Un nationaliste ukrainien a appelé la semaine dernière les Juifs à « s’habituer à nos règles » ou à être punis, dans un conflit qui s’intensifie au sujet d’une nouvelle statue de Symon Petliura, accusé de meurtre de dizaines de milliers de Juifs pendant la Révolution russe.

La statue a été inaugurée le mois dernier à Vinnitsa, dans un quartier de la ville autrefois appelée Yerusalimka (Jérusalem), à quelque 200 mètres d’une petite synagogue, toujours en service.

En utilisant un mot insultant pour désigner les Juifs, « Zhydy », Volodymyr Bazelyuk, qui dirige le bureau de Vinnitsa du parti nationaliste ukrainien Svoboda (Liberté), dans l’opposition, a écrit sur Facebook : « ne nous dites pas comment vivre et qui mettre sur nos monuments dans notre pays ! Si vous voulez vivre avec nous, habituez-vous à nos règles, et sinon, allez dans votre pays ou soyez punis », a rapporté samedi le site d’information israélo-ukrainien newru.

Accusant les Juifs d’avoir organisé une famine dans l’Ukraine soviétique en 1932 et 1933, pendant laquelle sept à dix millions de personnes, majoritairement ukrainiennes, sont mortes, il a appelé ses concitoyens à « remettre les minorités nationales à leur place. »

L’épisode historique, appelé Holodomor, a été reconnu par l’Ukraine et 15 autres pays depuis 2006 comme un génocide mené par le gouvernement soviétique.

Le parti Svoboda compte actuellement quatre députés au Parlement ukrainien.

Eduard Dolinsky, vice-président exécutif du Comité juif ukrainien. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Eduard Dolinsky, vice-président exécutif du Comité juif ukrainien. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Eduard Dolinsky, vice-président exécutif du Comité juif ukrainien, a répondu sur Facebook que les propos de Bazelyuk constituaient un crime et qu’il porterait plainte auprès du parquet et de la police.

Vendredi, l’ambassadeur d’Israël en Ukraine, Eliav Belotzercovsky, a lié la statue à la hausse du nationalisme dans le pays.

« Les représentants israéliens tentent de gérer cette tendance et nous essayons de voir comment nous pouvons faire face à ce phénomène avec les meilleurs moyens à notre disposition », a-t-il dit.

« Néanmoins, les autorités ont des intérêts qui leurs sont propres et ne sont pas toujours les mêmes que les nôtres, et pas seulement à Vinnitsa. C’est également le problème pour plusieurs noms de rue à Kiev, et pour toutes sortes d’autres tendances nationalistes qui connaissent une recrudescence dans le pays », a-t-il ajouté.

La députée israélienne Ksenia Svetlova (Union sioniste) a protesté auprès du maire de Vinnitsa et de l’ambassadeur ukrainien en Israël, affirmant que la statue était inappropriée au vu de la réputation de Petliura pour son rôle dans « de nombreux pogroms en Ukraine, pendant lesquels des dizaines de milliers de Juifs ont été tués. »

Les soldats de la République populaire d’Ukraine de Petliura sont responsables de 493 des 1 236 pogroms enregistrés, ainsi que d’autres actes de violence contre des Juifs dans 524 villes pendant la Révolution russe, entre 1918 et 1921. Entre 35 000 et 50 000 Juifs ont été tués dans ces violences, où le rôle de Petliura n’est pas précisément connu.

Nouvelle statue du nationaliste ukrainien Symon Petliura, inaugurée le 14 octobre 2017. (Crédit : autorisation)

Nouvelle statue du nationaliste ukrainien Symon Petliura, inaugurée le 14 octobre 2017. (Crédit : autorisation)

L’érection de la statue s’inscrit dans une tendance croissante des autorités ukrainiennes pour remplacer les noms de rues et de monuments russes par des noms ukrainiens, notamment en réaction à la guerre menée par les séparatistes, soutenus par les Russes, dans les régions ukrainiennes de Donetsk et Lougansk.

Vinnitsa, situé à 260 kilomètres au sud-ouest de Kiev, la capitale ukrainienne, avait déjà baptisé une rue du nom de Petliura.

Gavin Rabinowitz a contribué à cet article.