Un ministre de l’Intérieur qui juge que les collaborateurs des nazis « avaient leurs raisons » et celui chargé de l’Asile qui promet l’expulsion de « 1 000 sans-papiers » : le profil droitier des nationalistes flamands perturbe les premiers pas du nouveau gouvernement belge.

Dirigé par le chef des libéraux francophones Charles Michel, mais dominé par trois partis flamands de droite, le gouvernement est entré en fonction samedi, un peu plus de quatre mois après les législatives.

Le jeune nouveau Premier ministre, 38 ans, fera mardi son discours de politique générale devant la Chambre des représentants. Il devrait en principe obtenir jeudi la confiance d’une confortable majorité de députés issus des élections du 25 mai, remportées en Flandre par la Nouvelle alliance flamande (N-VA) de Bart De Wever.

Depuis l’annonce de la composition du gouvernement la semaine dernière, auquel M. De Wever a préféré ne pas prendre part pour rester à la mairie d’Anvers, le profil des trois ministres et des deux secrétaires d’Etat issus de la N-VA est passé au crible.

Les critiques visent en premier lieu le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jan Jambon.

Les journaux francophones ont relevé que M. Jambon avais pris la parole en 2001 lors du 50e anniversaire du Saint-Maartensfonds, une association d’anciens volontaires flamands partis se battre sur le front de l’Est avec les troupes allemandes.

« Je défie quiconque de trouver une phrase, un texte, où je défends la collaboration. La collaboration a été une erreur », s’est défendu M. Jambon lundi dans le quotidien La Libre Belgique, qualifiant de « fait divers » sa présence à une réunion de nostalgiques du IIIe Reich.

« Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. Moi, je ne vivais pas à cette époque-là », a toutefois cru bon d’ajouter le nouveau « premier flic de Belgique ».

En 2001, M. Jambon s’exprimait au nom du Mouvement populaire flamand (Vlaamse Volksbeweging, VVB), dont il est toujours membre. « Le VVB réunit des gens autour d’un seul objectif : l’indépendance de la Flandre. Des gens qui viennent d’horizons très différents : de l’ultragauche à l’ultradroite », a-t-il également déclaré.

Né au XIXe siècle dans une Belgique dominée par les francophones, le « mouvement flamand » s’est compromis pendant les deux guerres mondiales avec l’occupant allemand.

Si côté francophone on ne trouve plus de nostalgiques du rexisme, le mouvement fasciste créé par Léon Degrelle, les nationalistes flamands ont jusqu’au début des années 2000 bruyamment réclamé « l’amnistie » pour les collaborateurs condamnés après la guerre.

Une vieille polémique

Les propos de Jan Jambon ont relancé la vieille polémique sur les sympathies d’extrême droite des nationalistes flamands, avec qui Bart De Wever avait pris ses distances ces dernières années.

Charles Michel « a mis à la tête de l’Etat un personnage sulfureux qui considère que sa participation à des meetings d’extrême droite est un fait divers (…) On ne va pas lui demander de démissionner trois jours après la prestation de serment, mais c’est particulièrement heurtant », a lancé lundi le chef des centristes francophones, Benoît Lutgen.

« De tels propos sont terriblement choquants parce qu’ils excusent et justifient la collaboration des Belges, qu’ils aient été flamands, wallons ou bruxellois, avec l’occupant nazi », a renchéri le député PS André Frédéric.

« M. Jambon est un démocrate », avait assuré dimanche le ministre des Retraites, Daniel Bacquelaine, mais d’autres libéraux francophones n’ont pas caché leur malaise.

D’autant qu’outre l’Intérieur, la N-VA détient également les portefeuilles de la Défense, des Finances ou encore de l’Immigration.

« Interpeller les illégaux criminels, voilà ma priorité », a lancé lundi le secrétaire d’Etat chargé de l’Asile et de l’Immigration, Théo Francken, en annonçant la création de places supplémentaires dans les « centres fermés » où sont détenus les demandeurs d’asile déboutés avant d’être reconduits aux frontières. « Cela signifie 1 000 expulsions (par an) en plus », a-t-il ajouté.

Selon un sondage publié lundi, Charles Michel, qui a également annoncé des mesures potentiellement impopulaires, comme le report à 67 ans de l’âge de la retraite ou un gel temporaire des salaires, n’obtient que 32 % d’opinions favorables chez les francophones, pour 58 % côté néerlandophone.