Il y a une sorte de silence en Israël en ce moment. Les rues sont moins remplies, les voitures klaxonnent moins, les cafés ne sont pas déserts, loin s’en faut, mais ils sont davantage silencieux. Le rire des jeunes enfants dans le petit parc situé près de nos bureaux résonne étonnamment avec un peu plus d’acuité.

Nous sommes une nation scotchée aux nouvelles – la télévision, la radio, Internet. Et presque sans relâche il y a quelque chose de sombre. Il y a quelques jours, nous étions inquiets à cause des dizaines de roquettes frappant Israël de partout, hochant la tête suite aux petits miracles dus au Dôme de fer qui a intercepté une grande partie d’entre elles.

Maintenant ce sont les habitants des kibboutzim et des moshavim près de la frontière de Gaza, et les milliers de soldats à l’intérieur de la bande, qui sont à la fois sur la ligne de front et au centre de notre attention. Et leur vie demeure en danger constant.

Ce que l’on commence maintenant à appeler « les tunnels d’attaque », on est en train d’en découvrir tous les jours. Des passages souterrains sophistiqués, creusés au fil des mois, voire des années, sous les maisons des quartiers denses de Gaza comme Chajaya, certains avec plusieurs sorties, certains dirigés sous les maisons et les salles à manger de kibboutzim et de moshavim : Nir Oz, Nirim, Ein Hashelosha…

Il y a trois jours, mon collègue Mitch Ginsburg a écrit ce qui suit : « Haim Yellin, à la tête du Conseil régional d’Eshkol, a récemment déclaré au Times of Israel, debout à l’extérieur d’un tunnel découvert il y a plusieurs mois, que de nombreux résidents de la région sont tellement marqués par la perspective d’une attaque de tunnel lorsqu’ils entendent les grincements de « pelles fantômes » quand ils ferment les yeux la nuit. Nous savons maintenant que ce n’étaient pas des « pelles fantômes » qu’ils entendaient. C’était bien le grattage de pelles.

De nombreuses attaques aériennes se sont révélées incapables de briser ces tunnels, même dans les cas où le renseignement israélien savait où diriger les frappes. C’est seulement des soldats qui se rendent à pied dans des quartiers de Gaza, exposés à des mines et à des explosifs cachés, mais aussi à des tireurs embusqués, qui peuvent trouver les entrées bien cachées de ces tunnels.

Et beaucoup, beaucoup de soldats ont été tués et blessés dans l’opération. Le nombre de morts dans l’opération « Bordure protectrice » a déjà dépassé le nombre de morts des deux grands conflits précédents en 2008-2009 et 2012.

Le nombre de ces tunnels retrouvés augmente tout le temps. 5, 8, 13, 15… Un immense investissement pour le Hamas : du temps, de l’argent, de l’énergie, du béton et de la haine. Mais nous n’avons pas encore tout trouvé.

Ce matin, des terroristes du Hamas ont été repérés sortant encore d’un autre de leurs « tunnels d’attaque ». L’armée israélienne a publié des images de quelques-uns de ces hommes armés sortant d’un tunnel, en route pour assassiner, avant qu’on fasse sauter le tunnel.

Mais ce ne sont pas toutes les issues qu’on arrive à repérer à temps. Nous avons perdu des soldats du côté israélien de la frontière – où Israël a renforcé son déploiement de troupes pour trouver ces sorties, et protéger les résidents locaux – qui peuvent être abattus par les infiltrés du Hamas dès leur apparition.

Dans notre petit pays, avec l’armée de la nation – dans laquelle la plupart de nos enfants sont enrôlés, et beaucoup sont réservistes car ils ont la vingtaine, la trentaine ou la quarantaine – les mauvaises nouvelles peuvent devenir quelque chose de personnel. C’est pourquoi, avec la télévision, la radio et Internet, nous sommes également tous scotchés à nos téléphones, inquiets quand ils sonnent, inquiets quand ils ne sonnent pas…

J’affirme que les nouvelles sont sombres presque sans relâche. Ce qui n’est pas sombre c’est en ce moment la relative unité d’un Israël qui est bien souvent divisé, mais aussi la motivation de nos soldats.

Nous sommes unis dans l’horreur commune de la stratégie de la guerre à mort du Hamas, et dans la réalisation de la mesure du danger. A tel point qu’à une conférence de presse hier soir, on n’a pas demandé au Premier ministre Benjamin Netanyahu si Israël entrait trop profondément dans le conflit.

Mais plutôt comment il aurait pu accepter l’offre de cessez-le-feu égyptienne de mardi dernier alors que cela aurait laissé l’infrastructure des tunnels du Hamas intacte. (Il a répondu qu’il estimait que le Hamas aurait probablement refusé l’offre, et qu’il était déterminé à s’attaquer à la menace des tunnels).

Lorsque Netanyahu a déclaré hier soir qu’Israël était « en guerre pour sa maison », cela semblait tout sauf démagogique. Quand il a affirmé que le Hamas avait prévu de transformer Tel Aviv en « ruines » maintenant, grâce à ses roquettes, nous savons que c’était vrai.

Quand il a déclaré que le Hamas avait investi « des années de travail dans les tunnels, visant à mener des attaques méga-terroristes et des enlèvements », et que les agressions prévues « sur les jardins d’enfants, ou dans les salles à manger » auraient été « catastrophiques », il n’y avait pas vraiment lieu d’en douter.

Le mot de Gaza est que les terroristes du Hamas et leurs commandants n’ont tout simplement pas donné signe de vie depuis les deux dernières semaines. Ils ont disparu sous terre, émergeant seulement pour essayer de tuer nos soldats quand ils se déplacent à l’intérieur, leurs porte-parole expliquant au monde que les victimes civiles de la bande de Gaza sont la faute de l’occupation israélienne tout en avertissant que ces mêmes civils de Gaza ne doivent pas tenir compte des directives d’Israël pour quitter la région afin d’assurer leur propre sécurité.

Souvent, en temps de guerre, Israël est préoccupé par la façon dont « le monde » rapporte et comprend les événements. Nous sommes amers de voir que la communauté internationale ne se rend pas compte que nous nous défendons contre les agresseurs (plutôt que d’être les agresseurs), et ne comprend pas l’utilisation cynique par le Hezbollah (dans le sud du Liban) et par le Hamas de citoyens locaux devenus des boucliers pour leurs activités terroristes.

Nous sommes frustrés de tout cela maintenant mais ce n’est pas notre première préoccupation. Nous nous trouvons en guerre avec un groupe extrémiste islamique totalement engagé à nous tuer, se délectant du mal qu’il nous inflige, indifférent à la dévastation qu’il puisse causer à Gaza.

C’est un gouvernement terroriste qui consacre les ressources de son embryon de pays principalement pour anéantir le pays voisin.

Avec tout ce que ces nouvelles ont de sombres, le Hamas va se heurter à beaucoup plus d’échecs que de succès. Les roquettes qui visaient à réduire Israël en gravats se sont révélées largement inefficaces – mais personne ne devrait douter que le Hamas travaille fébrilement pour déjouer le Dôme de fer. Les infiltrations de la mer ont échoué. Une grande partie des tunnels d’attaque a été mise à mal.

Mais une grande partie de la capacité du Hamas à nous faire du mal demeure intacte. Et cette dimension meurtrière demeure elle aussi implacable. Ce qui nous préoccupe en ce moment est donc un impératif simple mais essentiel : l’emporter.