur la plate-forme Orbiter. Les médias azéris ont également rapporté que le pays avait ses propres drones suicides Orbiter.

Un drone Harop fabriqué en Israël, qui aurait été utilisé par l'Azerbaïdjan pour faire exploser un bus dans la région de Nagorno-Karabakh, en avril 2016. (Crédit : Facebook)

Un drone Harop fabriqué en Israël, qui aurait été utilisé par l’Azerbaïdjan pour faire exploser un bus dans la région de Nagorno-Karabakh, en avril 2016. (Crédit : Facebook)

L’année dernière, l’Azerbaïdjan a utilisé un autre drone suicide israélien, le modèle Harop des Industries aérospatiales israéliennes, pour attaquer un bus, tuant sept Arméniens.

L’Azerbaïdjan est l’un des plus premiers importateurs d’équipements militaires israéliens, et est vu comme un allié important de l’Etat juif, étant donné qu’il partage une frontière avec le plus grand ennemi d’Israël, l’Iran.

L’année dernière, le président du pays, Ilham Aliyev, a révélé que l’Azerbaïdjan avait acheté pour cinq milliards de dollars d’armements à Israël.

En 2012, Foreign Policy avait rapporté qu’Israël avait conclu un accord avec l’Azerbaïdjan lui permettant de réaliser des sorties hors du pays.

« Les Israéliens ont acheté un terrain de vol », avait alors déclaré au magazine un responsable de l’administration américaine, « et ce terrain de vol est l’Azerbaïdjan. »

Israël a été critiqué par la communauté internationale pour sa coopération avec l’Azerbaïdjan en raison des violations signalées des droits de l’Homme commises par le pays. Il est l’un des rares pays majoritairement musulmans avec qui Israël a une relation ouvertement positive.

Le blogueur israélo-ukrainien Alexander Lapshin, en septembre 2014. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le blogueur israélo-ukrainien Alexander Lapshin, en septembre 2014. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le mois dernier, l’Azerbaïdjan a condamné un blogueur israélien, Alexander Lapshin, à trois ans de prison pour s’être rendu dans la région de Nagorno-Karabakh, contrôlée par des séparatistes arméniens, et pour avoir insulté le président azéri Aliyev.

L’avocat de Lapshin a indiqué que son client avait rencontré un responsable israélien et qu’il espérait être extradé vers l’Etat juif.