L’accord nucléaire émergeant avec l’Iran a de sérieuses lacunes parce qu’il néglige la question des armes, affirme une experte israélienne lundi, alors que des révélations dessinent le cadre de l’accord entre Téhéran et les six puissances mondiales.

Emily Landau, une chercheuse de l’Institut pour les études sur le sécurité nationale (INSS), explique qu’il n’y a pas que les responsables israéliens et certains députés du Congrès américain qui rejettent cet accord mais qu’un grand nombre d’experts nucléaires d’Amérique et d’Europe ne sont pas d’accord avec l’accord qui émerge.

Selon Associated Press, le groupe P5+1 considérerait l’option suivante : permettre à l’Iran de garder près de 6 500 centrifugeuses s’il accepte d’écouler l’uranium qu’il produit ou de le transformer pour le rendre difficile à reconvertir pour une utilisation militaire.

Alors que les révélations sur un accord potentiel se concentrent principalement sur le nombre de centrifugeuses que l’Iran aurait le droit de garder et la nature du régime d’inspections, peu de choses sont connues sur le contenu de l’accord au sujet des travaux présumés de Téhéran pour développer l’arme nucléaire et les mesures prises pour endiguer ce problème. On ne sait rien sur la mystérieuse usine de Perchin où les Iraniens se sont toujours montrés réticents à laisser entrer les inspecteurs.

« Il y a une certaine logique à cela, mais en fin de compte, la plus grosse lacune est le fait que la militarisation n’ait pas été prise de front et placée en priorité dans les négociations », a expliqué Landau au Times of Israel.

« Votre carte la plus forte lors de vos pourparlers est de mettre sur la table que l’Iran a violé le Traité de non-prolifération nucléaire pendant des décennies en développant sa capacité nucléaire. Ce fait – que l’Iran a fait obstruction pendant des années, en violation claire du Traité de non-prolifération – doit être au centre des discussions.

La majorité de la couverture médiatique sur un accord potentiel se concentre sur le nombre de centrifugeuses que l’Iran aura le droit de garder, dénonce Landau.

Même si permettre à l’Iran de garder 6 500 centrifugeuses est une concession lamentable – le P5+1 avait à l’origine annoncé qu’il insisterait pour que l’Iran n’en garde que 1 500 – les articles indiquant que l’accord est presque finalisé sans que la militarisation de la République islamique n’ait été soulevée est inquiétant, insiste Landau.

« La question de la militarisation n’est presque pas mentionnée dans les médias au sujet de l’accord émergent », s’insurge Landau, qui dirige le projet du contrôle des armes et de la sécurité régionale de l’INSS.

L’autre question qui aurait dû être évoquée dans le cadre de n’importe quel accord avec l’Iran concerne le développement de missiles balistiques intercontinentaux, ajoute-t-elle. « Les missiles balistiques intercontinentaux ne sont pas un sujet non-nucléaire, ce sont des systèmes de vecteur pour les armes nucléaires. »

Landau a clairement affirmé qu’il n’y avait pas que les responsables israéliens qui considèrent que l’accord, tel qu’il est dévoilé, est extrêmement inquiétant.

« La plupart des experts pensent que c’est un mauvais accord. Les doutes, le scepticisme et une profonde inquiétude sont forts au-delà des responsables israéliens et des faucons du Congrès. »