Les responsables juifs sont furieux en raison de l’exposition d’une vidéo dans un musée polonais montrant des hommes et des femmes nus jouant à chat dans une chambre à gaz, qui est restée en présentation malgré les promesses du musée qu’elle serait retirée.

« Game of tag » [« Jeu de chat »] (lien explicite), tourné en 1999 par l’artiste polonais Artur Zmijewski, fait partie d’une exposition intitulée « La Pologne – Israël – Allemagne. L’expérience d’Auschwitz », qui a commencé à être exposé en mai au Musée d’art contemporain de Cracovie (MOCAK), pour illustrer l’impact de l’ancien camp de la mort nazi sur le discours public.

L’exposition a été approuvée et parrainée par l’ambassade d’Israël en Pologne.

Après s’être attiré les critiques des groupes de défense juifs, l’ambassade a appelé au retrait de la vidéo et le musée polonais a déclaré qu’il accèderait à la demande.

« Au nom du MOCAK, je vous informe que la vidéo ‘Game of tag’ d’Artur Żmijewski considérée comme étant controversée et insultante, n’est plus présentée à l’exposition », avait affirmé Justyna Kuska, la porte-parole du musée, au Times of Israel en juin.

« Au lieu de cela, nous présentons des informations sur l’œuvre, y compris notre commentaire du conservateur ainsi que le lien vers la vidéo qui est officiellement accessible sur le web », a-t-elle ajouté.

Mais le musée n’a que partiellement suivi sa décision, exposant la vidéo dans une salle avec un avertissement à l’entrée.

« Du 12 au 17 juin (tandis que le stand était en construction) le travail a été présenté au moyen d’un lien vers le site sur lequel le film pouvait être vu. Depuis le 17 juin la vidéo sous-titrée avec l’avertissement : ‘ce travail pourrait être considéré comme étant controversé et est destiné aux spectateurs adultes’ a été présenté dans un espace spécialement isolé », a précisé une responsable du musée dans un courriel mardi.

« Le public peut décider par lui-même s’il souhaite le voir ou pas », a-t-elle ajouté.

Mais les responsables juifs affirment que cacher l’écran ne suffit pas.

Efraim Zuroff, le directeur du Centre Simon Wiesenthal à Jérusalem, a déclaré qu’il est « tout simplement incompréhensible » que la vidéo soit montrée en Pologne, où les nazis allemands ont tué des millions de Juifs et de non-Juifs.

Le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, a également exhorté le MOCAK à retirer immédiatement le film, qui, a-t-il dit, « provoque une agonie extraordinaire aux survivants d’Auschwitz et de nombreuses autres personnes à qui l’Holocauste n’est pas un événement loin dans l’histoire, mais sert plutôt d’avertissement durable sur les dangers de l’antisémitisme, la haine raciale et la xénophobie ».

Le Musée a rejeté les protestations des dirigeants juifs. « Nous avons le sentiment que lire ce film comme une insulte aux victimes des camps de concentration est un contre-sens », a précisé la directrice du MOCAK, le Dr Maria Anna Potocka, le mois dernier.

Potocka a déclaré : « il est impossible – et peut-être mieux vaut éviter – de dépeindre de façon réaliste ce qui se passait à l’intérieur des chambres à gaz, que ce soit physiquement ou mentalement. Toutes ces tentatives se terminent dans un pathos fatal. Une image qui se rapproche de la réalité ne peut être détectée par notre imagination ».