Avant de pouvoir faire venir son ami Ali Abu Awad dans son implantation en Cisjordanie, le rabbin Hanan Schlesinger a dû contacter les autorités locales de sécurité, lesquelles se sont tournées vers l’armée israélienne afin de lui délivrer un permis d’entrée spécial.

En fait, dit Schlesinger, le chef de la sécurité à Alon Shvut était « très heureux » quand il a appelé, parce que lui et la direction de la ville avaient déjà évoqué « la situation, mauvaise sur le plan éthique, où il n’y avait pas de cadre pour recevoir des Palestiniens, hormis les travailleurs sous garde armée. »

Schlesinger avait besoin du permis pour qu’Abu Awad puisse s’adresser à un groupe de résidents jufs dans le salon de Schlesinger, à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau du centre pour la non-violence palestinienne qu’Abu Awad a créé il y a un peu plus d’un an. Schlesinger, 57 ans, originaire de Long Island, a immigré en Israël en 1979 et s’est installé à Alon Shvut un an plus tard.

Quelque 40 résidents de Alon Shvut et des localités voisines du Gush Etzion, à 12 minutes de route de Jérusalem, ont assisté à la réunion mercredi soir dernier. Abu Awad, 43 ans, portait une veste noire tout au long de l’événement. Il arbore des boucles qui lui tombent sur les épaules comme un révolutionnaire, une rareté parmi les hommes palestiniens, et son aspect taciturne est compensé par un sourire facile.

Pendant une grande partie de l’événement qui a duré deux heures – il a dû partir tôt en avion pour les Etats-Unis, où il a assisté à la conférence de l’AIPAC -, il était assis à côté de Schlesinger ; sur l’étagère derrière lui il y avait une photo du défunt rabbin Aryeh Levin, « le saint de Jérusalem » dont le vaste éventail de bonnes œuvres comprend de nombreuses visites aux patients palestiniens dans un hôpital pour lépreux à Bethléem.

Lorsque Schlesinger a fait la publicité de la réunion sur la liste de courriel d’Alon Shvut, une personne a répondu : « Je ne comprends pas. Pourquoi amener un terroriste à Alon Shvut ? » Quelques autres ont fait écho à ce sentiment, dont un homme disant que les résidents locaux n’avaient « rien à apprendre » d’Abu Awad.

Schlesinger a également reçu des commentaires positifs dans des courriels privés, mais les réponses négatives étaient les seules affichées dans l’échange public.

« Les gens n’ont pas peur de faire des commentaires négatifs sur les Palestiniens ; ce dont ils ont peur c’est de faire des commentaires positifs sur des efforts de réconciliation, même quand ils y croient », commente Schlesinger dans un entretien téléphonique quelques heures avant l’événement.

« Il y a un état d’esprit général dans lequel nous ignorons complètement et sommes aveugles à l’existence des Palestiniens comme êtres humains, et toute personne qui va à l’encontre de ce consensus a l’impression d’aller contre la vérité acceptée. »

La plupart des habitants juifs de sa région ne se voient pas en leurs voisins non-juifs des personnes, et certainement pas une entité nationale, a-t-il déploré, décrivant leur état d’esprit comme une « bulle idéologique ».

Pourtant, a-t-il noté, il n’a pas payé de prix personnel au sein de sa communauté pour son activisme. « Il y a des gens qui ne m’aiment pas et certaines personnes qui pensent que je suis fou, mais personne n’est jamais venu vers moi pour me cracher au visage ; personne ne m’a insulté ; personne n’a dégonflé mes pneus. » (Dans un courriel ultérieur, il a souligné : « Mes voisins sont, dans l’ensemble, des gens rationnels, réfléchis. Ce ne sont pas des fanatiques. »)

« J’espère, poursuit Schlesinger, que cette première rencontre avec Ali à Alon Shvut ouvrira les esprits de beaucoup de gens sur leur propre aveuglement. »

L’histoire de Abu Awad est tissée dans le même tissu rugueux, les mêmes angoisses, la colère et espoirs déçus, que l’histoire du conflit – de la guerre de 1948 à la première Intifada, ou soulèvement, à la fin des années 1980 et début des années 1990 ; de la signature des Accords d’Oslo en 1993 à la chute qui a suivi alternant des épisodes de carnage et de fatigue – ; le public fut captivé quand il a raconté cette histoire en hébreu.

Ses ancêtres sont des réfugiés qui ont fui la ville d’Al Qubeiba – le site est maintenant un village agricole juif, Lachish – pour s’installer à Beit Ummar, sur la route de Bethléem-Hébron, après la création de l’Etat d’Israël.

Ce fut un moment décisif qui a vu la famille d’Abu Awad, à l’instar de centaines de milliers de Palestiniens, dispersée partout dans le monde, dans des endroits aussi éloignés que « la Jordanie ou les Pays-Bas ».

« Vous grandissez avec ces souvenirs qui influencent vos émotions », explique-t-il.

« Mais encore plus que cela : j’ai grandi dans une réalité très difficile. J’allais à l’école tous les jours, et je n’étais pas certain de revenir à la maison. Je ne pensais pas que j’étais capable de rentrer à la maison. Vous vous confrontez à des soldats dans la rue, avec des armes à feu, avec des pierres, et toutes ces choses vous rendent encore plus en colère. Pour vous, l’autre côté ressemble au diable incarné. Tout ce qu’il fait est de vous attaquer. Vous ne pensez pas du tout à l’autre côté ; vous êtes aveugle. »

Sa colère a augmenté quand il avait 10 ans en voyant des agents de sécurité du Shin Bet israélien frapper sa mère, activiste et recruteuse pour l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

Au cours de la première Intifada, quand il avait 17 ans, la rage a conduit Abu Awad, comme beaucoup de jeunes Palestiniens, à jeter des pierres sur des soldats et les « colons » israéliens. Mais c’était justement un jour où il avait décidé de rester à la maison qu’il a été arrêté pour la première fois.

« Les soldats sont entrés dans les maisons et ont rassemblé des enfants et des adultes ; au tribunal, ils nous ont ordonnés de payer une caution de 1 500 shekels (350 euros) pour être libérés », se souvient-il.

« La vérité est que j’avais voulu jeter des pierres, mais ce jour-là j’avais des examens et je suis resté à la maison – c’est pourquoi ils m’ont attrapé. J’ai senti cette piqûre de l’injustice, et cela a augmenté ma colère. »

Il a refusé de payer l’amende et a dû passer trois mois en prison.

Huit mois plus tard, Abu Awad a été de nouveau arrêté.

Cette fois, il a été reconnu coupable d’avoir jeté des pierres et des cocktails Molotov, ainsi que pour appartenir à une cellule terroriste. Il a été condamné à 10 ans de prison. Il affirme que les accusations ont été montées de toutes pièces et qu’il a été emprisonné parce qu’il avait refusé de divulguer au Shin Bet des informations sur les activités de sa mère.

« Une fois de plus j’ai senti la piqûre de l’injustice. J’avais des rêves et j’avais des plans pour ma vie. Je voulais voyager à l’étranger pour étudier. Je voulais être un pilote, ce qui est fou pour un Palestinien – je n’ai même pas de passeport. Mais j’ai perdu mes rêves, j’ai perdu mes droits, et j’allais passer 10 ans dans la même pièce, en prison. »

Une grève de la faim déclarée par de nombreux détenus palestiniens en 1993, trois ans après le début de sa peine, s’est avérée cruciale pour Abu Awad. Il a refusé de se nourrir parce qu’il voulait rendre visite à sa mère, qui était détenue dans une autre prison, et après 17 jours de grève, il a été autorisé à la voir.

« C’était la première fois que j’ai réussi à obtenir quelque chose des Israéliens, se souvient-il. Mais ce qui avait un impact plus important, c’était la façon dont j’avais agi pour réclamer mes droits : l’action non-violente de s’engager dans une grève de la faim, au lieu de pratiquer de la violence physique. Et il m’est apparu que peut-être il y avait une autre façon d’exiger ses droits – bien que je ne me suis pas transformé en Gandhi ou en Mandela. J’ai réalisé que mon peuple pouvait obtenir beaucoup plus par cette voie que par la violence. »

Abu Awad a bénéficié d’une libération anticipée, comme de nombreux autres prisonniers de sécurité après la signature des Accords de paix d’Oslo, et a été recruté comme officier dans les forces de sécurité palestiniennes nouvellement créées.

« Tout à coup, j’ai eu à agir contre les gens avec qui j’ai été associé, les gens qui combattaient contre Israël. J’ai donc arrêté des Palestiniens qui pratiquaient la violence ; je les ai arrêtés et interrogés parce que je soutenais les accords et que j’étais convaincu que c’était la bonne chose à faire, vivre selon les accords que nous avions signés. D’un autre côté, nous n’avions pas été en mesure d’amener les gens à un endroit où ils pourraient définir la violence comme un crime. La violence a été toujours considérée comme l’action révolutionnaire contre l’occupant. Les Palestiniens n’avaient pas reçu un État et les extrémistes utilisaient ce fait pour prouver qu’il n’y avait pas de paix possible avec les Israéliens. »

« La violence a été toujours considérée comme l’action révolutionnaire contre l’occupant. »

Ali Abu Awad

La présence israélienne persistante en Cisjordanie et dans la bande de Gaza a mis les forces de sécurité dans une position difficile vis-à-vis de la population palestinienne, qui les percevaient comme des représentants des intérêts d’Israël qui perpétuaient les indignités de l’occupation.

Dans le même temps, même Abu Awad, qui, comme officier et ancien prisonnier d’une famille respectable, jouissait d’un statut élevé dans la société palestinienne, était susceptible de recevoir une « gifle » par un jeune soldat à un poste de contrôle.

Il a démissionné en 1997. « J’avais honte de faire partie de ce système. »

C’était à l’époque où les extrémistes palestiniens ont commencé à perpétrer des attentats suicides horribles contre des civils israéliens, principalement dans des autobus.

« Soudain, les Palestiniens ont commencé à réagir de façon de plus en plus violente et cruelle. Les gens avaient perdu espoir, même s’ils avaient initialement soutenu les accords [d’Oslo]. »

Trois ans plus tard, Abu Awad a failli tomber dans une fosse de désespoir similaire.

La colère palestinienne venait d’exploser en une seconde Intifada brutale, qui durera cinq ans et a coûté la vis à plus de 4 000 personnes (Palestiniens et Israéliens).

Abu Awad était en train de changer un pneu un jour d’octobre 2000 sur l’accotement de la route à Halhoul, près d’Hébron, lorsqu’un « colon » passant en voiture a tiré sur lui.

Il n’a pas vu le visage du tireur, mais il conduisait un break Subaru avec des plaques d’immatriculation israéliennes, raconte-t-il. Abu Awad dit avoir appris plus tard que le tireur avait également tué un homme dans Halhoul ce jour-là. Aucun suspect n’a été arrêté.

La balle avait frappé Abu Awad au genou et a explosé lors de l’impact, brisant l’os du cartilage, et il a été transporté en Arabie Saoudite pour être soigné. C’est pendant son séjour là-bas, un mois plus tard, qu’il a appris que son frère aîné, Youssef, était mort.

« Il a été arrêté par un groupe de soldats à l’entrée de notre village et il a eu une altercation avec l’un des soldats, et le soldat lui a tiré dans la tête à une distance de 70 centimètres. Il est mort sur le coup, raconte Abu Awad. Youssef était employé par une entreprise qui travaillait avec le Fonds national juif. Il était un homme bon. Il n’était pas impliqué dans quoi que ce soit, et il avait des amis israéliens. »

Abu Awad dit que l’incident a commencé après que Youssef ait réprimandé un groupe de jeunes Palestiniens qui lançaient des pierres sur les soldats, en leur disant que leurs actions mettaient ainsi en danger leurs compatriotes.

Les enfants obéirent à Youssef en raison de son statut dans la communauté. Mais quand il a rejoint sa voiture pour partir, un des soldats a commencé à lancer des cailloux sur le véhicule, raconte Abu Awad .

« Donc, il est sorti de la voiture à nouveau et a commencé à discuter avec le soldat. Le soldat lui a dit ‘Pourquoi essayes-tu d’être un héros ? Qui t’a dit d’intervenir ?’

La dispute s’est envenimée et le soldat a tiré. Abu Awad relate que des témoins lui ont dit que, après que le soldat ait tiré sur Youssef, son commandant l’a giflé et a emporté son fusil. Plus tard, le soldat a prétendu que Youssef Abu Awad avait tenté de s’emparer de son arme à feu dans la rixe.

« Quand quelque chose comme ça arrive, vous n’êtes plus la même personne, a déclaré Abu Awad devant son public en haleine. Ce n’est plus la même famille ; votre vie n’est plus la même ; vous êtes plein de colère qui vous déchire. Je savais ce que c’était de perdre ses droits, je savais ce que c’était de se tenir debout pendant des heures, et j’avais été victime de violence. Mais perdre quelqu’un de si proche … Vous êtes blessé si profondément et votre humanité est écrasée – dans la colère, la vengeance, le désespoir. J’ai envisagé de me venger. Je me suis dit que peut-être la vengeance allait guérir ma douleur. Mais je me suis aussi demandé combien d’Israéliens je devrais tuer avant que je ne sois apaisé. Combien de mères israéliennes auraient à pleurer et à goûter le sel des larmes de ma mère ? »

« J’ai envisagé de me venger. Je me suis dit que peut-être la vengeance allait guérir ma douleur. Mais je me suis aussi demandé combien d’Israéliens je devrais tuer avant que je ne sois apaisé. Combien de mères israéliennes auraient à pleurer et à goûter le sel des larmes de ma mère ? »

Ali Abu Awad

Abu Awad a dit qu’il a été rongé par le chagrin, et que la colère et le sentiment d’être victime étaient en lui au point où il ne voulait plus voir le soldat israélien au poste de contrôle à l’entrée de son village.

Il était « contrôlé par le deuil et la perte » et tout à fait incapable de voir les Israéliens comme des êtres humains.

Malgré tout, il ne s’est pas tourné vers la violence. « J’avais perdu mon frère mais au moins je n’avais pas perdu ma tête » résume-t-il.

Un an plus tard, il a reçu un appel téléphonique d’Yitzhak Frankenthal, un Juif israélien dont le fils Arik, un soldat de 19 ans, avait été enlevé et tué par des membres du Hamas en 1994.

Frankenthal a fondé le Cercle des Parents – Forum des Familles (PCCF), qui organise des activités impliquant des Israéliens et Palestiniens qui ont perdu des membres de la famille dans le conflit, pour favoriser le dialogue et de promouvoir la coexistence.

Frankenthal lui a dit qu’il souhaitait rendre visiter aux Abu Awad chez eux.

« J’étais sous le choc qu’un tel groupe existât de l’autre côté, parce qu’ils étaient nos victimes – nous avions tué leurs enfants. Et pourtant, ils étaient prêts à venir visiter la maison de cette héroïne [sa mère], qui était considérée comme le diable incarné quand elle luttait contre Israël. J’ai été choqué quand ma mère les a invités à notre maison à Beit Ummar … et j’ai été choqué qu’un Israélien nous téléphone pour obtenir notre autorisation de venir chez nous. Des Israéliens avaient toujours été présents dans notre maison, mais ils n’avaient jamais demandé la permission. »

Frankenthal et son groupe étaient différents. Abu Awad a déclaré que la vue de parents endeuillés israéliens pleurant dans son salon était le plus grand choc pour tous – il avait grandi en pensant que les Israéliens étaient incapables de verser des larmes.

« Une mère israélienne qui avait perdu son fils tenait la main de ma mère et les deux pleuraient sans prononcer un mot. C’était la première fois de ma vie que j’ai vu l’autre côté comme des êtres humains. J’ai vu différentes représentations du peuple juif, du judaïsme et des Israéliens. Cela a eu un impact énorme sur moi. »

Ce qui a frappé Abu Awad c’est que, malgré l’inégalité entre Israéliens et Palestiniens, et les circonstances très différentes de leur vie, sa douleur n’était pas différente de la douleur ressentie par les Israéliens qui avaient perdu leurs proches.

Cette prise de conscience l’a conduit à 14 années d’activisme pour la non-violence, y compris des conférences qu’il a données partout dans le monde avec Robi Damelin – dont le fils, David, 28 ans, a été tué par un tireur palestinien en 2002 – pour promouvoir le dialogue à travers l’expérience partagée du deuil.

Plus récemment, il a établi un lien avec Hadassah Froman, la veuve du regretté rabbin Menachem Froman, domicilié dans une implantation juive et militant pour la paix, et avec Schlesinger qui l’a récemment accompagné pour une tournée aux États-Unis dans le cadre du projet Roots, qui organise des rencontres entre Israéliens et Palestiniens.

Il y a un an, Abu Awad a construit une petite enceinte, un centre pour la non-violence, sur une parcelle de terrain appartenant à sa famille, à un jet de pierre du carrefour du Gush Etzion.

C’est à trois minutes de route de la station d’auto-stop où trois adolescents israéliens avaient été enlevés et tués l’été dernier par des extrémistes palestiniens, dans une attaque brutale qui a déclenché une autre épisode de carnage à Gaza.

Abu Awad accueille des groupes de partout dans le monde, ainsi que des rencontres entre Israéliens – y compris des habitants de Cisjordanie – et des Palestiniens de divers horizons.

« Je me suis dit que si ces gens [les colons] peuvent apprendre à me connaître et à me comprendre, et me voir comme un être humain – et ce sont ceux qui sont considérés comme un obstacle à la paix – alors peut-être pouvons-nous construire un système qui permettrait à nos politiciens de s’asseoir ensemble et de parvenir à une sorte de solution ». Il a souligné qu’il fallait parler avec n’importe qui dans l’intérêt d’expliquer le point de vue des Palestiniens et de faire progresser leurs droits.

Schlesinger a déclaré que l’enceinte était « comme une cuisine où ils préparent une tarte faite d’Israéliens (de gauche et de droite) et de Palestiniens. Vous découvrez l’humanité de l’autre côté, sa vie, ses besoins, sa vision du monde, qui est très différente de la vôtre. »

Il a également affirmé que, parmi les visiteurs du centre d’Abu Awad, il avait rencontré beaucoup de gens de gauche de Tel Aviv qui n’avait jamais rencontré de résidents juifs des Territoires.

« Nous permettons aux gens des deux côtés de se voir, d’écouter l’autre, et pour absorber les vérités et les récits les uns des autres, déclare Schlesinger. Cela transforme les personnes et change totalement la façon dont ils voient l’autre côté. Ils réalisent soudainement à quel point ils sont ignorants et nourris par les préjugés et les stéréotypes. »

Une femme présente à la réunion, Tzviya Vahab, a dit à Abu Awad que les Palestiniens avaient une fausse idée de la violence israélienne, et que les Israéliens ne tuaient que parce que « nous n’avons pas le choix ». Il a répondu qu’en tant qu’ « homme de la non-violence, je ne peux pas être d’accord avec cette phrase ».

« Je ne pense pas que ce soit vrai que tous ces [Palestiniens] qui ont été tués étaient comme votre frère », a-t-elle insisté.

Mais Abu Awwad a dit que les extrémistes violents savent rester cachés et que ce sont les innocents, chez les Palestiniens comme chez les Israéliens, qui sont les plus touchées par la violence ; c’est pourquoi la force ne pourra jamais amener une solution.

L’enceinte d’Abu Awad est adjacente au supermarché local Rami Levy, où les Palestiniens font leurs courses et travaillent aux côtés des résidents juifs.

Vers la fin de la soirée, plusieurs des Israéliens sont intervenus et ont mentionné le supermarché comme preuve que la coexistence avait déjà commencé à prendre racine. Mais Abu Awad a répondu que la véritable coexistence ne viendrait que quand les Palestiniens seraient partenaires en affaires avec les Israéliens et pas seulement leurs employés, quand les Palestiniens seront sur un pied d’égalité avec les Israéliens.

« Je veux juste dire que vos mots ont été très spéciaux, et qu’il est difficile de ne pas être convaincu », a déclaré à Abu Awad.

Yossi Nussbaum, 75 ans, d’Alon Shvut. « J’aimerais raconter une expérience que j’ai vécue et que je ne peux pas oublier. »

Le 13 septembre 1993, la nuit de la signature des Accords d’Oslo sur la pelouse de la Maison Blanche, il rentrait chez lui de Jérusalem avec sa femme, et ils sont rentrés à Bethléem près du Tombeau de Rachel. Il s’est rappelé de tous les résidents de Bethléem se rendant vers le centre de la ville.

« Quand j’avais 7 ou 8 ans, j’ai vécu la décision du 29 novembre [1947], la décision des Nations unies d’établir l’Etat d’Israël. Je me souviens que, petit garçon – il était environ deux heures du matin – mes parents nous ont réveillé mes sœurs et moi, et nous sommes allés vers le centre de Jérusalem. Et tous les habitants de la ville dansaient dans les rues.

« Lorsque nous sommes entrés dans Bethléem, à un moment nous nous sommes sentis mal à l’aise, parce que nous nous sommes retrouvés entourés d’une foule dense de personnes. »

Dans le passé, raconte Nussbaum, il avait été attaqué par des lanceurs de pierres palestiniens, et il avait peur de ce qui passerait si la foule se tournait vers lui et sa femme. « Mais ils étaient tous heureux, toute la ville, tous parés de leurs plus beaux habits. Et je me suis dit, ‘Wow, c’est exactement comme le 29 novembre’. »