Sreenivasan Jain, journaliste de la chaîne indienne NDTV, a filmé avec son cameraman une vidéo mardi. Dans cet enregistrement, on peut voir des hommes armés du Hamas qui se rassemblent et qui tirent une roquette vers Israël d’une zone résidentielle. Il a décrit les coulisses des évènements qui ont mené à l’enregistrement de cet incident.

« Comme la vidéo l’explique, nous nous sommes réveillés l’avant dernier jour de notre voyage dans la bande de Gaza aux alentours de 6h. Et c’était exactement comme vous le voyez dans l’enregistrement : une tente bleue incongrue sur une petite parcelle de terre vide et envahie par la végétation derrière un immeuble en contrebas abandonné », écrit Sreenivasan dans un blog publié jeudi.

« Il y a un détail au sujet de cette parcelle de terre que je mentionne dans la vidéo qui n’a peut-être pas été complètement comprise – c’était le même endroit duquel une roquette avait été lancée cinq jours avant », explique-t-il.

« La panique générale s’est ensuivie. L’[armée israélienne] a lancé des avertissements aux deux hôtels de la rue pour que l’on évacue [les
lieux] ; en quelques minutes ils étaient vides. Ceux qui dormaient dans notre immeuble se trouvaient dans une pièce sécurisée au rez-de-chaussée. De ce fait, cet endroit [la parcelle de terre] était gravé dans notre mémoire ».

Il ajoute que le tir a eu lieu dans une zone urbaine dense de Gaza avec énormément de civils aux alentours.

« Du coup, quand nous avons vu la tente au même endroit avec deux hommes (plus tard trois) entrant et sortant, travaillant sur quelque chose à l’intérieur, il semblait enterrer quelque chose, ce n’était pas compliqué de comprendre de quoi il s’agissait », continue Sreenivasan.

« Quand ils ont commencé à sortir des fils de la tente, la dernière étape avant de recouvrir le sol à l’aide d’une bêche, mettant même quelques buissons au-dessus. Ils se sont ensuite éclipsés furtivement. Les choses étaient d’autant plus claires ».

Le reportage de Sreenivasan sur NDTV montre une équipe palestinienne de lanceurs de roquettes utilisant une tente pour couvrir le fait qu’il se prépare à un lancement de roquettes et ensuite on peut voir le tir en lui-même.

Sreenivasan précise dans son reportage que le tir des roquettes du Hamas a été lancé à « quelques mètres de notre hôtel » et « en plein cœur d’une zone résidentielle remplie d’immeuble d’habitations ».

Il s’est ensuite dirigé vers l’endroit d’où la roquette a été lancée mais
« des personnes lui ont demandé de ne pas se rendre à l’endroit [où la roquette avait été tirée], du coup nous sommes revenus sur nos
pas… ».

« Nous avions tout enregistré sur une vidéo, mais nous avions un gros dilemme, que devions-nous faire avec ? », écrit Sreenivasan dans son blog.

« Deux choses nous aient venus à l’esprit et nous pesaient sur la conscience. La première était la peur qui nous entrave lorsque l’on rapporte [ce] genre de faits : la peur des représailles du Hamas contre nous et ceux qui ont travaillé avec nous, la peur d’entraîner une réaction israélienne immédiate (ces réactions sont connues pour ses ratages). Deuxièmement, nous avions besoin d’être à 100 % sûrs que c’était un site de lancement de roquettes. Du coup, nous n’avions rien fait et sommes partis remplir notre mission du jour, réfléchissant à ce que nous devions faire avec le matériel en notre possession ».

Sreenivasan raconte que les roquettes ont été lancées quelques instants avant que la trêve de 72 heures ne prenne effet.

« Nous savions que nous devions diffuser le reportage », déclare-t-il.

« Pour nous qui avions filmé comment une roquette était assemblée près de nous, sur un site utilisé à deux reprises pour lancer une roquette, mettant en danger la vie des personnes qui se trouvent autour de nous en deux occasions – ne pas le diffuser aurait était tout simplement mal ».

Sreenivasan explique que la chaîne indienne a décidé de ne pas se censurer à cause de la peur de représailles du Hamas car ignorer ce genre d’information met plus de vies en danger. Il ajoute que ce reportage ne sert pas à exonérer Israël de sa responsabilité « sur le bilan épouvantable que son offensive a eu sur les vies civiles » dans la bande de Gaza.

Le journaliste indien continue en déclarant qu’affirmer que le Hamas
« n’a pas d’autres choix » que de lancer des tirs à partir de zones résidentielles « est discutable dans les faits », car « on n’a qu’à conduire le long de la route Salahudin qui part du nord de Khan Younis dans la ville de Gaza et aller vers le sud pour se rendre compte que la bande de Gaza n’est pas, comme on le croit généralement, une grande agglomération urbaine continue ».

France 24 a également diffusé des vidéos d’aires de lancement de roquettes, qui se trouvent à moins d’une centaine de mètres d’un immeuble de l’ONU sur lequel on peut voir flotter le drapeau bleu des Nations unies. Un hôtel où logent des journalistes couvrant le conflit de Gaza se trouve à moins de cinquante mètres de l’aire de lancement, selon le correspondant Gallagher Fenwick, qui intervenait de la ville de Gaza.

La vidéo française a été diffusée mardi.

« Ce type d’installations est au cœur du débat », explique Gallagher.
« L’armée israélienne a accusé de manière répétée les militants palestiniens de tirer des zones densément peuplées de civils et c’est exactement le genre d’installations que nous avons ici ».