Un brouillon de mandat d’arrêt contre la présidente argentine Cristina Fernandez de Kirchner aurait été trouvé dans l’appartement du défunt procureur Alberto Nisman, a-t-on appris mardi, deux semaines après que ce dernier a été retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses.

Selon le New York Times, le document accuse Kirchner d’avoir dissimulé l’implication iranienne suspectée dans l’explosion mortelle de 1994 au centre communautaire juif AMIA à Buenos Aires. Nisman avait accusé des agents iraniens et du Hezbollah d’avoir perpétré l’attentat dans lequel 85 personnes avaient trouvé la mort.

Les documents, trouvés par les enquêteurs de police dans la poubelle de Nisman, recommandaient également l’arrestation du ministre des Affaires étrangères Hector Timerman.

Nisman a été retrouvé mort d’une blessure par balle le 18 janvier, la veille du jour où il devait déposer contre Kirchner devant une séance à huis clos d’une commission du Congrès argentin.

Kirchner et Timerman ont nié les allégations selon lesquelles ils avaient secrètement négocié du pétrole en échange de la protection des responsables iraniens contre des accusations liées à l’organisation de l’attentat.

Si les mandats avaient été émis « ils auraient provoqué une crise sans précédent en Argentine » a déclaré au New York Times un analyste politique, Sergio Berensztein.

Nisman semble avoir finalement décidé de mettre en cause Fernandez et son gouvernement, mais de ne pas demander son arrestation immédiate.

Clarin, le plus grand journal argentin, avait signalé dimanche la découverte du projet de mandat d’arrêt.

Le chef de cabinet, Jorge Capitanich, a qualifié lundi l’article de « mensonger et d’ordurier » et l’a déchiré en morceaux devant les journalistes et les caméras de télévision.

Clarin a publié mardi une copie du projet de mandat du Nisman dans lequel il demande l’arrestation de Fernandez et Timerman, et les oblige à rester dans le pays.

Le document, qui demandait des mesures plus énergiques contre la présidente que le document que Nisman avait finalement préparé avant sa mort, était daté de juin 2014.

Anibal Fernandez, secrétaire général de la présidence, a déclaré mardi que « quelqu’un » avait préparé le mandat de Nisman quelques heures avant la présentation prévue et que le procureur venait de le signer

Selon le New York Times, Viviana Fein, la procureure qui enquête sur la mort de Nisman, a confirmé mardi que Nisman avait préparé le projet de mandat, dont elle avait d’abord nié l’existence.

Fein a rapporté lundi que la seule balle qui a tué Nisman était entrée près de son oreille à l’arrière de l’oreille, ce qui suggère qu’il ne s’est pas suicidé, mais que la gachette a été pressée par quelqu’un d’autre. Le seul ADN trouvé sur les lieux du crime était de Nisman.

Les enquêteurs avaient dit que la mort de Nisman semblait être un suicide, mais elle a été classée comme une mort suspecte, et les hypothèses d’un homicide ou d’un « suicide induit » n’ont pas été exclues.

Après sa mort, Kirchner a suggéré que Nisman ait pu être manipulé par d’anciens agents de renseignement qui l’ont ensuite assassiné pour la salir.

Kirchner n’a fourni aucune preuve pour étayer sa théorie et n’a pas dit qui,selon elle, serait derrière la mort de Nisman.

La mort a secoué le leadership de l’Argentine et suscité, dans communauté juive, des manifestations de soutien au procureur .

Le Congrès argentin s’est réuni mardi pour discuter de la refonte des services de renseignement suggérée par Kirchner après la mort de Nisman.