Alors que les familles juives du monde entier recourent à la grenade qu’elles dégustent traditionnellement à l’occasion de Rosh HaShana, elles pourraient bien ne pas avoir réalisé que ce fruit, avec ses graines juteuses rouges et la petite couronne qui le caractérise, pourrait être essentiel à un vieillissement serein.

Le roi Salomon aurait créé sa couronne sur le modèle de celle de la grenade et l’image de ce fruit apparaît souvent sur les anciennes pièces de monnaie de Judée. La grenade aurait 613 graines, ce qui correspond aux 613 préceptes ou commandements établis par la Torah qui régulent le mode de vie juif. Et pour cette raison, et parce qu’elle représente la fertilité, le savoir, l’apprentissage et la sagesse, et parce qu’elle est saisonnière en Israël, elle apparaît traditionnellement sur les tables pour fêter la nouvelle année juive.

L’association de la grenade avec le savoir, l’apprentissage et la sagesse pourrait bien ne pas être éloignée de la réalité. L’huile de graine de grenadier contient de fortes concentrations d’acide punicique, plus connu sous le nom d’omega 5, qui serait l’un des antioxydants naturels les plus puissants.

« L’oxydation des protéines et des lipides joue un rôle important dans le processus de vieillissement et dans la dégénérescence neurologique en général », explique le professeur Gabizon, qui travaille sur les maladies dégénératives du cerveau au département de neurologie de l’hôpital universitaire de Hadassah à Jérusalem. « Les cellules du cerveau meurent avec le temps, dès que nous entrons dans l’adolescence, et elles ne sont pas remplacées ».

La professeure Ruth Gabizon, chercheuse en maladies dégénératives du cerveau au département de neurologie de l'hôpital universitaire de Hadassah à Jérusalem (Autorisation)

La professeure Ruth Gabizon, chercheuse en maladies dégénératives du cerveau au département de neurologie de l’hôpital universitaire de Hadassah à Jérusalem (Autorisation)

Les activités quotidiennes banales, comme la digestion ou la respiration, créent des radicaux libres qui résultent en une oxydation qui endommage les cellules humaines et celles du cerveau en particulier. Contrairement aux cellules sanguines ou de la peau, les cellules du cerveau ne sont pas remplacées. Les radicaux libres sont donc préjudiciables pour notre santé et finissent par altérer, entre autres, la pensée, la mémoire, le sens de l’orientation et la vigilance.

Les maladies dégénératives et la dégradation du cerveau sont typiques des maladies débilitantes comme Alzheimer, Parkinson et la maladie de Creutzfeldt-Jakob dans lesquelles les cellules du cerveau sont détruites, une destruction suivie par une détérioration rapide aux niveaux fonctionnel et comportemental, entraînant finalement la mort.

Le nombre de personnes dans le monde entier qui vivent avec des démences – et dont on s’attend qu’il double tous les vingt ans – s’élevait à 75 millions en 2010 et devrait atteindre le chiffre de 131,5 millions en 2050, selon l’association internationale de la maladie d’Alzheimer.

Lutter contre l’incendie par l’alimentation

Le vieillissement et la dégénérescence du cerveau sont des processus naturels inévitables, dit Gabizon, mais ils peuvent être accélérés ou au contraire ralentis en fonction de nos modes de vie.

Les antioxydants sont connus pour leur capacité à nous protéger contre la destruction des cellules du corps et du cerveau. On peut en trouver dans des aliments comme la canneberge, les myrtilles, les haricots, les artichauts, les noix de pécan et tous les aliments qui contiennent de la vitamine E.

GranaGard est un complément alimentaire qui continent de l'huile de graine de grenadier (Autorisation : Efrat Eshel)

GranaGard est un complément alimentaire qui contient de l’huile de graine de grenadier (Autorisation : Efrat Eshel)

« Si nous sommes en mesure de contrôler les niveaux de radicaux libres, peut-être nos cellules fonctionneront-elles mieux et vivront-elles plus longtemps », dit Gabizon. « Notre approche est que même si nous ne pouvons pas guérir les malades gravement touchés par des maladies comme Alzheimer parce qu’ils sont diagnostiqués à une phase où un nombre important de cellules du cerveau sont déjà mortes, peut-être pouvons-nous retarder l’avancée de la maladie à un stade précoce ou même prévenir l’arrivée de la maladie chez les personnes en bonne santé mais qui risquent de développer une dégénérescence neurologique, ce qui est en fait le cas de la plupart d’entre nous ».

« Et cela, en étendant la durée de vie des cellules du cerveau et en améliorant leur fonctionnement même dans des conditions dures dans lesquelles le corps est rempli de ‘poubelles biologiques’, comme les radicaux libres oxydants qui sont destructeurs ».

Les antioxydants, qui sont présents dans de nombreux fruits et légumes, peuvent en partie atténuer la destruction des cellules du corps et du cerveau. C’est également le cas de l’huile de graine de grenadier.

Malheureusement, les antioxydants que nous consommons par le biais des aliments et des compléments alimentaires n’ont pas toujours l’effet désiré parce qu’ils sont absorbés en concentrations trop faibles ou mis hors d’usage par le système digestif, ce qui a pour conséquence qu’ils n’atteignent jamais les cellules du cerveau ou autres.

Le défi, explique Gabizon, est de garantir que l’huile de grenadier que nous consommons, qui est généralement filtrée par le foie, atteint bien les parties de notre corps qui peuvent bénéficier de ses effets.

Alors Gabizon s’est associée au professeur Shlomo Magdassi — expert dans le domaine des nanotechnologies à l’institut Casali de chimie appliquée à l’université Hébraïque de Jérusalem – et ils ont cherché à trouver ensemble un moyen de scinder l’huile en particules minuscules qui puissent traverser le foie sans se faire détecter et atteindre le cerveau.

Le produit qu’ils ont développé, qui s’appelle GranaGard, contient une forte concentration d’antioxydants qui ont de bonnes chances de toucher le cerveau.

Le professeur Shlomo Magdassi de l'institut Casali de chimie appliquée à la faculté des sciences de l'université Hébraïque de Jérusalem (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Le professeur Shlomo Magdassi de l’institut Casali de chimie appliquée à la faculté des sciences de l’université Hébraïque de Jérusalem (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Une étude de GranaGard réalisée par Gabizon et Magdassi a montré que la consommation du produit par des souris de laboratoire atteintes de sclérose en plaque retardait la propagation de la maladie et réduisait son intensité de manière considérable. Une expérience supplémentaire avec des souris de laboratoire souffrant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob a révélé que l’utilisation de GranaGard « avait considérablement ralenti la propagation de la maladie et réduit l’intensité des processus de démence dégénérative qui l’accompagnent », indique Gabizon.

Ces deux études ont été publiées dans le journal international de nano-médecine en novembre 2015 et dans le journal international de nano-médecine en 2014.

Gabizon et Magdassi ont fait breveter le produit et ont formé la société Granalix Biotechnologies Ltd. Ils espèrent maintenant entreprendre des essais cliniques pour tester l’efficacité de leur formule chez les êtres humains atteints par la maladie de Creutzfeldt-Jakob, par Alzheimer et la sclérose en plaque, déclare Gabizon.

GranaGard est déjà présenté à la vente en tant que complément alimentaire sur le site www.granalix.com et il est utilisé par les malades atteints de maladies dégénératives du cerveau, par les membres de leurs familles et autres, ajoute Gabizon. La posologie recommandée est de deux capsules à avaler au moment du petit-déjeuner.

Des graines d’espoir

M. est un professionnel de la médecine de 50 ans qui vit à Jérusalem. Il y a un an et demi, une atrophie cérébrale a été diagnostiquée chez lui. Il utilise GranaGard depuis un an et trois mois maintenant après qu’un ami lui a recommandé ce complément alimentaire et après qu’il a rencontré Gabizon pour en savoir davantage sur le produit.

« L’une des manières de gérer l’atrophie, c’est de lutter contre les radicaux libres », dit M., qui préfère conserver l’anonymat. Depuis son diagnostic, il a commencé un régime à base d’antioxydants, qui comprend GranaGard, ses médicaments habituels et de l’exercice. Il n’y a pas eu pour le moment, dit-il, de détérioration de son état.

Il recommande « absolument » la prise de ce complément. « Je ne peux pas affirmer de manière substantielle que ce (GranaGard) m’a bénéficié de manière absolue, mais je l’ai intégré comme une partie importante de mon régime. Le résultat final, c’est que je vais encore bien ».

Le professeur Tamir Ben-Hur, président du département de neurologie au centre médical Hadassah, connaît le complément et il connaît également Gabizon. Mais il ne possède aucune part dans l’entreprise ou dans la technologie, ajoute-t-il.

« L’oxydation est l’un des mécanismes importants de la blessure des tissus dans de nombreuses maladies, notamment dans les maladies neurodégénératives comme Alzheimer », a-t-il expliqué lors d’un entretien téléphonique. « Utiliser des antioxydants pour retarder le processus est dans l’air depuis un moment mais les efforts ont généralement échoué jusqu’à présent, parce que soit les antioxydants étaient trop faibles, soit les principes actifs n’atteignaient pas le cerveau ».

Le concept exploité par GranaGard n’est pas une nouveauté, a-t-il expliqué, mais la manière dont il est utilisé le rend plus puissant que d’autres antioxydants disponibles tels que la vitamine E.

Les produits que les consommateurs peuvent trouver dans des magasins diététiques – des crèmes ou des produits à avaler – sont parfois inconsistants de par leur posologie et ne sont pas absorbés par l’organisme de manière efficace. « Ces capsules aident le principe actif à franchir le foie et c’est le vrai avantage de ce produit contrairement à d’autres qui sont vendus dans les magasins ».

« Il n’y a aucune preuve clinique que GranaGard puisse ralentir Alzheimer et j’espère qu’un essai clinique pourra le prouver. Mais il y a des données positives de recherche biologique attestant que le produit est bien absorbé par le système digestif et qu’il atteint le cerveau sur lequel il a un effet antioxydant. Nous pensons qu’il peut réussir sur des êtres humains mais nous devons le prouver », a-t-il ajouté.

Des hommes âgés jouent au backgammon dans un country club du nord de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des hommes âgés jouent au backgammon dans un country club du nord de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Je le recommanderais certainement aux gens qui vieillissent et qui sont susceptibles de développer une maladie dégénérative », a-t-il pousuivi. « Lorsque vous êtes dans un état pré-Alzheimer, il n’y a rien à faire pour empêcher la maladie de se développer et rien à faire pour l’arrêter. Il n’y a aucune preuve clinique de l’efficacité du produit mais je suggère aux gens de le prendre parce qu’il y a des justifications de le faire au niveau biologique, de bonnes données sur les animaux, alors pourquoi pas ? »

Gabizon prend garde aux éventuels espoirs des malades touchés par ces affections débilitantes. Actuellement, le seul produit placé sur le marché par son entreprise est un complément alimentaire vendu sans ordonnance. De manière plus probable, pour vaincre finalement cette maladie, il faudra développer un cocktail de composantes variées, explique-t-elle.

Mais chaque pas en avant est une victoire, ajoute-t-elle. Le produit a montré un moyen de scinder les antioxydants en particules qui ne peuvent être détectées par le foie et il a montré également un « effet précis » sur la pathologie des souris.

« Nous n’avons pas encore pouvé l’effet de la fomulation sur le cerveau humain », indique-t-elle. « Mais l’effet sur les souris a été prouvé et nous espérons montrer le même impact chez les êtres humains lors des essais cliniques. Même si nous ne trouvons pas de traitement pour ces maladies, si nous pouvons retarder le processus de dégénérescence d’ici quelques années, nous aurons fait notre travail ».