C’est un proverbe en arabe : « Titi titi, Zhai ma ruhti, Zhai ma jiti » – ou « Comme j’y suis allé, de la même façon j’y suis retourné ».

Je ne peux pas penser à un aphorisme plus approprié pour décrire le Hamas cette semaine.

Mardi, les forces de sécurité israéliennes à Hébron ont abattu les deux ravisseurs présumés des trois adolescents israéliens qui ont été enlevés le 12 juin et dont les corps ont été plus tard trouvés dans un champ près de Halhoul, en Cisjordanie.

L’opération a marqué la fin d’une affaire terrible qui a déclenché une chaîne d’événements conduisant à une campagne militaire de 50 jours de l’armée israélienne à Gaza.

Ceux qui à Gaza s’attendaient à ce que le Hamas réponde avec force à la mort des ravisseurs, que ce soit avec des salves de roquettes ou autre forme d’attaque terroriste, auront été sûrement déçus.

L’équipe de négociation du Hamas, en poste au Caire pour des pourparlers indirects avec Israël, a simplement annoncé que, pour protester contre l’élimination d’Amer Abu Eysheh et de Marouane Kawasmeh, ils retarderaient les négociations pendant trois heures. Pas exactement la réponse féroce que les partisans du Hamas auraient aimé voir.

De même, si quelqu’un s’attendait à ce que les pourparlers du Caire apportent une percée et surtout un soulagement pour Gaza, il sera frustré également puisque la direction du Hamas a annoncé que les négociations ne reprendraient qu’à fin octobre.

Voici le Hamas d’après Bordure protectrice. Un groupe qui se fend désormais de déclarations ridicules dans tous les sens, se gaussant de ses victoires et autres réalisations, alors qu’en fait, rien de la sorte ne peut vraiment être revendiqué.

Certes, les pêcheurs de Gaza sont désormais autorisés à s’aventurer six miles nautiques de la bande et non plus trois. Mais à part cela, le Hamas se trouve à peu près au même point où il se trouvait avant l’enlèvement des trois adolescents à la mi-juin. Le blocus n’a pas été levé, la libération des prisonniers semble hors de question, et la bande demeure sans port ni aéroport.

Voici le Hamas d’après Bordure protectrice. Un groupe qui se fend désormais de déclarations ridicules dans tous les sens, se gaussant de ses victoires et autres réalisations, alors qu’en fait, rien de la sorte ne peut vraiment être revendiqué.

Il serait faux d’affirmer que la situation du Hamas n’a pas changé, cependant. Le groupe est en effet dans une position nettement inférieure à ce qu’il était avant, en raison de la crise humanitaire qui s’aggrave dans la bande de Gaza.

L’Autorité palestinienne, Israël et le Hamas ont atteint un certain point d’accord en ce qui concerne les matériaux de construction autorisés à entrer dans la bande de Gaza, mais n’ont pas beaucoup progressé depuis.

Les citoyens de Gaza maintiennent leur optimisme, comme d’habitude, en espérant que quelque chose de bon finira par se produire, mais beaucoup d’entre eux voient leurs maisons détruites et se rendent compte qu’elles ne sont pas susceptibles d’être reconstruites de sitôt.

Des questions politiques fondamentales freinent la réhabilitation de Gaza, comme par exemple le fait que l’AP exige du Hamas qu’il renonce au contrôle de la bande, une proposition que le groupe islamiste rejette d’emblée.

Pour l’instant, la frustration dans la bande de Gaza est dirigée contre Israël plutôt que vers le Hamas. La population de la bande en général est en faveur de la « résistance ». Cependant, la difficulté pour le Hamas est que les Gazaouis ne s’identifient plus nécessairement avec la version de la résistance du groupe terroriste, ce qui profite à d’autres organisations.

En outre, la situation explosive dans la bande de Gaza commence à faire sentir ses effets sur le tempérament des civils.

Par exemple, au cours des derniers jours, des combats ont éclaté dans plusieurs écoles servant de toit aux dizaines de milliers de personnes sans-abri, avec les parents d’élèves exigeant que les nouveaux locataires de l’école s’en aillent pour permettre à l’année scolaire de commencer enfin.

Une autre grande crainte pour la direction du Hamas est la pluie. Quand les nuages vont commencer à doucher les habitants qui n’ont plus de toit, la frustration polie de la population de Gaza peut devenir plus violente et moins contenue.

Il s’agit essentiellement du dilemme du Hamas. La situation militaire du groupe n’est pas dans un état brillant, c’est le moins qu’on puisse en dire.

Le leadership du Hamas signale qu’il n’est pas intéressé à entrer dans un autre cycle de violence, et accepte de rentrer dans des négociations avec Israël et l’Autorité palestinienne. Mais la poursuite de la situation actuelle conduira probablement à un déclin du soutien au groupe islamiste, et on peut estimer que la popularité du Hamas acquise après la guerre va s’évaporer.

Dans la direction militaire du Hamas, il y a actuellement encore des personnes qui soutiennent l’idée de reprendre les tirs de roquettes sur Israël.

Mais pour l’instant, si l’aile politique du Hamas donne encore le ton, avec chaque jour qui passe et pendant lequel la bande dépérit, le centre de gravité bascule de plus en plus en faveur de l’aile militaire, les Brigades Ezzedine al-Qassam.

Bien que l’opinion populaire en Israël et à Gaza demeure qu’aucune des parties n’ait vraiment envie de revenir en guerre totale une fois de plus, on peut estimer être revenu à l’avant-12 juin, le jour de l’enlèvement des trois adolescents. On en est donc au même point : « Comme j’y suis allé, de la même façon j’y suis retourné »…