Un Golden Globe dimanche pourrait aider à obtenir un changement de la loi rabbinique ancestrale qui régit encore les mariages dans le pays, a expliqué l’actrice et réalisatrice la plus connue d’Israël à l’international, et son frère cadet co-réalisateur.

« Le procès de Viviane Amsalem », une co-production franco-israélienne, est en lice pour le Golden Globe du meilleur film étranger. Qu’est-ce que ce prix, qui sera décerné dimanche, pourrait changer ?

Ronit : « Plus de prise de conscience, plus de gens pour voir le film, pour parler de ce sujet et peut-être un vrai changement dans les tribunaux. »

Shlomi : « Le judaïsme est vieux de 4 000 ans, peut-être plus, et personne jusqu’à aujourd’hui n’a réussi à modifier cette loi. »

Ronit : « Le film est devenu un phénomène politique en Israël. Pour la première fois le chef rabbin du pays va voir le film à la conférence annuelle des tribunaux rabbiniques. »

Shlomi : « Pour la première fois ils vont voir ces procès, fermés au public, du point de vue d’une femme. Maintenant nous espérons un vrai changement de la loi. Parce que les femmes ne bénéficient pas des mêmes droits que les hommes. Elles peuvent faire beaucoup de choses, vivre seule, mais pas divorcer sans le consentement de leur mari et des tribunaux de rabbins. »

Ronit : « Tant qu’elles n’ont pas cet accord elles ne peuvent pas vivre la vie qu’elles veulent, rencontrer un autre homme, avoir des enfants. C’est un sujet qui au départ était très personnel. Cela montre que c’est au moment où on cherche profondément dans son intimité qu’on fait un film universel. »

On voit la liberté d’expression malmenée en ce moment. Il y a eu le piratage de Sony Pictures pour empêcher la sortie de « L’interview qui tue ! », l’attentat de Charlie Hebdo pour faire taire des caricaturistes. Est-ce que vous avez déjà eu peur pour votre liberté d’expression en Israël ?

Shlomi : « Je n’ai jamais eu aucune peur de m’exprimer en Israël sur un quelconque sujet. Mais lors de la dernière guerre (avec les Palestiniens) cet été c’était un peu différent.

On disait ce qu’on voulait mais tout le monde voulait immédiatement vous faire taire, personne ne voulait dialoguer, alors que quand j’ai réalisé « Testimony » (« Edut », 2012), les gens restaient dans le cinéma après la projection pour en parler.

Avec ce qui s’est passé à Paris, la pire chose qui peut se passer c’est l’auto-censure. Maintenant quelqu’un qui veut faire une caricature en France va peut-être y penser à deux fois. »

Ronit Elkabetz (Crédit : Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)

Ronit Elkabetz (Crédit : Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)

Vous êtes une star en Israël, vous menez une carrière parallèle en France. La course aux Golden Globes vous donne de la visibilité à Hollywood. Est-ce qu’une carrière américaine vous attire ? Et est-ce qu’après avoir réalisé ensemble « Prendre femme », « Les sept jours » et « Le procès de Viviane Amsalem » vous voulez continuer à travailler ensemble ?

Ronit : « Pourquoi pas, mais je parle mal anglais et j’ai mis tant d’énergie à apprendre le français, je me sens tellement chez moi à Paris. C’était mon rêve de travailler dans le cinéma en France. Je vais bientôt tourner dans « Trepalium » (une série télévisée française sur un monde où 80 % de la population est sans emploi).

On en a pour toute la vie à travailler ensemble. J’ai attendu qu’il grandisse pour pouvoir le faire. J’ai fait ma vie comme actrice et tout d’un coup on s’est trouvés tous les deux à écrire des scénarios. Il était à New York, je l’ai appelé pour lui dire ‘J’ai envie d’écrire une histoire, c’est celle d’une femme qui ressemble beaucoup à notre mère’. En trois semaines on avait un scénario prêt à tourner. On a compris qu’on avait beaucoup de choses à dire et qu’un seul film ne suffirait pas. »

Shlomi : « Pour le prochain film nous voudrions faire une comédie. Parce qu’on a envie de s’amuser. On rit tellement quand on écrit, à chaque fois on se dit que ce sera une comédie mais au fur et à mesure, nous sommes rattrapés par la tragédie. »