L’architecte Amnon Rechter aime répéter que c’est la création innovante du sanatorium Mivtachim — l’hôtel aux formes géométriques grâce auquel son père, Yaakov Rechter, a remporté le prix d’Israël en 1973 dans la catégorie architecture – qui l’a convaincu de suivre les traces de son père.

Rechter, qui a maintenant 58 ans, se souvient être allé à l’âge de 11 ans visiter avec son père le chantier de construction, où il a vu les piliers massifs en béton du bâtiment s’envoler de la colline pour la première fois.

« Je les ai appelés les chevaux, parce qu’ils ressemblaient à un troupeau de chevaux sauvages qui galopaient sur la colline », dit-il. « Ils sont l’une des raisons pour lesquelles je suis devenu un architecte. Cela racontait une histoire, cela montrait la puissance d’un grand art ».

Ces murs de béton apparents sont toujours là. Ils sont les soutiens géométriques qui forment la base du bâtiment blanc, bas, dorénavant adouci par des pelouses vertes, du gazon impeccablement soigné surplombant la mer.

La cour intérieure rénovée entourée des piliers en béton massifs apparents (Autorisation : Amnon Rechter)

La cour intérieure rénovée entourée des piliers en béton massifs apparents (Autorisation : Amnon Rechter)

Aujourd’hui, le bâtiment classé est utilisé une fois encore comme hôtel plus de 40 ans après sa première ouverture. S’appelant dorénavant l’hôtel Elma Arts Complex Luxury, il est hébergé dans cette structure primée qui a été rénovée par les soins d’Amnon Rechter pour correspondre en tous points aux besoins des clients dans la région.

Un conte d’art et d’architecture

La renaissance de cet endroit est un récit d’art et d’architecture, et celui de générations qui se sont assurées qu’il resterait protégé et utilisé de manière appropriée.

Lorsque la structure a été construite dans les années 1960, elle a été l’une des quatre établies par un fonds de pension, Mivachim, qui en avait fait un lieu d’escapade bucolique pour les travailleurs israéliens dans le cadre de leur rémunération annuelle.

Les quatre emplacements se concentraient sur les arts et la culture, offrant, entre autres activités, des jeux d’échecs et des conférences, des concerts de musique classique et des projections de film. Les chambres pour les invités étaient petites, sans climatisation et il n’y avait pas de piscine.

« Nous étions un état de protection sociale auparavant », dit Rechter. « Ici, c’était un couvent spartiate d’une certaine manière, mais très zen ».

C’était également un hôtel typique de son époque, lorsque le pays était plus sensible aux normes et aux traditions européennes qu’aux largesses et aux structures luxueuses américaines.

L'Elma Arts Complex lorsqu'il était encore, à ses tous débuts, le sanatorium Mivtachim (Autorisation : Amnon Rechter)

L’Elma Arts Complex lorsqu’il était encore, à ses tous débuts, le sanatorium Mivtachim (Autorisation : Amnon Rechter)

Cette création architecturale a représenté l’apogée de Mivtachim, qui s’était adjugé les services de Yaakov Rechter, architecte déjà renommé à l’époque qui avait créé des musées, des théâtres et des hôtels, pour imaginer une structure remarquable.

Le sanatorium avait été conçu avec les lignes blanches et propres qui formaient l’essence des créations en Israël dans les années 1960, suivant le style architectural utilisé par Zeev Rechter, le père de Yaakov Rechter, dans certaines de ses constructions les plus emblématiques.

La forme de la structure à deux étages voulait ressembler à la vague, en épousant les courbes de la montagne sur laquelle trône l’hôtel, semblant flotter au-dessus de la colline.

Amnon Rechter, l'architecte qui a suivi les traces de son père et de son grand-père, a su créer son propre chemin dans le monde de la création architecturale (Autorisation : Amnon Rechter)

Amnon Rechter, l’architecte qui a suivi les traces de son père et de son grand-père, a su créer son propre chemin dans le monde de la création architecturale (Autorisation : Amnon Rechter)

« Ils voulaient faire quelque chose qui repousserait les limites », explique Amnon Rechter, évoquant les premiers propriétaires.

Au moment où le sanatorium a été terminé, en 1968, souligne Rechter, Israël avait remporté la guerre des Six Jours et était devenu une super puissance moyen-orientale, un pays qui s’était bien plus américanisé dans ses attitudes culturelles. Le capitalisme régnait, dit-il, et les Israéliens s’intéressaient moins aux hôtels ordinaires dépourvus de piscine et de climatisation.

Mivtachim est resté encore ouvert pendant trente ans mais est rapidement devenu un lieu passé de mode alors que les Israéliens affluaient dans les hôtels plus tape-à-l’oeil d’Eilat et de Tibériade, dotés de piscines olympiques et de buffets à volonté.

Dans les années 1980, le sanatorium a changé de propriétaire et il est devenu les jardins du Carmel, avec un design d’intérieur « ringard », affirme Rechter.

L’hôtel a finalement fermé ses portes à la fin des années 1990 avant que Lily Elstein, bienfaitrice adorant les arts, soit convaincue en l’an 2000 de redonner vie aux lieux avant qu’il ne soit acheté par des développeurs immobiliers.

La famille élargie d’Elstein avait vécu à Zichron Yaakov, et elle avait épousé Moshe Elstein, dont le père était l’un des fondateurs de l’entreprise pharmaceutique qui devait finalement devenir le géant Teva Pharmaceuticals.

« Elle m’a appelé à la minute où elle a décidé de l’acheter », raconte Rechter. « Elle vivait dans un projet que j’avais conçu à Tel Aviv et elle avait aussi aimé le théâtre Cameri, que j’ai également créé ».

Il y avait bien quelques inquiétudes que Rechter puisse se montrer dogmatique sur les origines du bâtiment en raison de son point de vue concernant sa conservation, mais il « voulait faire fonctionner l’édifice », dit-il.

« Cette construction est un chef-d’oeuvre et l’un des plus grands en Israël », explique-t-il. « C’est le travail d’un génie avec un micro-climat qui oeuvre contre la colline, mais qui en fait également partie ».

La partie rénovée du Elma Arts Complex Luxury Hotel à Zichron Yaakov, qui a tenu compte de son histoire architecturale (Autorisation : Amnon Rechter)

La partie rénovée du Elma Arts Complex Luxury Hotel à Zichron Yaakov, qui a tenu compte de son histoire architecturale (Autorisation : Amnon Rechter)

Rechter a collaboré avec un autre architecte, Ranni Ziss, dont le domaine d’expertise est l’hôtellerie tandis que Rechter est considéré comme l’un des experts israéliens des salles de concert. Les deux hommes ont utilisé les plans architecturaux d’origine pour analyser leur rénovation et ont fini par mélanger le nouveau et l’ancien, dit Rechter.

Ils ont créé un hôtel de seulement 39 chambres, combinant chacune deux chambres d’origine pour en faire des petites suites, et ils ont ajouté plusieurs nouvelles chambres dans un espace séparé de villas hors de la structure initiale. Ils ont également ajouté une piscine et un spa, et agrandi les salles de concert et les espaces extérieurs.

L'Elma Hall, salle de concert de 450 places, est considérée comme l'une des meilleures du pays (Autorisation : Elma)

L’Elma Hall, salle de concert de 450 places, est considérée comme l’une des meilleures du pays (Autorisation : Elma)

Les musiciens israéliens se produisent la plupart des soirées de la semaine à Elma Hall, une salle de concert de 450 places qui a été créée en creusant en souterrain pour créer un espace plus vaste, plus acoustique, et au Cube, une salle plus petite et plus intime.

L’objectif de l’hôtel est de prôner davantage les arts, grâce à la collection massive d’oeuvres appartenant à Elstein qui est exposée sur les (chanceux) murs de l’hôtel.

Et il y a le bâtiment lui-même, un hommage rénové au travail effectué par le père de Rechter, utilisé pour l’usage auquel il avait été destiné lors de sa création, avec toutefois plus de confort matériel pour les clients de l’hôtel qui attendent dorénavant ce genre de traitement.

Lorsque l'architecte Amnon Rechter a rénové le complexe de l'hôtel Elma Arts luxury, il a ajouté une piscine et un spa (Autorisation : Elma)

Lorsque l’architecte Amnon Rechter a rénové le complexe de l’hôtel Elma Arts luxury, il a ajouté une piscine et un spa (Autorisation : Elma)

« L’hôtel entier est une galerie mais la raison d’être du lieu est le bâtiment lui-même », estime Rechter. « Parfois, je me sens très attaché à lui et je le considère comme étant mon projet mais il y a également un élément de voyage dans le temps parce qu’il est tellement familier pour tous ceux qui ont déjà pu s’y rendre dans le passé ».