Un célèbre magazine d’information saoudien, étroitement lié à la famille royale saoudienne, a publié pour la toute première fois un important article écrit par un journaliste israélien.

L’article détaille la responsabilité de l’Iran dans les attentats à la bombe commis à l’ambassade israélienne de Buenos Aires en 1992 et dans les locaux du centre communautaire juif de l’AMIA de la capitale argentine en 1994.

L’article, intitulé « Tenir l’Iran pour responsable », qui cite des « preuves accablantes » démontrant le rôle tenu par l’Iran dans les deux attentats terroristes dévastateurs qui ont fait plus de 100 morts, a été publié dans l’édition de novembre-décembre du magazine Majalla.

Majalla, publié à Londres, appartient à une maison d’édition dirigée par un prince saoudien, Bader ben Abdallah Al Saoud, et dont le dirigeant était auparavant un des fils du roi Salmane, le prince Turki ben Salmane Al Saoud.

L’article a été écrit par le journaliste israélien Ronen Bergman, même si Majalla ne le précise pas explicitement. Il est toutefois indiqué qu’il a été écrit à « Buenos Aires – Tel Aviv ».

Le logo du magazine saoudien Majalla, édité à Londres

Le logo du magazine saoudien Majalla, édité à Londres

Bergman a déclaré au Times of Israël que le magazine, qui traite largement des questions israéliennes, n’avait jamais auparavant publié d’article d’un journaliste israélien.

L’article s’ouvre par le témoignage angoissé d’un diplomate israélien, Danny Carmon, dont l’épouse Eliora, la mère de leurs cinq enfants, a été tuée lors de l’attentat de 1992 à l’ambassade.

Ronen Bergman (Crédit : Dana Kopel)

Ronen Bergman (Crédit : Dana Kopel)

Il se concentre en grande partie sur les preuves accumulées par l’enquêteur argentin Alberto Nisman, qui prouvent la responsabilité directe de l’Iran dans les deux attentats – l’explosion survenue à l’AMIA en 1994 avait été commanditée par de hauts responsables iraniens lors d’une réunion organisée en 1993 à Mashad – et sur les accusations de Nisman contre l’ancien gouvernement argentin de la présidente Cristina Fernández de Kirchner, qui avait tenté de couvrir le rôle tenu par l’Iran.

Les conclusions de Nisman étaient tellement certaines et convaincantes qu’Interpol avait placé les principaux conspirateurs iraniens, ainsi que l’ancien chef terroriste du Hezbollah Imad Mughniyeh, sur sa liste de surveillance internationale, qui exige des pays membres qu’ils participent à leur arrestation et à leur extradition. L’ancien ministre iranien de la Défense Ahmad Vahidi et le candidat malheureux à la présidentielle Mohsen Rezai figuraient eux aussi sur la « liste rouge » dressée par Interpol.

Le corps de Nisman avait été retrouvé dans une mare de sang en janvier 2015, avec une balle dans la tête, près de son domicile de Buenos Aires, quelques heures à peine avant qu’il ne soit appelé à préciser ses accusations contre Kirchner devant une commission du Congrès argentin.

La version arabe de l’article comprend une photographie de Nisman et de Bergman au domicile de ce dernier en Israël.

Ronen Bergman, à gauche, Alberto Nisman, au centre, et Gustavo Perednik, un ami de Nisman qui avait écrit un livre en 1994 sur l'attentat à la bombe de l'AMIA, photographiés au domicile de Bergman, en Israël. (Crédit : Ronen Bergman)

Ronen Bergman, à gauche, Alberto Nisman, au centre, et Gustavo Perednik, un ami de Nisman qui avait écrit un livre en 1994 sur l’attentat à la bombe de l’AMIA, photographiés au domicile de Bergman, en Israël. (Crédit : Ronen Bergman)

Les relations entre Israël et l’Arabie Saoudite se sont peu à peu réchauffées ces dernières années, en grande partie en raison des préoccupations partagées à l’égard du régime iranien, et de son programme nucléaire en particulier.

Un ancien général saoudien est venu à Jérusalem et a rencontré des députés l’été dernier. Un certain nombre de rencontres entre des responsables saoudiens et israéliens ont également eu lieu à Washington et ailleurs.

L'ancien général, le Dr Anwar Eshki (au centre avec une cravate rayée), et d'autres membres de la délégation saoudienne ont rencontré des députés et des responsables israéliens au cours d'une visite en Israël, le 22 juillet 2016. (Crédit : Twitter)

L’ancien général, le Dr Anwar Eshki (au centre avec une cravate rayée), et d’autres membres de la délégation saoudienne ont rencontré des députés et des responsables israéliens au cours d’une visite en Israël, le 22 juillet 2016. (Crédit : Twitter)

Israël et l’Arabie Saoudite n’entretiennent pas de relations diplomatiques.