Une crise cardiaque. C’est ce que les médecins israéliens, qui ont participé à l’autopsie du responsable palestinien Ziad Abu Ein, ont déterminé comme étant la cause du décès.

De plus, ils ont découvert que « le décédé souffrait d’une cardiopathie ischémique, d’anciennes cicatrices ont été trouvées dans les vaisseaux sanguins présents dans le cœur indiquant que le décédé avait souffert de blocages cardiaques dans le passé ».

En termes plus simples, cet homme souffrait de problèmes cardiaques.

Tous ceux qui connaissaient Ziad Abu Ein personnellement savaient qu’il n’était pas en bonne santé, qu’il était un gros fumeur et était en surpoids. Tous les faits pointent sur le fait qu’il est mort d’une crise cardiaque.

 Malgré cela, les Palestiniens assurent qu’Abu Ein est mort de suffocation et à cause du gaz lacrymogène.



Et pourtant, dans ce cas, tout le monde a probablement raison. En d’autres termes, le fonctionnaire n’aurait pas souffert d’une crise cardiaque lors de la manifestation, provoquée par des problèmes médicaux préexistants, s’il n’avait pas inhalé du gaz lacrymogène et été pris dans une bagarre avec les agents de la police des frontières qui l’ont attrapé par le cou.

La question plus importante encore maintenant est de savoir si cette affaire est un casus belli [locution latine signifiant littéralement ‘cas de guerre’ : un acte de nature à déclencher des hostilités] pour l’Autorité palestinienne.

Commençons par la bonne nouvelle avant le week-end. Malgré le décès d’Abu Ein – pendant une manifestation près de Turmusaya, dans le nord de Ramallah – ses funérailles au Muqataa jeudi, une cérémonie militaire et officielle digne, s’est déroulée dans un calme relatif (des appels à la vengeance ont été scandés), sans les discours passionnés et les explosions de colère contre Israël.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’une fois que le cortège funèbre a atteint le cimetière près d’El-Bireh, on a tiré plusieurs coups de feu en l’honneur d’Abu Ein. En outre, au moins selon les déclarations des deux chefs du Fatah, Saeb Erekat et Jibril Rajoub, la direction palestinienne qui s’est réunie mercredi soir a décidé de mettre un terme à la coopération sécuritaire en Cisjordanie avec Israël.



Selon les deux fonctionnaires, la décision a également été prise de demander l’adhésion à la Cour pénale internationale (CPI), et de ratifier le Statut de Rome (qui ouvre la voie pour rejoindre la CPI), et de faire appel au Conseil de sécurité de l’ONU afin de faire reconnaître la Palestine comme un Etat.

Si cela est vrai, ce n’est pas tout simplement pas un coup publicitaire, alors nous sommes sur le point d’entrer dans une nouvelle ère dans les relations israélo-palestiniennes. Et cela ne sera pas une bonne ère.

 Ce n’est seulement dimanche, lors de la réunion de la direction de l’AP, qu’une décision finale sera prise, et alors seulement à ce moment-là, nous saurons si Erekat et Rajoub avaient raison. Si c’est le cas, nous sommes sur le point d’entrer dans une période difficile, éventuellement violente.

D’après mes conversations avec les divers responsables palestiniens au cours de ces dernières semaines, il semble que le président de l’AP Mahmoud Abbas estime qu’une escalade de la violence maintenant en Cisjordanie aiderait ses adversaires israéliens et palestiniens. Elle augmenterait les chances que Benjamin Netanyahu soit réélu. La suspension des liens sécuritaires affaiblierait également la position de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et renforcerait l’influence du Hamas.

Mais si Abbas ne prend pas des mesures drastiques contre Israël, comme par exemple mettre fin à la coopération sécuritaire, sa position s’affaiblirait également alors que le Hamas se renforcerait. En théorie, il doit donc décider quelle option sera le moindre des deux maux.

Mais il peut avoir une troisième option – annoncer la fin de la coopération, tout en la préservant sur le terrain. Cela signifierait qu’il s’abstiendrait de se rendre à des réunions sécuritaires conjointes avec des responsables israéliens, mais maintiendraient des liens paisibles avec ‘l’autre partie’, loin du regard de la population.

Abbas n’est pas aveugle et voit bien ce qui se passe dans l’arène politique israélienne. Beaucoup de ses conseillers lui ont conseillé d’ignorer les prochaines élections et de continuer à agir comme d’habitude. En d’autres termes, de continuer à aller de l’avant et de déposer les requêtes palestiniennes pour adhérer aux organisations internationales tout en mettant un terme à la coopération sécuritaire.

Mais d’un autre côté, plusieurs de ses proches lui chuchotent à l’oreille d’attendre un peu. Ils voient la potentielle escalade de violence majeure que ces mesures pourraient entraîner, et si la Cisjordanie connaît une explosion de violence, le bloc de la droite israélienne serait probablement renforcée.

Au-delà de tout lien avec les élections, l’absence de coordination sécuritaire nuira à la capacité de l’AP d’agir, et permettrait au Hamas de renforcer sa position.

Est-ce que les dés sont lancés sur le sort d’une guerre diplomatique ? Il semble qu’une décision sera bientôt prise sur cette question aussi.

Même si la prochaine explosion est empêchée ce week-end, la situation devient de plus en plus mûre pour donner lieu à une autre flambée de violence. Un simple examen des chiffres démontre clairement à quel point la situation en Cisjordanie est devenue difficile.

Il y a 2 754 000 Palestiniens en Cisjordanie, sans prendre en compte ceux de Jérusalem-Est. Ces chiffres ne sont pas gonflés ou fabriqués. Ce sont les chiffres que l’establishment de la sécurité israélienne approuve, comme celui des Palestiniens, même si certains politiciens israéliens les rejettent pour des raisons politiques.

Il y a 1 730 000 personnes vivant dans la bande de Gaza, ce qui signifie qu’au total, sans compter Jérusalem-Est, il y a 4 484 000 Palestiniens. Chaque mois, 56 000 bébés naissent uniquement en Cisjordanie. Cinq mille personnes meurent.

Le taux de chômage est en hausse. En Cisjordanie aujourd’hui, il est à 26,3 % comparé aux 43 % de Gaza. Ces chiffres sont alarmants.

Qu’en est-il du budget palestinien ? Sans l’aide économique extérieure, l’Autorité palestinienne ne pourrait pas survivre. Ses revenus totaux pour 2014 s’élèvent à 4,2 milliards de dollars. L’aide des pays donateurs a atteint 1,6 milliards de dollars, soit 39 % de ses revenus. La dépense la plus importante est les salaires, ou 2 milliards de dollars soit 48 % des dépenses totales.

Le ralentissement économique en Cisjordanie est ressenti, et, avec le manque d’avenir politique, cela correspond à une autre explication de l’augmentation inquiétante du « loup solitaire de l’Intifada », des attaques terroristes contre Israël perpétrées par l’initiative personnelle des terroristes, et pas dans le cadre d’une infrastructure terroriste organisée.

Pour l’instant, Abbas a été l’un des freins principaux vers une escalade et une détérioration de la sécurité en Cisjordanie. La question est de savoir combien de temps il continuera à agir comme une force de stabilisation au lieu de changer les règles du jeu en mettant un terme à la coopération sécuritaire.

Grâce aux forces de sécurité israéliennes et palestiniennes, ils ont pu contenir, jusqu’à présent, la récente escalade des tensions à Jérusalem Est. Ils ont empêché la violence de se propager en Cisjordanie. Mais nous pouvons comprendre, à la lumière des données économiques, à quel point la situation est explosive en Cisjordanie et à quel point elle pourrait basculer dans une détérioration globale.