La mémoire d’un policier suisse qui avait sauvé des milliers de juifs à l’époque du Troisième Reich, avant d’être chassé d’une manière ignominieuse de la police pour avoir falsifié leurs documents d’entrée en Suisse, a été honorée vendredi par la police, plus de 40 ans après son décès.

« Paul Grueninger devrait être un exemple pour nous tous », a déclaré Fredy Faessler, le chef de la police et de la justice du canton de Saint-Gall, lors de la cérémonie commémorative.

La fille de Grueninger, Ruth Roduner, 92 ans, a dévoilé une plaque en son honneur au quartier général de la police de Saint-Gall.

Grueninger a été le chef de la police du canton de Saint-Gall, frontalière de l’Autriche, entre 1919 et 1939. Mort en 1972, il n’a été réhabilité que dans les années 1990.

Après l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne en 1933, des milliers de juifs et de réfugiés politiques avaient commencé à fuir à l’étranger, y compris en Autriche, mais ce pays a été rattaché à l’Allemagne en 1938.

Grueninger avait fourni des documents d’entrée en Suisse à quelque 2 000 à 3 000 juifs qui avaient ainsi pu y pénétrer en provenance de l’Autriche entre 1937 et 1939.

La Suisse neutre, qui appliquait déjà une politique restrictive en matière d’immigration, avait durci ses règles dans ce domaine en 1939.

Le gouvernement helvétique avait décidé de n’admettre que les réfugiés considérés comme victimes de persécutions politiques, plutôt que ceux persécutés en raison de leur origine ethnique ou de leur religion.

Un critère qui excluait les juifs, mais Grueninger a falsifié les dates sur leurs documents d’entrée dans le pays pour faire croire qu’ils étaient arrivés plus tôt. Il les a aussi aidés à trouver un hébergement.

Ses activités ayant été découvertes, il a été jugé en 1940 et chassé d’une manière ignominieuse de la police.

Humilié publiquement, il n’a pas pu retrouver de travail permanent et a vécu avec de faibles revenus, privé de sa retraite de policier.

Il est décédé en 1972 à l’âge de 81 ans, un an après que le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem lui eut décerné le titre de « juste parmi les nations », qui honore ceux qui ont sauvé des juifs à l’époque du Troisième Reich.

« Grueninger a payé le prix fort pour les choix qu’il a faits. Dans la lutte entre son sens du devoir en tant qu’officier de police et son dévouement aux concepts d’humanité, ce sont ces derniers qui ont prévalu », selon le site internet du mémorial, consacré à la mémoire des juifs victimes de la Shoah.

Grueninger avait été réhabilité par un tribunal de Saint-Gall dans les années 1990, mais sa mémoire n’avait pas été honorée officiellement par la police cantonale.