Un influent rabbin israélien a déclaré dimanche qu’une directive de l’armée israélienne réglementant strictement la barbe chez les conscrits rappelait l’Europe occupée par les nazis, où les hommes juifs avaient l’interdiction de laisser pousser les poils de leurs visage. Il a appelé les soldats à refuser l’ordre de se raser même au prix d’une peine de prison.
 
« Ce sont des jours sombres pour l’armée israélienne », a écrit le rabbin Shlomo Aviner, leader du mouvement nationaliste-Haredi, ou Hardal, une émanation fondamentaliste du sionisme religieux qui adopte les mœurs religieuses des ultra-orthodoxes.

Dans un responsum halakhique publié sur le site Srugim, il a invoqué une « célèbre image représentant deux Juifs, tandis que des soldats allemands forcent chacun d’eux à raser la barbe de l’autre devant des spectateurs amusés. »

Les règlements militaires n’accordent la permission de porter une barbe qu’aux soldats qui pouvaient prouver qu’ils étaient religieux et qui produisent un certificat signé par des officiers de haut rang.

« Nous voulons mettre un terme aux cas où les soldats avaient reçu l’autorisation de faire pousser leur barbe pour des raisons religieuses, mais fumaient ou conduisaient le Shabbat, » montrant qu’ils n’étaient pas réellement religieux, avait confié en juillet un officier du personnel de Tsahal au site Ynet.

Rabbi Shlomo Aviner, head of the Ateret Cohanim yeshiva in Jerusalem (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)

Le rabbin Shlomo Aviner, qui dirige la yeshiva Ateret Cohanim à Jérusalem (Crédit photo: Yossi Zamir / Flash90)

Aviner a réagi en disant : « Il n’est écrit nulle part qu’un Juif non religieux doit se raser, sauf dans l’Allemagne nazie. »

En novembre, la Haute Cour de Justice a rejeté des recours contre l’interdiction de la barbe, en insistant sur la décision de l’armée de faire respecter un look rasé parmi les soldats était légale et raisonnable et en maintenant que Tsahal avait à faire respecter la discipline militaire. Les pétitionnaires avaient affirmé que l’ordre était discriminatoire et contrevenait à leurs croyances religieuses.

En expliquant en juillet la nouvelle interdiction en juillet, les responsables militaires ont dit qu’ils cherchaient à imposer plus de discipline parmi les soldats. Mais Aviner a dit que l’affirmation selon laquelle « un soldat dont l’apparence semblait négligée ne fonctionnerait pas aussi bien » était fausse.

« On peut être barbu et soigné, ou imberbe et hirsute, » a-t-il affirmé. « Toutes les armées du monde ont, et ont eu dans le passé, des généraux et des officiers barbus, et ceux-ci les ont conduit vers des victoires. »

Aviner dit qu’un soldat à qui on donnait l’ordre de se raser la barbe devrait refuser, « même s’il doit recevoir cent coups de fouet et aller en prison ».

Des soldats allemands coupent la barbe d'un vieil homme juif en juillet 1941 (CC BY-SA Friedrich Gehrmann/Wikimedia Commons)

Des soldats allemands coupent la barbe d’un vieil homme juif en juillet 1941 (CC BY-SA Friedrich Gehrmann/Wikimedia Commons)

La police militaire a été chargée de faire respecter l’interdiction de la barbe. Les violations peuvent entraîner des amendes et d’autres sanctions telles que le confinement à la base, mais pas de châtiments corporels.

Le rabbin Aviner avait fait des vagues dans le passé avec ses propos sur les rôles des femmes, notamment en octobre 2012, quand il avait dit à ses disciples que les femmes ne devraient pas faire de la politique ou se présenter à la Knesset, car cela transgresserait les lois juives relatives à la pudeur.

« Les femmes ne devraient pas occuper des postes importants à la Knesset, puisque c’est impudique, » avait-il déclaré à l’époque, selon le site religieux d’information Kipa.

« L’exposition publique est contraire à la vision juive de la femme, selon laquelle « la fille du roi est pleine de gloire à l’intérieur. » Il expliqua plus tard qu’il avait parlé de la situation « idéale » plutôt que de la réalité quotidienne.