NEW YORK – « Je m’énerve vraiment lorsque je lis des choses à propos des réfugiés. Les histoires apparaissent généralement en page 32 et elles me font toutes penser à moi dans le passé », a déclaré Manfred Lindenbaum, 84 ans.

« A chaque fois que j’écoute les informations et vois ces reportages à propos de ces gens traversant les frontières et l’horreur qui les accompagne, tout ressurgit en moi brusquement. »

Lindenbaum avait tout juste six ans lorsque lui et sa famille ont quitté l’Allemagne, en 1938, expulsés parce qu’ils étaient d’origine polonaise. Une fois la famille arrivée en Pologne, la mère de Lindenbaum a appris que les enfants pouvaient rejoindre l’Angleterre via le Kindertransport.

Peu de temps après, Lindenbaum et son frère Siegfried ont été mis sur un bateau en direction de Londres. Sa sœur Ruth, alors âgée de 14 ans était considérée comme trop âgée. Alors qu’il lui avait été dit qu’un autre bateau arrivait, elle est restée derrière. Aucun autre bateau n’est arrivé et finalement, Ruth a été assassinée avec ses parents à Auschwitz.

En 1946, lorsque fut venu le moment de la réinsertion pour Lindenbaum, c’est grâce à l’aide de la Société hébraïque d’aide aux immigrants (Hebrew Immigrant Aid Society). Aujourd’hui, Lindemaum souhaite que le monde se souvienne de son histoire afin qu’il n’oublie pas les réfugiés d’aujourd’hui et de demain.

« De quelque manière que ce soit, cela ne va pas être assez. Cela ne pourra jamais être assez, mais cela aidera des centaines ou des milliers d’entre eux ceux qui n’avaient pas la possibilité, a-t-il indiqué dans une interview téléphonique. « Nous devons dire ‘Ils sont nous’. Si nous, nous flanchons, nous sommes le problème. Si nous nous tenons debout, nous sommes la solution ».

Ainsi, malgré la rhétorique incendiaire et l’escalade de la xénophobie envahissant la campagne présidentielle américaine, HIAS, la plus vieille agence de réinsertion de réfugiés, aidée par des gens comme Lindembaum, continue à faire pression sur les Etats Unis à rester ouverts à ceux qui cherchent un havre de paix loin de la violence et de la persécution.

« C’est un principe fondamentalement juif que d’accueillir des étrangers, » a déclaré le rabbin Jennie Rosenn, la vice-présidente de cette communauté engagée, HIAS. « C’est mentionné 36 fois dans la Torah. C’est le rare commandement qui en donne la raison. ‘Parce que nous avons été étrangers en Egypte’ C’est un principe fondamental, mais c’est également notre histoire. »

Plus de 65,5 millions de personnes dans le monde sont déplacées, des chiffres que nous n’avons pas vus depuis la Seconde Guerre mondiale. Parmi ceux-là, environ 21,3 millions sont réfugiés, 3,2 millions sont demandeurs d’asile et 40,8 millions sont des migrants, selon le UNHCR.

Les réfugiés sont des gens ayant été contraints de quitter leur pays à cause de conflits armés ou de persécutions alors que les migrants sont ceux ayant choisi de quitter leur pays d’origine pour des raisons économiques.

Ainsi, au cours de cette semaine de sommet pour réfugiés et migrants des Nations unies parallèlement au sommet sur la crise globale des réfugiés des dirigeants travaillant auprès du président Barack Obama, HIAS a voulu faire pression pour que les Etats Unis s’impliquent davantage sur cette question. C’est la première fois que ce genre de réunions, traitant de réinsertion et d’aide humanitaire, a eu lieu à un tel niveau.

S’appuyant sur la convention des réfugiés de 1951 et le protocole de 1967, tous deux sensés garantir à tous les persécutés de trouver ou demander l’asile malgré des gouvernements potentiellement réticents, la communauté juive américaine interpelle le monde entier une nouvelle fois pour soutenir les réfugiés, a déclaré Mark Hetfield, le président de l’HIAS.

« C’est vraiment un moment important pour réaffirmer notre engagement envers les réfugiés. Notre association s’est transformée de structure aidant les réfugiés car juifs en une autre aidant les réfugiés car nous sommes juifs », a déclaré Hetfield.

Passant de la parole aux actes, HIAS a récemment lancé la campagne de bienvenue de HIAS, un effort national pour mobiliser une réponse juive populaire à la crise des réfugiés. Près de 200 synagogues et 1 300 rabbins se sont proposés pour agir, éduquer les gens à propos des réfugiés, élaborer une meilleure politique d’accueil avec des élus, lever des fonds pour soutenir les réfugiés et accueillir les réfugiés dans leur propre communauté en régions.

Le Temple Shalom à Chevy Chase dans le Maryland a accueilli une famille de six personnes en provenance de Syrie dans leur communauté la semaine dernière. La communauté a fourni un appartement, a rempli les placards de la cuisine de provisions et a préparé un repas de bienvenue pour la famille.

Parallèlement à cela, des fidèles aideront au transport, à la conversation en anglais et même au baby-sitting pendant que les parents s’occupent de l’administratif, comme la délivrance des cartes de sécurité sociale.
Ces rencontres au sommet aux Nations unies coïncident avec l’annonce récente de l’administration d’Obama d’une augmentation de 30 % sur l’année fiscale 2017 du nombre de réfugiés admis aux Etats Unis. Elle projette d’accepter 110 000 réfugiés au cours de l’année fiscale 2017 en comparaison avec les 85 000 durant l’année fiscale 2016.

En outre, les 45 pays participant au Sommet des dirigeants d’Obama sont sensés augmenter l’aide humanitaire de 3 milliards de dollars, revoir à la hausse le nombre de réinsertions de réfugiés ainsi que de veiller à leur emploi et à l’aide à leur éducation.

Sur les 85 000 réfugiés absorbés par les Etats-Unis durant l’année fiscale 2016, la plupart venaient d’Asie du sud, d’Afrique, d’Europe, d’Amérique latine et des Caraïbes, selon le centre de recherche Pew.

Avant de revoir ces chiffres à la baisse par la suite, entre le 1er octobre 2015 et le 31 mai 2016, les Etats-Unis ont pris 8 112 réfugiés de Myanmar, 6 350 de la République démocratique du Congo, 5 780 de Somalie, 5 385 d’Iraq, 2 924 du Bhutan, 2 805 de Syrie et 2 049 d’Iran.

Cela représente une fraction des 10 000 réfugiés syriens que les Etats Unis ont l’intention d’absorber. En comparaison, les Etats-Unis se sont engagés à prendre 20 000 réfugiés syriens.

‘Tout a changé avec cette photo‘

Sur fond d’augmentation du nombre de réfugiés à réinsérer, la communauté internationale a mis du temps à réagir à cette crise jusqu’au 2 septembre de l’année dernière. Ce moment où la photo d’Aylan Kurdi a fait le tour du monde, ce petit garçon de 3 ans ayant coulé et dont le corps est venu se déposer sur une plage de Turquie.

« Tout a changé avec cette photo, l’Amérique s’est réveillée à propos de la crise des réfugiés. Tout le monde voulait aider », a affirmé Rosenn.

Alors que la photo de Kurdi avait servi d’appel à l’action, les attaques à Paris deux mois après ont eu l’effet contraire.

« Puis le 13 novembre est arrivé et tout a changé à nouveau et ce fut le début du contre-coup puis les candidats ont amplifié la rhétorique et redoublé de xénophobie et d’islamophobie » a expliqué Rosenn.

‘Les réfugiés sont des cibles faciles parce qu’il n’y a pas de lobbies autour d’eux’

Depuis les attaques à Paris, 31 gouverneurs américains ont déclaré que leur état était fermé aux réfugiés. Le New Jersey et le Kansas se sont tous deux retirés du programme de réinsertion des réfugiés et le Texas a menacé de se retirer à son tour.

« Le programme des réfugiés a été entièrement politisé, comme si les faits n’avaient pas d’importance. Les réfugiés sont des cibles faciles parce que personne ne fait de lobbying autour d’eux, » a indiqué Hetfield.

Christopher Boian, un responsable de l’information pour l’UNHCR, a déclaré qu’assurer la sécurité aux frontières et donner une réponse aux réfugiés avec humanité n’était pas incompatible.

« Tout d’abord, ce n’est pas un crime de traverser une frontière pour chercher l’asile et chercher un endroit où sauver sa vie et se protéger. Dans le même esprit, il est impératif que l’état mette tous les moyens en place pour garantir le nécessaire à ceux qui sont dans le besoin et sont éligibles à une protection internationale rapidement-et par la même occasion, renvoyer chez eux dignement ceux qui ne répondent pas aux standards », a déclaré Boian.

« Des systèmes d’asile solides permettent aux états de garantir à ce que chaque individu soit écouté de manière juste, d’identifier ceux qui ont besoin de protection et d’être sûr de savoir exactement qui passe les frontières et pourquoi. Cela garantit en retour aux gens ayant été contraints d’échapper aux guerres ou aux persécutions dans leur pays d’origine d’être traités tout en garantissant une bonne gestion des frontières de la part des états, organisée, efficace et humaine, » a indiqué Boian.

Les Etats unis savent exactement qui est réinséré ici, affirme Boian. Le moins d’1 % de réfugiés sélectionnés pour une réinsertion permanente dans un nouveau pays doit passer par un processus de contrôle très strict, a ajouté Boian.

Cela prend entre 18 et 24 mois pour passer par le processus américain et notamment une série de vérifications du contexte général par les nombreuses agences gouvernementales. Cela se passe alors à la suite de plusieurs mois de long processus de contrôle effectués par l’UNHCR et autres agences internationales.

‘Ce n’est pas un crime de traverser une frontière et demander l’asile’

Concernant les réfugiés syriens, des données biométriques et notamment des scans de la rétine et des empreintes digitales sont collectés chez quasiment tous les Syriens à partir de l’âge de 4 ans et au-dessus. Seulement alors, l’ONU recommande le réfugié vers un état pour une insertion.

« Les réfugiés ne savent pas où ils vont. Ils n’ont pas le choix. Parfois ils ne savent même pas dans quelle ville ils vont jusqu’à ce qu’ils atterrissent, » explique Hetfield.

Et lorsqu’ils atterrissent, HIAS sera là-bas et les accueillera vers leur nouvelle demeure, de la même façon qu’ils étaient là pour Lindenbaum il y a tant d’années.

« Je sens que nous ne pouvons jamais assez soutenir ces associations, » a affirmé Lindenbaum. « Nous, juifs, avons une obligation spéciale de nous exprimer pour les réfugiés ».