Le ministère de la Culture, rejoint par d’autres organisations publiques, chercherait à récupérer plus de 2 millions de shekels qu’il a financés pour un film d’un réalisateur arabe israélien après que le film terminé a été présenté au Festival du film de Venise comme produit en Palestine.

Le film « Villa Touma », du réalisateur et scénariste Suha Arraf, a été sélectionné pour la Semaine internationale de la critique du prestigieux festival sans aucune mention d’Israël alors que ses financements ont rendu le travail possible, a rapporté Walla jeudi.

Le ministère de la Culture et des Sports israélien a dépensé 1,35 million de shekels dans le financement du film. La Loterie nationale (Mifal Hapayis) a donné 114 000 shekels et le ministère de l’Economie un supplément de 600 000 shekels. Au total, l’Etat a financé deux tiers du budget du film, qui s’élève à 3 millions de shekels.

Interrogé sur le fait de savoir s’il avait listé le film comme venant de Palestine, Arraf, qui s’identifie comme palestinien et vient de la ville israélienne arabo-chrétienne de Mi’ilya en Galilée, a refusé de commenter. A la place, il a soulevé la situation critique des civils palestiniens dans la bande de Gaza ravagée par le conflit.

« Cela ne m’intéresse pas de répondre » a affirmé Arraf. « Je n’ai pas de réponse. Je serais très heureux de réagir sur le meurtre des enfants à Gaza. C’est ça ma réponse. La nationalité de mon film n’est pas un sujet de débat, point final ».

Nombreux parmi ceux impliqués dans le film, notamment l’un des autres producteurs et le directeur artistique, ont exprimé leur consternation devant les actions d’Arraf.

« Ce qu’a fait Suha Arraf était exagéré et blessant » a confié Eitan Levi, le décorateur artistique du film. « Le film Villa Touma est un film israélien selon la loi, car il a reçu de l’argent israélien, il a été financé par des fonds israéliens, et a gagné un prix au festival de Haïfa, qui est un festival israélien ».

Le film raconte l’histoire de trois sœurs chrétiennes vivant à Ramallah durant les premières années de l’occupation israélienne de la zone. Les sœurs vivent une vie renfermée, dans leur villa, jusqu’à l’arrivée d’une nièce qui vient bouleverser leur monde.

« Le ministère de la Culture doit régulariser cette situation, afin que cela ne devienne pas un modèle pour d’autres films qui seront listés comme ‘palestiniens’ à nos dépens » a dit Levi.

Levi a expliqué qu’il avait interrogé Arraf, qui lui a répondu que du fait qu’elle – la réalisatrice, scénariste et productrice – est palestinienne, alors le film l’est également. Toutefois, elle n’a pas voulu s’étendre sur le sujet, a dit Levi à Walla News.

Le ministère de la Culture a affirmé qu’il recherchait des moyens judiciaires pour récupérer l’argent.

« Nous avons été stupéfaits d’entendre parler de l’intention de présenter le film au festival, réalisé par des producteurs israéliens et qui a bénéficié du soutien de l’Etat d’Israël, comme représentant la Palestine », a indiqué le ministère dans un communiqué.

La Loterie nationale a annoncé avoir pris des mesures similaires.

« Présenter le film comme représentant une entité non-israélienne est de la tromperie et de l’abus de fonds octroyés aux citoyens israéliens », déclare l’organisation dans un communiqué. « Mifal Hapayis cherche à rectifier la situation et à demander un remboursement. En outre, si nécessaire, de nouvelles règles seront fixées pour éviter que de tels incidents se reproduisent. »

Le ministère de l’Economie a déclaré dans un communiqué qu’il « se penche sur les aspects juridiques de la situation. »

Angelica Berman, qui a coproduit le film, était également furieuse de la décision d’Arraf.

« Je suis étonnée de voir comment toutes les publicités annoncent que le film a été produit en Palestine, » dit-elle. « Pourquoi travestir la vérité et cacher la collaboration étonnante et professionnelle entre les Juifs et les Arabes dans cette production ? Le film a été produit et tourné en Israël, avec le soutien de l’argent public israélien ».

« Je pense que les partenaires israéliens de cette production spéciale ont été victimes d’une grande injustice, » ajoute-t-elle.