D’après un haut responsable du Fatah, les négociations avec Israël ne peuvent aboutir sans un renforcement de la résistance armée. Ce dernier a ajouté que les premiers signes d’un nouveau soulèvement palestinien se faisaient déjà sentir sur le terrain.

Dirigeant du comité d’investigation palestinien sur la mort de Yasser Arafat, Tawfiq Tirawi s’est exprimé sur les ondes de la télévision libanaise Al-Mayadheen le 23 janvier. Il a indiqué que les Palestiniens n’apporteraient jamais leur soutien au projet d’accord-cadre américain, si ce dernier reflétait la position actuelle du gouvernement de Barack Obama.

« Nous [le Fatah] savons exactement ce que les Israéliens et Américains essaient de faire [à la table des négociations]. Pour l’instant, les négociations se déroulent seulement en la présence des Américains, et non des Israéliens. Les Américains sont des menteurs. Il n’y a pas d’accord-cadre. C’est un mensonge. Même si Kerry [propose] un tel accord, les Palestiniens le refuseront. Il y aura un vote, au sein du Fatah ou parmi les membres de l’Autorité palestinienne. Dans tous les cas, les propositions avancées par les Américains seront rejetées », a-t-il déclaré.

« Les Américains sont des menteurs. Il n’y a pas d’accord-cadre. C’est un mensonge. Même si Kerry [propose] un tel accord, les Palestiniens le refuseront. » Tawfiq Tirawi

De nombreux hauts responsables palestiniens ont exprimé leur scepticisme quant à la signature d’un accord avec Israël, et ce dans un délai de 9 mois, qui prendra fin au mois d’avril prochain.

Le mois dernier, Yasser Abed Rabbo, ancien membre du Comité exécutif de l’OLP, a fustigé le secrétaire d’Etat américain John Kerry pour avoir « manqué à ses engagements ». Il lui reproche notamment de ne pas avoir mis fin aux négociations dans les délais qui avaient été prévus à l’origine.

Pour Tawfiq Tirawi, il paraît peu probable que les négociations de paix mènent à la création d’un Etat palestinien.

« La création d’un Etat palestinien dans les vingt prochaines années, à Gaza et en Cisjordanie, est difficilement envisageable. Il n’y a aucune possibilité. Quiconque croit le contraire se trompe. Les négociations ne mèneront à rien. Toutes les factions de la scène politique palestinienne doivent intervenir. Quand nous déciderons d’agir, beaucoup de choses changeront », a-t-il déclaré, en précisant que l’action faisait référence à « la résistance sous toutes ses formes ».

« Adopter une attitude constante est une forme de résistance, négocier en est une autre. Mais nous devons également agir sur le terrain. Via des armes, une résistance populaire… il y a mille et une façons de résister », a-t-il ajouté.

Palestiniens et Israéliens ont été amenés à la table des négociations avec le soutien de l’Occident et des pays arabes. D’après Tawfiq Tirawi, ces derniers n’ont pas laissé le choix aux Palestiniens et ont privilégié la voie de la diplomatie.

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne au meeting du Fatah à Ramallah, 1er septembre 2013 (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne au meeting du Fatah à Ramallah, 1er septembre 2013 (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

« Il est vrai que la plupart des factions de l’OLP étaient contre [le fait de relancer le processus de paix]. Mais on ne peut tirer un trait sur les intérêts nationaux des Palestiniens. Avons-nous accepté de faire des compromis sur l’un de nos principes ? Non. C’est ce qui compte. »

Les propos de Tawfiq Tirawi étaient dirigés directement contre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui s’est prononcé contre la résistance armée et en faveur d’une « résistance populaire » – privilégiant les boycotts et les manifestations.

Mais pour Tawfiq Tirawi, la résistance armée ne peut renaître de ses cendres que s’il est organisée, coordonnée et non pas caractérisée par des actes isolés.

« Nous devrions tous nous mettre d’accord sur un plan d’action nationale », a-t-il dit.

Selon lui, certains signes ne trompent pas. Les premiers éléments d’un soulèvement palestinien se font déjà sentir dans quelques villes et villages palestiniens – notamment une augmentation des jets de pierres, des incendies de pneus et de la confrontation avec des colons et des soldats israéliens.

« Une grande explosion va bientôt avoir lieu en Palestine. Les Israéliens n’ont eu de cesse de mettre les Palestiniens sous pression. Il n’ont pas le choix : l’occupation va les faire exploser. »

En tant que chef de la commission d’enquête palestinienne sur la mort de Yasser Arafat, Tawfiq Tirawi a rejeté les résultats du rapport français publié le mois dernier – excluant la thèse de l’assassinat par empoisonnement – et les a qualifiés de « politiques ».

Ce dernier a ajouté que le rapport russe avait détecté la présence d’une autre substance que le polonium dans le corps de l’ancien leader palestinien.

« Nous sommes en train d’effectuer des tests chimiques sur cette substance », a déclaré Tawfiq Tirwai, convaincu qu’Israël est responsable de la mort de Yasser Arafat. « Ce n’est pas comme chercher une aiguille dans une botte de foin, c’est chercher une aiguille dans un océan. Espérons que nous réussirons », a-t-il conclu.

Tawfiq Tirawi a été chef des renseignements généraux en Cisjordanie et a été accusé par Israël d’implication dans des actes terroristes lors de la deuxième Intifada.