Ils ont échoué là au terme d’une longue errance. En panne d’argent, et faute d’avoir trouvé mieux. Installés depuis des semaines dans un square de la banlieue parisienne, Yahya, Aziz et 150 Syriens subsistent au quotidien, entre espoir de jours meilleurs et « système D ».

Certains viennent de Homs. D’autres, d’Alep ou de Lattaquié. Ils ont quitté leur pays ravagé par la guerre civile, certains dès 2011. Et n’ont trouvé d’autre refuge, en arrivant à Paris, que ce jardin public de Saint-Ouen coincé derrière un hôtel, à quelques mètres de la voie circulaire entourant Paris.

« On reste là toute la journée. La nuit, certains parviennent à se faire payer des chambres d’hôtel, les autres dorment dans des voitures ou bien à la mosquée », raconte Yayha, 44 ans, en scrutant du regard ses compagnons d’infortune. « Parmi nous, il y a de nombreux enfants, parfois en bas âge. C’est dur à gérer ».

Originaire de Homs, cet ancien prothésiste dentaire, qui parle couramment français, a « tout abandonné », avec femme et enfants, lorsque la Syrie s’est embrasée. Laissant derrière lui une belle villa et toute perspective de retour. « C’est trop dangereux », résume-t-il.

Avec sa famille, Yahya a d’abord fui au Liban. Puis l’Algérie, l’Egypte, de nouveau l’Algérie, le Maroc, l’Espagne via l’enclave de Melilla, et enfin la France.

« On a frappé à toutes les portes », assure le quadragénaire, cheveux gris coupés en brosse, yeux clairs et pull noir élimé. « Au départ, on voulait rester en Espagne. Mais la situation là-bas est compliquée ».

Parti fin 2012 avec ses six enfants et son épouse, Aziz, 54 ans, a lui aussi erré d’un bout à l’autre de l’Europe avant de poser ses valises dans ce square, devenu son « QG ». « J’habitais moi aussi à Homs, dans le quartier de Baba Amr. Là-bas, tout est détruit », raconte-t-il.

Des habitants dans une rue de Homs après des tirs au mortier de rebelles syriens, le 9 janvier 2014  (Crédit : Sana/AFP/Archives)

Des habitants dans une rue de Homs après des tirs au mortier de rebelles syriens, le 9 janvier 2014
(Crédit : Sana/AFP/Archives)

Les premières semaines, Aziz et sa famille ont dormi à l’hôtel. Depuis quelques jours, ils se retrouvent dans une voiture. « Ce qui nous manque le plus, c’est un logement », assure cet ancien commerçant. « Pour le reste, on s’arrange. C’est le système D ».

Demandes d’asile

Pour leur venir en aide, des riverains et militants associatifs se sont mobilisésn: appel aux dons pour régler les nuits d’hôtel et collecte de vêtements et de médicaments. « Ils vivent au jour le jour, dans des conditions infernales. Ils ont quelques couvertures, c’est tout », soupire Khadija Bouehetta, une habitante.

A quelques mètres derrière elle, des bénévoles ont dressé une table sur laquelle sont posées des casseroles de couscous. Une file se forme, femmes et enfants en tête. « On leur apporte à manger tous les jours. Aujourd’hui, c’est du couscous », explique Khadija, qui s’inquiète des « problèmes d’hygiène », « surtout pour les enfants ».

Parmi les réfugiés présents, plusieurs ont des problèmes de santé, à l’image de Nawal Alsafar, qui souffre d’une maladie de peau et dont le fils de deux ans et demi, dépourvu de mains, est fiévreux.

« Je suis arrivée il y a quelques jours, je ne connais personne », témoigne, via une interprète, cette mère de famille, en exhibant le garçonnet.

Vendredi, l’association France terre d’asile et le Haut commissariat aux réfugiés se sont rendus sur place, avec un médecin, pour évaluer les besoins, notamment médicaux, des 150 réfugiés. Trois femmes enceintes ont été emmenées à l’hôpital.

Du côté des autorités locales, on se dit « conscient » des difficultés, mais on précise que les réfugiés n’ont pas déposé de demandes d’asile. « On a demandé aux associations de le faire avec eux. Ça permettra d’enclencher les procédures d’accompagnement », précise la préfecture de Bobigny.

Selon Sabreen Al-Rassace, de l’association Revivre, les démarches ont été engagées. « Mais les procédures administratives, c’est long. Et là on est dans l’urgence. D’autant que de nouvelles familles continuent d’arriver », assure la militante, qui réclame « l’ouverture d’un gymnase » où « l’installation de tentes » dans le parc.

Debout dans le square, au milieu des enfants, Yahya dit avoir « encore de l’espoir ». « On doit repartir à zéro, on a tout perdu. Mais nous autres les Syriens, nous sommes travailleurs. J’ai confiance dans la France ».