Le nouveau président Reuven Rivlin s’oppose à la création d’un Etat palestinien, une position qui contredit celle du président sortant, et dans une certaine mesure se heurte aussi à celle du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui au moins professe publiquement l’idée de deux Etats pour deux peuples.

Shimon Peres, en répétant à chaque réunion avec les leaders mondiaux au cours des dernières années, qu’« il n’y a pas d’autre solution que deux Etats » a donné l’impression de compenser les politiques des deux derniers gouvernements Netanyahu.

Maintenant que le Nobel de la Paix est remplacé par quelqu’un qui rejette cette « solution », comment Israël va-t-il jouer dans un monde qui veut voir la création d’un Etat palestinien et qui met le doigt sur Jérusalem, une impasse majeure des négociations ?

Certains analystes craignent que ces vues du président assez radicalement différentes de celles du gouvernement pourraient causer des problèmes sérieux à Israël. D’autres, cependant, soulignent que le président a des pouvoirs limités pour intervenir dans les questions de politique et que, plus important encore, il apparaît peu probable que Rivlin s’oppose publiquement aux positions adoptées par le gouvernement.

« Ruby Rivlin peut faire beaucoup plus de mal que Peres » a déclaré le professeur Gadi Wolfsfeld, un expert en communication politique. « Un président qui parle constamment de la nécessité de la paix, ça ne fait pas soulever un sourcil à l’étranger, mais un président qui s’oppose à deux Etats et qui est en faveur des implantations, ça va faire d’énormes manchettes ».

Les mauvaises nouvelles se propagent plus rapidement – et aussi plus largement – que les bonnes, estime Wolfsfeld. Et ces déclarations sapent l’image d’Israël comme un Etat intéressé à parvenir à un accord de paix juste avec les Palestiniens. Elles seront certainement considérées comme de mauvaises nouvelles dans les médias et dans les capitales internationales.

« 90 % des problèmes d’Israël avec la communauté internationale ont à voir avec la perception que le gouvernement ne fait pas assez pour la paix », a déclaré Wolfsfeld. « Si Rivlin dit des choses provocatrices, nous serons encore plus en difficulté. Il faut qu’il évite des lapsus car il aura certainement à dire des choses à un moment donné qui pourront embarrasser le gouvernement ».

« Rivlin a un caractère émotionnel. Il dit souvent des choses dans le feu de l’action qu’il regrette plus tard », résume Rina Matzliah, analyste politique sur la Deuxième chaîne. « Il devra essayer de garder pour lui ses opinions tranchées afin de ne pas embarrasser le gouvernement, mais sur la base de notre expérience avec Ruby Rivlin, il n’y a aucune chance qu’il le fera », a-t-elle déclaré.

Ari Shavit, un journaliste vétéran de Haaretz a suggéré que Rivlin ne sera pas le président d’Israël mais du « Grand Israël ». « Il va exploiter l’institution présidentielle pour faire avancer des projets de développement des implantations, ce qu’il adore, et sa solution d’un seul Etat à laquelle il croit », a écrit Shavit. Rivlin, prédit-il, « n’hésitera pas à prendre la parole et à agir pour déjouer toute tentative de diviser le
pays ».

Mais, il faut le préciser, Rivlin est bien plus qu’un simple opposant à une solution à deux Etats. Au cours de ses deux mandats de président de la Knesset, il n’a pas eu peur d’affronter la droite – par exemple en s’opposant à une législation qu’il considérait comme discriminatoire et antidémocratique envers les Arabes israéliens – ce qui lui a valu beaucoup d’amis parmi les gauchistes israéliens.

Les députés Ilan Gilon (Meretz) et Shelly Yachimovich (Parti travailliste) ont voté pour Rivlin, comme l’ont fait les quatre députés de la faction israélo-arabe Raam-Taal.

« Il a une opinion sur la solution à deux Etats, mais il n’est pas largement considéré comme un ultra-nationaliste », a déclaré Mitchell Barak, un sondeur et analyste politique. « Il est l’une des voix de la raison au sein du Likud ; il n’est pas une tête brûlée comme Danny Danon ».

Les vues du président élu sur le processus de paix ne sont pas nées d’une quelconque haine pour les Arabes, et cela est attesté par ses différentes déclarations à la Knesset.

Et beaucoup parmi les Arabes le savent très bien.

Même le comité de rédaction de Haaretz a des sympathies pour Rivlin. Avant les élections de mardi, le quotidien de gauche l’a soutenu en même temps que l’ancienne juge de la Cour suprême Dalia Dorner.

« Pendant des années, Rivlin a prêché la nécessité d’une coopération entre Juifs et Arabes. Et comme président de la Knesset, il a tendu la main aux factions arabes, en contraste avec ses collègues de droite », a-t-on pu lire dans un éditorial de la semaine dernière.

Il s’est opposé à la vague de législation à caractère nationaliste dans la précédente Knesset, et en a payé le prix au moment des primaires du Likud. En somme, il a toujours maintenu des opinions indépendantes.

Dans ce contexte, il convient de rappeler que le président d’Israël est une figure essentiellement protocolaire avec des pouvoirs très limités quand il s’agit de questions de guerre et de paix.

Les fonctions et les attributions du président sont décrites dans une Loi fondamentale adoptée en 1964. Ils comprennent le fait de signer les lois, la nomination des gouvernements (en fonction de la coalition la plus stable), l’accréditation des diplomates et les déplacements à l’étranger.

Surtout, la loi ne précise pas ce que le président n’est pas autorisé à faire. Par conséquent, il n’y a rien qui interdirait Ruby Rivlin d’évoquer les sujets qu’il juge importants.

Toutefois, cela ne signifie pas que le 10ème président d’Israël va profiter de cette option et vanter son point de vue à tout bout de champ. « Un président est aussi influent qu’il veut bien l’être », comme l’a dit Ehud Barak. Peres, qui était à la gauche de Netanyahu, n’a pas cherché la confrontation avec les gouvernements de Netanyahu. Ce ne devrait pas être non plus le cas de Rivlin.

« Peres avait différents points de vue, mais il les a toujours exprimés d’une manière digne et réservée. Il n’a pas outrepassé les limites de son poste ; il rapportait directement au Premier ministre et ne faisait rien sans son consentement », a déclaré Arie Carmon, le président du Israel Democracy Institute.

« Rivlin, je le connais depuis longtemps. C’est un vrai démocrate. Je pense qu’il restera en dehors des sujets politiques. Mon hypothèse, c’est qu’il respectera toujours les décisions du gouvernement démocratiquement élu et qu’il voudra promouvoir plus de tolérance et plus d’unité ».

Dans une récente interview avec le Times of Israel, Rivlin a clairement fait savoir qu’il ne croyait pas à une solution à deux Etats, mais il a promis de ne pas interférer dans les politiques gouvernementales, en ce qui concerne la paix ou toute autre question.

« Je ne vais pas intervenir dans les décisions de la Knesset. C’est elle qui décidera des frontières d’Israël. Le président est un pont pour permettre le débat. Il doit réduire les tensions et atténuer les frictions », nous avait-il confié.

Rivlin a encore répété que la fonction non-partisane de la présidence constitue sa « raison d’être ». Pour lui, « la capacité du président à être perçu comme quelqu’un avec qui tous les Israéliens peuvent s’identifier dépend de sa capacité à être au-dessus de la mêlée. La politisation de la présidence constituerait une menace réelle pour l’institution et sa fonction ».

Au cours des sept prochaines années, Rivlin aura largement l’occasion de prouver ce qu’il a annoncé, ainsi que de promouvoir une société plus unie et de mettre l’accent sur les valeurs démocratiques.