En semaine, les allées du marché Mahane Yehuda de Jérusalem sont remplies de clients et de vendeurs, un endroit rempli d’odeurs, de couleurs et de bruits. Les soirs de semaine sont également occupés, avec des restaurants et des bars récemment ouverts qui attirent les jeunes gens dehors pour une soirée en ville.

Mais le samedi, le jour juif de repos, le marché a traditionnellement été vide et silencieux, les volets des étals descendus et fermés.

Cependant, cela a commencé à changer l’année dernière quand des personnes ont commencé à découvrir une galerie d’art de rue au marché. La galerie est visible entièrement uniquement le samedi, quand de larges peintures murales de personnalités connues peintes sur les volets fermés apparaissent.

Des visages célèbres, contemporains et historiques, regardent les visiteurs alors qu’ils déambulent dans les allées du marché, émerveillés par l’art trouvé là où se tiennent habituellement de hautes rangées de fruits, de légumes, de noix et d’épices.

L’héroïne juive de la Seconde Guerre Mondiale Hannah Szenes, portant son uniforme militaire avec son insigne de parachutiste, regarde vers la gauche sous le panneau d’un poissonnier. L’influent rabbin américain Abraham Joshua Heschel regarde vers l’entrée d’un stand d’épices. La femme d’affaires et bienfaitrice du 16e siècle Doña Gracia Nasi apparaît dans un costume majestueux, avec une publicité pour les « bonbons de Dudu » accrochée au-dessus d’elle. Le leader du mouvement de l’indépendance indienne Mahatma Gandhi émerge sous un panneau « strictement casher ».

Ces immenses et captivants portraits peints à la bombe sont le travail d’un artiste né en Angleterre de 22 ans, Solomon Souza, qui travaille toute la nuit pour rendre le marché aussi coloré quand il est fermé que lorsqu’il est ouvert.

Souza a commencé ces peintures murales en janvier 2014 à la demande de son ami et ancien camarade de yeshiva Berel Hahn.

Inspiré par le film sur le fameux artiste de rue insaisissable Bansky, Exith through the gift shop, et le travail d’un artiste de graffiti américano-coréen David Choe, Hahn a eu une idée pour transformer le marché en un endroit éclatant d’art et de couleurs.

Solomon Souza est le petit-fils juif du fameux artiste d’avant-garde indien Francis Newton Souza.

Souza faisant la peinture, Hahn, né et élevé dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn, 26 ans, a assumé le rôle de producteur de ce projet, qu’ils ont nommé la Gallerie Chouk (« chouk » signifie marché en hébreu).

Souza a un talent inné. Son grand-père maternel était Francis Newton Souza (1924 – 2002), membre fondateur du groupe des artistes progressifs de Bombay, et membre conducteur de l’avant-garde indienne. Certains de ses tableaux ont été vendus pour des millions de dollars.

FN Souza – parfois appelé le « Picasso indien » – est né à Goa, alors portugaise, dans une famille chrétienne.

Sa seconde femme était Liselotte de Kristian (née Kohn), une réfugiée juive tchèque d’Allemagne nazie qu’il a rencontré à Londres, où elle étudiait le théâtre et où lui se trouvait pour faire avancer sa carrière. Leur fille Keren Souza-Kohn, une artiste qui vit et travaille à Safed, est la mère de Solomon.

L'artiste de la Galerie Chouk Solomon Souza et son producteur Berel Hahn dans le quartier Nahlaot de Jérusalem, près d'une peinture murale de Judas Maccabée par Souza, le 25 février 2016. (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

L’artiste de la Galerie Chouk Solomon Souza et son producteur Berel Hahn dans le quartier Nahlaot de Jérusalem, près d’une peinture murale de Judas Maccabée par Souza, le 25 février 2016. (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

« J’ai grandi entouré de l’art de ma mère, et j’ai eu un bon professeur d’art au lycée quand nous vivions à Hackney, à Londres, mais sinon j’ai appris par moi-même », a déclaré Souza au Times of Israël dans la maison qu’il partage avec Hahn et un autre colocataire dans le quartier Nahlaot de Jérusalem.

‘Je fais des graffiti et de l’art de rue depuis des années, mais je suis un artiste solitaire. Je n’ai jamais fait partie d’un collectif ou d’une scène’

« Je fais des graffiti et de l’art de rue depuis des années, mais je suis un artiste solitaire. Je n’ai jamais fait partie d’un collectif ou d’une scène, » a ajouté Souza.

Souza et Hahn abordent une approche populaire pour le projet de Galerie Chouk. Pour l’instant, ils préfèrent y aller seuls, sans le soutien de financements d’entreprises et de fondations, ou d’une aide de la mairie de Jérusalem.

« La paperasserie impliquée dans cela en enlèverait le fun, la liberté et la spontanéité. Nous avons décidé que nous finirons ce que nous avons commencé uniquement avec l’aide de nos amis et du public, » a déclaré Hahn.

Le duo a utilisé ses propres économies et des donations d’amis et de quelques vendeurs du marché pour couvrir les coûts des bombes de peintures.

Souza et Hahn gardent un schéma de leur projet de Galerie Chouk. C'est une carte du marché Mahane Yehuda avec l'emplacement des portraits variés de Souza à Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Souza et Hahn gardent un schéma de leur projet de Galerie Chouk. C’est une carte du marché Mahane Yehuda avec l’emplacement des portraits variés de Souza à Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Conscients des initiatives passées pour animer et apporter des évènements culturels à Mahane Yehuda – tel que le projet d’art urbain Tabula Rasa et le festival Balabasta de la saison de la culture de Jérusalem – Hahn et Souza disent qu’ils seraient ravis de coopérer avec des organisations similaires dans le futur.

Une fois que l’ensemble des 360 volets du marché seront peints, Hahn et Souza voudraient organiser des visites d’art régulières le samedi dans le marché. Inspirés par les divers personnages contemporains peints, ils espèrent avoir d’autres personnes intéressées. Hahn a même prévu d’intégrer une micro-puce sur chaque peinture murale que les visiteurs pourraient scanner avec leur téléphone pour obtenir des informations sur la personne représentée.

Ayant travaillé par à-coups pendant toute l’année 2015 et le début de 2016, Souza a jusqu’à présent peint 140 des volets – certains avec des personnes connues, et d’autres de la Bible ou d’autres scènes. Jusqu’à présent, il n’a pas été difficile d’obtenir la permission des marchands pour peindre leurs volets. Certains ont demandé à Souza de peindre un rabbin préféré ou le patriarche de la famille qui était le premier propriétaire du magasin.

Détail de la carte du projet de Galerie Chouk dans le marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Détail de la carte du projet de Galerie Chouk dans le marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of Israel)

Les partenaires espèrent que le bouche-à-oreille continuera à soutenir le projet, non seulement en termes de dons d’argent pour les fournitures, mais aussi en partageant des idées pour des personnages à peindre et en se portant volontaire pour aider sur les réseaux sociaux et en termes de relations publiques. Leur but est de finalement transformer le projet en entreprise non lucrative pour faire avancer l’expression artistique et culturelle liée à la terre et au peuple d’Israël.

Souza a encore 220 volets – et beaucoup nuits de peintures – devant lui. Lui et Hahn gardent la trace de leurs progrès sur une carte du marché qu’ils ont peinte sur un tableau d’affichage suspendu dans leur salon. Dessus, ils ont épinglé des photos miniatures de chaque peinture selon son emplacement. Les peintures sont regroupées dans différentes zones du marché. Il est facile de voir que jusqu’à présent, seule Rehov HaShezif (la rue de la prune), l’une des allées est-ouest du marché, a une peinture sur chaque volet.

Si tout se passe bien, Souza peut peindre un portrait (comme celui de la star de reggae et de hip-hop Matisyahu qu’il a peinte samedi soir dernier, comme montrée dans la vidéo ci-dessus) en une heure à une heure et demie. En une bonne nuit, il peut finir quatre peintures.

‘Même si l’une de ses peintures ne touche qu’une personne, alors ça vaut la peine’

L’artiste ne veut pas précipiter les choses. « Je resterai jusqu’à ce qu’une peinture soit finie. J’écoute ma voix intérieure. Je veux m’investir dans le travail et en être satisfait, » a-t-il déclaré.

« La qualité est sans aucun doute plus importante que la quantité, » a répondu Hahn en écho.

Malgré leur désir que la Galerie Chouk ait un impact à long terme sur son public, Souza et Hahn sont d’accord sur la nature éphémère de l’art de rue.

« Même si l’une de ses peintures ne touche qu’une personne, alors ça vaut la peine, » a dit Hahn.

Le jeune Souza est déjà habitué à ce que son travail soit recouvert.

« Je le comprends. Cela arrive. La vie est fugace », a-t-il commenté.