New York – Un air de Tel Aviv entoure Itamar Zorman – et ce n’est pas uniquement dû au panneau rouge et noir du Aroma Café accroché sur le mur au-dessus de lui.

Tout droit sorti d’un concert à Chicago, le violoniste de 29 ans a accepté de rencontrer le Times of Israel dans une branche du café israélien à Manhattan par une froide après-midi à New York.

Comme le café fort servi ici, Zorman vaut le détour. Vêtu d’un pull bleu marine, d’une chemise froissée et d’un pantalon noir, Zorman est le reflet de son expérience musicale.

Il a étudié à l’académie Kronberg à Berlin, à Juilliard à New York et il a été l’élève du célèbre violoniste, Itzhak Perlman, un membre fondateur du « Bagel club » des musiciens israéliens qui comprend Pinchas Zukerman et le membre honoraire Zubin Mehta.

Sa popularité sur scène et sa nomination pour le Warner Music Prize, un prix allouant 100 000 dollars au gagnant et un contrat d’enregistrement, fait de Zorman quelqu’un d’important dans le monde de la musique classique.

Née dans une famille de musiciens, Zorman a commencé à jouer du violon à l’âge de 6 ans. Son père est un compositeur et sa mère une pianiste.

« Je me souviens avoir aimé le son du violon depuis le début », explique-t-il. « J’ai choisi quelque chose où mes parents n’auraient pas pu me dire quoi faire », plaisante-t-il avec un léger accent israélien, « parce qu’ils sont musiciens, eux aussi ».

Le jeune violoniste Itamar Zorman (Crédit : Jamie Jung)

Le jeune violoniste Itamar Zorman (Crédit : Jamie Jung)

En ayant comme modèle ses parents, Zorman était persuadé qu’il pouvait réussir dans la musique s’il le souhaitait.

« Leur soutien a été très important », indique-t-il. « Le fait d’avoir vu mes parents réussir à avoir une carrière, gagner de l’argent, et avoir une famille tout en étant musicien m’a prouvé que cela était possible ».

Même s’il ne les voit quelques fois par an parce qu’ils vivent en Israël, il sait que c’est grâce à leur soutien qu’il en est là.

« Je rêvais de jouer dans de grande salle quand j’étais petit mais je voulais aussi être une star de basket-ball », se remémore-t-il.

« J’ai arrêté [d’y croire] parce que j’étais le plus petit de ma classe », poursuit-il, même si son mètre quatre-vingt ne laisse en rien deviner ce petit secret de son passé. « Je me suis dit que si je ne pouvais pas avoir le basket-ball, j’aurais le violon ».

Aujourd’hui Zorman joue un violon Pietro Guarneri fabriqué à Venise en 1745 sur un prêt de Yehuda Zisapel, un entrepreneur en haute technologie basé à Tel Aviv et patron des musiciens israéliens.

Zorman révèle qu’il est « extrêmement reconnaissant » envers Zisapel pour le prêt parce que l’acquisition d’un instrument d’un vieux maître n’est pas chose aisée.

« C’est extrêmement difficile pour les jeunes musiciens », explique Zorman, parce que les instruments haut de gamme sont tellement chers – et s’élèvent à hauteur de plusieurs millions de dollars. Pour compenser, certains jeunes musiciens achètent de nouveaux violons modernes, mais Zorman affirme qu’il est impossible de reproduire l’original.

« Les bons vieux violons ont une qualité de son que les violons modernes ne produisent pas »

« Les bons vieux violons ont une qualité de son que les violons modernes ne produisent pas », explique-t-il. « Les vieux violons sont complexes, ils ont beaucoup de couches. Je pense que chaque joueur laisse leur marque sur un violon. Le violon imprègne leur musique ».

Lors de son service obligatoire au sein de l’armée israélienne, Zorman a reçu le titre de Musicien d’exceptionnel et a gagné une place dans le quatuor à cordes de l’armée.

Après avoir suivi un mois de formation de base – « c’était tellement différent de tout ce que je avais fait dans ma vie », se rappelle Zorman – et après avoir passé une année à travailler dans un bureau de l’armée, il a passé deux années à jouer dans le quatuor à cordes officiel de l’armée israélienne.

« Nous avons joué pour les soldats et les enfants », raconte Zorman, « et nous sommes allés dans toutes ces différentes écoles vêtus avec nos uniformes ».

Alors qu’il était encore à l’armée, Zorman a posé sa candidature pour Juilliard et a auditionné à New York en mars 2006.

« Lorsque que ‘quelque chose est important, on trouve le temps' »

Zorman a commencé à fréquenter son épouse, Liza Stepanova alors qu’ils poursuivaient tous les deux leurs études à Juilliard. Un étudiant en master fréquentant un doctorant, cela sonne comme un désastre annoncé, mais malgré les horaires chargés, les compositions, et les recherche pour la thèse, la relation de Zorman et Stepanova a prospéré.

« L’une des choses les plus importantes que j’ai apprises, explique Zorman à propos de l’époque où il sortait avec sa femme, est que lorsque que ‘quelque chose est important, on trouve le temps' ».

Aujourd’hui Zorman est basé à NYC tandis que Stepanova est professeur de musique à l’université Smith dans le Massachussetts.

« Elle fait la navette deux fois par semaine et, et j’y vais aussi souvent que possible ».

Zorman et sa femme vivent et respirent la musique, même si leurs styles sont parfois différents.

Le style que Zorman préfère jouer est la musique romantique de fin du siècle.

« On peut vraiment se laisser allez quand on joue cela », explique-t-il.

En contraste à la musique classique qui, selon lui, requiert un strict respect de la structure et des proportions. Zorman explique qu’il y a plus de liberté dans la musique romantique.

Pour le musicien, explique-t-il, « la vague émotionnelle peut prendre le dessus. Tu n’as rien à contrôler. » Et, comme dans tous les morceaux de musique émotionnelle et bien interprétée à la fois, le musicien et le public « peuvent se laisser emporter par le moment ».