Dans une large offensive contre le règne de Benjamin Netanyahu de six ans, un groupe d’anciens commandants de la sécurité a critiqué le Premier ministre mercredi pour avoir supposément ruiné nos liens avec les Etats-Unis, d’avoir mal gérer la guerre de cet été contre le Hamas, et d’avoir eu une approche maladroite vis-à-vis des négociations internationales sur le programme nucléaire de l’Iran.

« Vous et seulement vous, avez fait passé les Etats-Unis d’un statut d’allié à celui d’ennemi », a déclaré un ancien chef du Mossad, Shabtai Shavit, au sujet de Netanyahu lors d’une conférence de presse à Tel Aviv organisée par les commandants pour la sécurité d’Israël, un groupe d’anciens officiers qui font campagne contre le Premier ministre.

Shavit était le deuxième ancien chef du Mossad à exprimer une forte opposition à la politique de Netanyahu ces derniers jours, suivant de près la cinglante campagne médiatique de Meir Dagan la semaine dernière contre le Premier ministre du Likud.

Les deux anciens chefs du Mossad se sont joints à d’anciens responsables de la défense qui ont critiqué la politique du Premier ministre, en particulier celle relative à l’Iran.

Shavit, qui a dirigé le Mossad entre 1989 à 1996, a déclaré que la position d’Israël concernant les négociations internationales sur le programme nucléaire de l’Iran a été « une grosse erreur », qui a déjà « causé des dommages à l’Etat d’Israël et je suis sûr que ça va en causer dans l’avenir ».

Qualifiant le cas de « si simple », il a ajouté qu’il y a un ennemi commun – l’Iran – qui a réuni les puissances mondiales ensemble « et nous, la plus petite superpuissance parmi les autres puissances, nous nous retrouvons en dehors du jeu », ce qui signifie que plutôt que « d’unir nos forces ensemble pour représenter les intérêts de l’Etat au sein de la coalition qui combat les méchants, nous nous retrouvons à lutter contre nos meilleurs alliés ».

L'ancien chef du Mossad Meir Dagan à un rassemblement anti Netanyahu le 7 mars 2015 (Crédit : Capture d'écran Dixième chaîne)

L’ancien chef du Mossad Meir Dagan à un rassemblement anti Netanyahu le 7 mars 2015 (Crédit : Capture d’écran Dixième chaîne)

Poussé à élargir sa critique aux événements récents, Shavit a asséné que l’assassinat de Jihad Mughniyeh dans le Golan syrien en janvier était une « stupidité » sans nom et qu’en étant quelqu’un qui connaissait bien Imad Mughniyeh, le commandant militaire du Hezbollah et le père de Jihad, qui a été assassiné en 2008, « je connais la différence entre les deux ».

Le père, explique-t-il, avait « la tête sur les épaules », un ennemi qui devait être pris en compte à chaque pas, « et le fils – ce n’est pas le cas ».

La frappe qui a tué Jihad Mughniyeh et un brigadier-général iranien aurait été menée par Israël le 18 janvier et a conduit à une réponse du Hezbollah tuant deux soldats israéliens en représailles 10 jours plus tard et aurait pu susciter une réponse plus grande et plus indésirable, précise-t-il.

« Après avoir été qualifié de traître messianique, je ne veux plus m’excuser », a déclaré Shavit, critiquant ensuite ce qu’il appelle l’échec du gouvernemnt Netanyahu à défendre les résidents du sud d’Israël.

« Pourquoi avez-vous relâchez 1 200 terroristes [dans l’affaire Shalit] après avoir élevé la voix contre [ces] traitres depuis des années ? Où est la sécurité que vous avez promis à ceux qui vivent à la périphérie de Gaza ? Pourquoi, après des dizaines d’années dans le Mossad, pour lequel j’étais prêt à donner ma vie, m’avez-vous transformé en un traître tout simplement parce que j’essaie de trouver une solution qui mettra Israël sur une nouvelle voie ? », a-t-il demandé.

Enfin, s’attaquant aux anciens commandants qui ne sont plus dans la boucle et qui n’ont donc plus les informations nécessaires pour porter un jugement éclairé, Shavit dit que « ceux qui affirment que nous ne savons rien sont des gens qui sont soit vicieux, soit des imbéciles ».

L’ancien chef du Mossad a été rejoint sur scène par un ancien haut commandant du Shin Bet et plusieurs anciens officiers généraux de l’armée israélienne.

Le brigadier général (à la retraite) Giora Inbar s’est adressé au Premier ministre en assénant : « M. Netanyahu, un discours sans action n’offre pas de sécurité ».

Le brigadier Général Asher Levy, qui a servi pendant la guerre d’Indépendance comme l’un des commandants d’Ariel Sharon, a déclaré que « le problème avec Netanyahu, c’est qu’il n’est pas proactif. Il est toujours en train de réagir ».

Levy poursuit en affirmant que c’était le cas pendant la guerre de 50 jours de cet été à Gaza et a déclaré : « un Premier ministre doit initier… il ne le fait pas parce qu’il est incapable de prendre des décisions et c’est là où le bât blesse ».

Yariv Levin, un député du Likud, qui est à la tête de l’importante Commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, a riposté en s’adressant aux anciens responsables de la sécurité qui s’en sont pris à Netanyahu, en arguant qu’ils étaient « motivés par la haine [qu’ils ressentent envers] l’aile droite et du Premier ministre ».

Levin n’a pas non plus manqué l’occasion de donner un coup au principal rival de son parti, l’Union sioniste, en reliant les anciens commandants de ses dirigeants à Isaac Herzog et Tzipi Livni.

Sa déclaration a été reprise par Ynet : « Les généraux de Livni et d’Herzog nous ont déjà promis la paix et nous avons eu la terreur meurtrière à travers le pays. Ils ont promis que le désengagement [de la bande de Gaza] de 2005 apporterait le calme et nous avons eu des milliers de roquettes. Ils ont eu tort et nous ont trompé encore et encore ».