Lors d’une réunion du cabinet tendue au milieu de l’année 2011, pendant un mouvement de protestations inattendu des consommateurs contre le prix du fromage blanc, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait admonesté les ministres de son cabinet, incapables, selon lui, de trouver des solutions créatives pour faire baisser les prix.

« [Moshe] Kahlon a fait des choses formidables », avait-il dit alors en évoquant son ministre des Affaires sociales et de la Communication de l’époque, qui était en train de mettre en œuvre une réforme visant à réduire les coûts des forfaits des téléphones mobiles. « Faites comme Kahlon et trouvez des solutions. »

Ce compliment sans précédent avait confirmé le statut de Kahlon, considéré comme l’un des ministres favoris de Netanyahu, et avait attisé des rumeurs affirmant qu’il pourrait bien prendre la tête du ministère des Finances à Yuval Steinitz, son collègue du Likud.

La réforme de la téléphonie mobile a permis à Kahlon de gagner l’adulation non seulement du Premier ministre, mais également de l’opinion publique. Assez rapidement, la popularité acquise par Kahlon avait menacé d’éclipser celle de son chef, et il a été très vite évacué du cercle intime de Netanyahu. Un an après, sentant un plafond de verre tomber sur sa carrière au Likud, Kahlon avait quitté le parti et déclaré qu’il prenait une pause de la vie politique.

Prime Minister Benjamin Netanyahu embraces outgoing Communications and Welfare Minister Moshe Kahlon, during a press conference on January 21, 2013. (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

Benjamin Netanyahu et Moshe Kahlon, le 21 janvier 2013. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Alors que Kahlon tombait en disgrâce, Netanyahu, cessant de faire son éloge pour sa réforme du secteur de la téléphonie, avait préféré s’en attribuer les résultats. Et lorsqu’il est demandé au Premier ministre d’énumérer ses réussites, la baisse des prix de la téléphonie mobile est habituellement citée, contrairement au nom de Kahlon.

Cinq ans après le compliment du Premier ministre, et alors que Kahlon occupe dorénavant le poste de ministre des Finances au sein du gouvernement de Netanyahu, représentant Koulanou, son propre parti, une dissension profonde semble être apparue pour savoir qui peut s’attribuer le mérite d’une série de réformes sociales.

Le ministre des Finances a présenté mardi toute une gamme de réductions d’impôts et de subventions qui ont pour objectif d’augmenter le revenu net des familles issues des classes défavorisées et moyennes de milliers de shekels par an.

Ce plan de quatre milliards de shekels annuels comprend des indemnités pour les activités après l’école, des crédits d’impôts supplémentaires pour les parents d’enfants jusqu’à l’âge de six ans qui travaillent, des compléments de revenus pour les plus faibles salaires, l’égalisation des crédits d’impôts pour les pères et les mères qui travaillent et des réductions de taxe sur les vêtements, les chaussures des enfants et dans le secteur de la téléphonie mobile.

Mais alors que le plan a été largement salué, Netanyahu ne lui a pas accordé immédiatement son approbation. Mardi dans la soirée, des sources proches du Premier ministre ont estimé que l’initiative « va dans la bonne direction et sera approchée de manière positive », mais Netanyahu n’a ni fait l’éloge, ni reconnu publiquement la réforme.

Moshe Kahlon, ministre des Finance et chef du parti Koulanou, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 18 mai 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Moshe Kahlon, ministre des Finance et chef du parti Koulanou, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 18 mai 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Alors que cette proposition constitue le plus grand ensemble d’aides sociales proposées à ce jour, le Premier ministre n’en a pas eu connaissance auparavant, et n’a pas non plus été invité à la conférence de presse lors de laquelle Kahlon a présenté son programme.

S’exprimant à la radio militaire mercredi matin, le directeur général du ministère des Finances Shai Baavad a même confirmé que les agents du Trésor n’avaient pas informé le bureau du Premier ministre qu’ils travaillaient sur la proposition « pendant ces deux derniers mois ».

Kahlon a démenti toute rebuffade, disant mardi que l’initiative était une « poursuite de la politique gouvernementale », ce pourquoi il n’avait pas considéré utile de « tenir au courant qui que ce soit de quoi que ce soit. Rien de particulier n’est survenu ici. Nous mettons en œuvre la politique gouvernementale. »

Il a toutefois porté un coup à Netanyahu et à son adversaire politique Yair Lapid, chef du parti d’opposition Yesh Atid, lorsqu’il a fait référence (sans citer de noms), à leurs anciennes fonctions de ministre des Finances, affirmant qu’on pouvait parler « du gros et du maigre », ou demander « où est l’argent ? », mais que jusqu’à aujourd’hui, rien n’avait été fait pour les classes moyennes.

Netanyahu s’était fait remarquer pour son emploi de la parabole de l’homme maigre, qui représente ici le secteur privé, transportant l’homme lourd, le secteur public, et Lapid avait pour sa part utilisé comme slogan de campagne « Où est l’argent ? » pour sa première campagne politique en 2012.

David Bitan, député du Likud et président de la coalition, à la Knesset, le 5 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

David Bitan, député du Likud et président de la coalition, à la Knesset, le 5 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour répondre à l’oubli de sa personne, Netanyahu a délégué son président « bulldog » de la coalition, David Bitan, devenu l’homme qui s’exprime pour le Premier ministre.

Se référant à l’annonce faite par Kahlon la semaine dernière d’une hausse de 50 % des indemnités mensuelles destinées aux handicapés pour les plus de 200 000 Israéliens qui bénéficient aujourd’hui de cette aide, Bitan a affirmé que « nous n’accepterons aucun transfert de fonds jusqu’à ce que le problème des handicapés soit résolu. »

« L’augmentation significative des allocations pour les handicapés est la chose la plus importante pour le moment et jusqu’à ce qu’elle soit mise en œuvre, il n’y a aucun sens [à accorder] aux nouveaux programmes qui sont présentés », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Dans le cas des indemnités pour les handicapés, l’annonce de Kahlon avait déjà été faite sans coordination avec le bureau du Premier ministre, après que le ministère des Finances a découvert que Netanyahu programmait de faire ses propres révélations quelques jours plus tard, a indiqué mardi le quotidien Haaretz.

Reléguant le Premier ministre au second plan, Kahlon s’est levé et a annoncé le projet avant que quiconque ne puisse en revendiquer les mérites.

Une manifestation devant les ministères des Affaires sociales et des Finances rassemblant des centaines de personnes handicapées à Jérusalem, le 25 octobre 2010. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Une manifestation devant les ministères des Affaires sociales et des Finances rassemblant des centaines de personnes handicapées à Jérusalem, le 25 octobre 2010. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

S’exprimant mardi au micro de la radio militaire, le président de la commission des Affaires internes de la Knesset, Yoav Kisch, député du Likud, a précisé la menace de Bitan, en indiquant clairement qu’aucun programme ne pourrait avancer sans crédit approprié apporté à Netanyahu et à son parti, le Likud.

« Sur le principe, c’est un bon projet, qui demande d’être étudié en profondeur, a-t-il dit, mais nous devons nous souvenir que sans le soutien du Premier ministre et du Likud, le projet ne pourra pas recevoir de feu vert et Kahlon n’obtiendra pas le soutien du Likud sans augmenter de manière significative les allocations destinées aux handicapés. »

Mais Kahlon qui le mois dernier seulement semblait avoir capitulé face aux menaces d’élections anticipées de Netanyahu en raison d’un désaccord sur le sort réservé à la nouvelle corporation de radiodiffusion publique israélienne, a affirmé clairement mercredi qu’il n’a aucunement l’intention de reculer.

« Le projet va avancer tel quel », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse donnée depuis la ville de Haïfa.

« Je n’ai connaissance d’aucune colère, et nous ne devons pas permettre à la colère de s’exprimer sur ce genre de questions. Si quelqu’un est en colère parce que nous aidons les gens ou que nous facilitions la vie des gens qui attendent cela depuis des années, leur colère est mal placée », a-t-il ajouté, rappelant que le reproche peut s’infliger aussi facilement que le mérite.