Ammunition Hill au nord de Jérusalem, un matin calme, son étendue de vertes pelouses et d’oliviers, ses bunkers de ciment et ses tranchées de pierre. Ce poste militaire a été construit par les Britanniques, puis utilisé par les Jordaniens et capturé par les parachutistes israéliens dans l’une des batailles les plus féroces de la guerre des Six jours en 1967.

Aujourd’hui, il accueille les cérémonies de parachutistes, inspire les leçons d’héroïsme et de valeurs morales destinées aux nouvelles recrues de l’armée, et sert d’outil pédagogique pour les élèves du secondaire qui parcourent la colline en utilisant le GPS et des fusils laser, dans le cadre d’une réflexion stratégique.

Plus récemment, Ammunition Hill s’enrichit d’un nouvel atour : un mur d’honneur, qui commémore les soldats juifs à travers le monde qui défendaient leur pays d’origine.

La colline, site historique depuis 1975, était sur le point de fermer il y a deux ans en raison de manque de fonds. Sauvée de justesse par une opération gouvernementale, elle fait actuellement l’objet d’une rénovation lente financée par le Fonds national juif (FNJ).

Dans le cadre de cette rénovation, le mur, une étendue lisse de ciment brut, avec 265 plaques de soldats juifs, originaires de Russie, des Etats-Unis et d’Israël. Chaque nom raconte un passage de l’histoire juive. Dix plaques doivent encore s’y ajouter, en amont de la célébration de la Journée des anciens combattants américains, le mardi 11 novembre.

« Les Juifs ont toujours combattu pour les pays où ils ont vécu », déclare Yoel Rosby, agent de liaison entre le FNJ à Ammunition Hill, qui guidait les visiteurs à la veille de la Journée des anciens combattants.

Le mur raconte leurs histoires. Trois plaques en cyrillique juxtaposées. Juste en dessous, des plaques pour les frères Fleisher et Kivitz, fils de la même mère, occupent cinq places, tandis que celles d’Arthur et Aaron Blank, un grand-père et un petit-fils, représentent leur service actif dans la marine américaine et Tsahal. Roslyn Schute, l’une des rares femmes représentée le mur, a été tuée en 2009 par une bombe en bordure de route lors de sa tournée en Afghanistan.

Figurent aussi les anciens combattants qui ont combattu pour Israël : Ariel Sharon, Avigdor Kahalani, Orde Wingate et Micky Marcus ; Shimon « Katcha » Cahaner, le sous-commandant du bataillon qui a lutté sur la colline, et Ehud Goldwasser, le réserviste enlevé et tué par le Hezbollah, groupe terroriste basé au Liban, en 2006.

Avoir le nom d’un ancien combattant gravé sur le mur coûte 5 000 dollars. Certains anciens combattants paient leurs propres plaques, tandis que d’autres sont ajoutés à titre posthume par la famille, des amis ou des admirateurs.
Ike Taffel, vétéran du Vietnam qui a grandi près d’Atlantic City, New Jersey, a payé pour sa propre plaque après avoir vu le mur lors de son deuxième voyage en Israël.

Cet homme de 67 ans de Boca Raton, Floride, fils de deux survivants de la Shoah, était un tireur d’hélicoptère au Vietnam qui voulait s’enrôler dans l’armée depuis petit.

« Je voyais beaucoup de combats, » a-t-il dit. « Quand vous êtes jeune, vous l’intégrez mieux que quand vous êtes plus âgé. »

Il a survécu au Vietnam, a étudié à l’université et a travaillé à Wall Street dans la vente d’obligations municipales. Sa dernière visite en Israël avec le FNJ comprenait un arrêt à la Colline des Munitions, où il s’est parfaitement identifié avec ce qu’il a appelé « une bataille féroce ».

« J’ai écouté attentivement ce que le guide nous disait », raconte Taffel. « J’ai vu ce genre de choses au Vietnam, rien de nouveau à cela. Mais là c’était des soldats juifs, je n’y avais pas pensé jusque là. »

Plus tard dans la journée, lorsque Taffel a vu les noms sur le mur, il a demandé au guide de quoi il s’agissait.

Il a remarqué plusieurs noms familiers sur le mur, comme celui du capitaine juif du département de sa ville natale, qui avait combattu dans la Seconde Guerre mondiale, ou du fils d’Israéliens d’une ville de Floride voisine qui a été tué en Afghanistan. Le mur lui était familier.

Le lien entre les générations de combattants est l’idée derrière le mur, déclare Alon Wald, responsable du marketing d’Ammunition Hill. C’est aussi le fils de Rami Wald, un parachutiste qui a été tué pendant la bataille de juin 1967, lorsqu’Alon avait seulement onze mois.

« Nous enseignons aux enfants à être des leaders comme ces gars-là, » dit-il. « Il y a tant de leçons à tirer. »