Des femmes de la communauté juive ultra-orthodoxe ont annoncé lundi la formation d’un parti pour les élections du 17 mars, le premier à défendre les droits de ces « laissées pour compte ».

« Bezhutan : des femmes harédis (ultra-orthodoxes) impulsent le changement » est né à l’initiative de Ruth Colian, 33 ans et mère de quatre enfants.

Les femmes de cette communauté, qui représente environ 10 % de la population israélienne, souffrent notamment de discriminations salariales, de violences domestiques, d’oppression de la part des rabbins, a-t-elle souligné lors d’une conférence de presse.

Le pourcentage de mortalité pour le cancer du sein est ainsi deux fois plus élevé chez les femmes ultra-orthodoxes que dans le reste de la population, car les examens préventifs sont considérés comme « indécents », a déploré Colian.

Elle a rappelé que lors d’une réunion de la commission de la santé du Parlement consacrée à ce sujet en novembre, aucun des 18 députés ultra-orthodoxes – tous des hommes – n’était présent.

« Cela a été comme un coup à l’estomac » pour elle. « Parce que nous (les femmes ultra-orthodoxes) n’avons aucune représentation, personne n’entend notre voix. Nous sommes laissées pour compte ».

Une seule femme ultra-orthodoxe a siégé au parlement, de 2008 à 2009, et elle était membre du parti laïc de gauche Meretz, qui milite pour les droits des femmes.

La liste Be’Zhutan comprend neuf candidats, dont un homme, pour les élections législatives du 17 mars.

La liste des récriminations est très longue. Les femmes ultra-orthodoxes, qui ont en général beaucoup d’enfants, doivent s’occuper des tâches ménagères et soutenir financièrement leur ménage en travaillant, tandis que leur époux consacrent leur temps à étudier dans les séminaires religieux, a rappelé Mme Colian.

Elles ont peur de porter plainte auprès des autorités laïques pour les violences conjugales de crainte d’être ostracisées par leur communauté.

Ruth Colian estime que son parti pourrait remporter entre cinq et six sièges sur les 120 que compte la Knesset, le Parlement israélien, tout en reconnaissant ne pas disposer de sondages pour étayer cette prévision.

Son parti dispose de moyens très modestes : 7 500 shekels (1 700 euros) de dons privés pour la campagne. De plus, les candidates ne peuvent pas apparaître dans les journaux et radios ultra-orthodoxes car elles sont des femmes. Et dans cette communauté, l’accès aux médias laïcs est également interdit.

Et même si des femmes entendent parler de son parti, elle reconnaît que cela ne suffira pas forcément à les faire voter en sa faveur: « les femmes haredi votent en fonction de ce que leurs maris leur disent de faire et eux-mêmes suivent les décisions des rabbins ».