Les rabbins de son institution, la Yeshiva University, avaient alors interdit aux étudiants d’assister à la manifestation, a déclaré Eckstein au Times of Israel. Mais déjà, à cette époque, la communauté juive en URSS était un sujet assez important pour Eckstein – aujourd’hui lui-même rabbin et chef de l’Amitié Judéo-Chrétienne américaine – pour qu’il décide de faire cavalier seul.

Lors d’une cérémonie à l’aéroport Ben Gurion, lundi après-midi, Eckstein verra 226 réfugiés ukrainiens arriver grâce à « Fellowship Aliya » sa propre organisation.

Aux côtés d’Eckstein, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, la ministre de l’Intégration Sofa Landver, et le président de l’Agence juive Natan Sharansky accueilleront les nouveaux immigrants. Ceux-là feront partie des 5 000 Ukrainiens – au minimum – qui ont fui le pays pour se diriger vers Israël en 2014, soit une augmentation de 174 % par rapport à l’année dernière.

Le soulèvement ukrainien a fait plus de 4 000 morts et quelques 930 000 personnes déplacées, principalement aux régions limitrophes à la Russie. Selon l’Agence juive, il y aurait encore plus de 200 000 personnes admissibles à l’alyah [ceux qui ont au moins un grand-parent juif ou sont mariés à des Juifs] en Ukraine.

L’intention d’Eckstein est d’amener le plus grand nombre possible en Israël parmi ces 200 000.

Pendant l’été, tout en visitant les camps et les orphelinats financés par « Fellowship Aliya », qui a un budget annuel de 140 millions de dollars [115 millions d’euros], Eckstein a commencé à pousser les Ukrainiens déplacés à l’alyah. Il a vu, dit-il, un public de plus en plus réceptif ; des réfugiés se rendant compte qu’ils n’avaient plus ni maison ni emploi.

Pour Eckstein, il est clairement temps de redoubler d’efforts. Et il déplore que l’Agence juive n’accélère pas la cadence.

« Maintenant, vous avez une situation où il ne faut pas juste gérer l’alyah existante, on a besoin d’action positive et d’encouragement pour profiter de la situation et battre le fer tant qu’il est chaud, » a confié Eckstein.

« Nous devons arriver à convaincre de quelque manière que ce soit qu’il n’y a pas d’autre refuge pour un Juif que l’Etat d’Israël, et qu’il y a des groupes de gens enthousiastes pour les aider à y arriver, » a déclaré Eckstein.

L’Agence juive a déclaré au Times of Israel, que cinq de ses émissaires sont en Ukraine actuellement et que « des dizaines » de coordonnateurs et de militants parcourent le pays pour faciliter l’alyah.

« Les principales activités de l’Agence Juive en Ukraine consistent à traiter les dossiers des milliers d’immigrants en Israël et de les préparer à vivre dans leur nouveau pays… À la lumière de la situation actuelle dans l’Est de l’Ukraine, l’Agence juive a renforcé sa présence dans le but de fournir une assistance immédiate aux Juifs qui souhaitent immigrer en Israël et aux réfugiés forcés de fuir leurs maisons, ainsi qu’aux jeunes intéressés à participer aux programmes de l’Agence juive en Israël ».

Une comparaison entre le discours de l’Agence juive pour « aider ceux qui souhaitent immigrer » et le « plan agressif d’action pour promouvoir l’alyah » d’Eckstein montre pourquoi ces deux organisations ne sont pas exactement sur la même longueur d’onde.

Lors d’un appel téléphonique depuis l’Ukraine tard dans la nuit de ce dimanche, Eckstein a expliqué la nécessité de cette nouvelle initiative, et comment, malgré les apparences, il n’a pas l’intention d’usurper le rôle historique de l’Agence juive pour faciliter l’immigration en Israël.

Celui qui tient la bourse…

Certains ont denigré l’initiative Fellowship Aliya d’Eckstein comme un coup de relations publiques destiné à sa base chrétienne évangélique. Cet avion chargé d’immigrants ne représente que 4 % des immigrants de cette année. Ils disent que les donateurs de Eckstein veulent juste pour voir « les masses de Juifs descendant de l’avion et embrasser le sol ».

Son Amitié Judéo-Chrétienne (AJC) lève 140 millions de dollars par an grâce à des dons relativement modestes d’une base de plus d’un million de chrétiens évangéliques. Il ne s’agit pas d’une fondation et son conseil d’administration est chargé de distribuer chaque année ces fonds pour soutenir les besoins de base du peuple juif. Eckstein divise son budget en trois domaines : la lutte contre la pauvreté, les besoins de sécurité et la promotion de l’alyah.

Pour la seule ancienne Union Soviétique, le budget annuel s’élève à 25 millions de dollars pour la pauvreté et la sécurité. Jusqu’à cette année, les fonds destinés à l’alyah passaient par l’Agence juive, à hauteur de 12 ou 13 millions de dollars.

Cependant ces deux dernières années l’AJC a considérablement diminué ses dons, en partie, dit Eckstein, qui siège au conseil exécutif de l’Agence juive, parce que l’accent mis par l’Agence juive sur l’alyah avait changé.

« La différence entre nous et l’Agence juive », déclare Eckstein, « est que l’alyah est au cœur des trois composantes de notre mission – et au sommet de celle-ci. »

Une autre raison pour la coupe dans son soutien financier est dû à un conflit bien connu sur la prétendue absence de reconnaissance de la part de l’Agence juive de la nature chrétienne du financement des dons.

La base chretienne-sioniste des donateurs de l’Amitie encourage l’alyah pour des motifs religieux. Ces Chrétiens « de la vraie Torah » voient un commandement dans les prophéties appelant au retour des Juifs sur la terre d’Israël et font ce qu’Eckstein appelle des « offrandes sacrificielles » pour pouvoir y assister.

« Nous avons de l’argent – nous avons des millions que nous pouvons et souhaitons diriger vers l’alyah, » dit Eckstein.

Des carottes, pas de roquettes ni de missiles

Comme incitatif à l’alyah, l’AJC donne une subvention ponctuelle de 1 000 dollars par adulte et 500 dollars pour chaque enfant qui vient en Israël avant la fin de l’année. Pour des Ukrainiens à court d’argent qui ont fui leurs maisons cet été avec seulement une chemise sur le dos, c’est une véritable aide.

Le vol du 22 décembre s’est rapidement rempli et un autre est prévu pour le 30 décembre.

Le plan général d’Eckstein ? À partir de janvier, affréter tous les mois « au moins un avion si ce n’est deux, trois, quatre … »

« Tout ce qu’il faut pour les amener en Israël en une telle période nous le ferons. Nous allons trouver les ressources – nous les avons », a dit Eckstein.

Eckstein a souligné qu’en ce moment son initiative travaille de concert avec l’Agence juive et d’autres organismes gouvernementaux chargés de l’alyah.

Dans un communiqué publié avant le vol, le président de l’Agence juive, Sharansky a fait un clin d’œil à l’Amitié Judéo-Chretienne. « L’AJC, qui a placé l’alyah au sommet de ses priorités, agit en coopération avec l’Agence juive pour nous permettre d’amener les immigrants en Israël de manière concentrée ».

Eckstein a qualifié son initiative Fellowship Aliya de « complément » aux efforts de l’Agence juive, une valeur ajoutée.

« Nous ne devons pas perdre de vue la balle », a-t-il dit. « Ce qui importe ce n’est pas la taille du logo de l’Agence juive sur l’avion par rapport au nôtre, c’est le fait que nous travaillions ensemble pour augmenter l’alyah, qui, autrement, ne se produira pas. »