Les Russes font activement la promotion du parti politique d’extrême-droite allemand pour les élections nationales qui ont lieu ce dimanche, selon un système de traçage sur Twitter établi par Laura Rosenberger, co-directrice du groupe ‘Alliance for Securing Democracy’ de Washington.

Après l’intervention de la Russie dans les élections américaines en 2016 et dans le scrutin français de 2017, l’interférence en Allemagne est une nouvelle étape logique, selon l’Alliance.

« Les activités d’influence russes continuent sur des fronts multiples. Si l’Allemagne est considérée comme le pivot du maintien d’une réponse européenne ferme aux agressions de la Russie, les élections fédérales allemandes à venir sont la prochaine cible de désinformation pour Poutine », a établi le site internet du groupe.

L’organisation ‘Alliance for Securing Democracy’ est une petite fondation américaine lancée au mois de juillet et financée par des dons privés. Avec à sa tête Rosenberger, ancienne haute-conseillère en politique étrangère de Hillary Clinton, l’Alliance est accueillie au GMF (German Marshall Fund of the United States) et a pour objectif de documenter la « subversion de la démocratie » et de générer des stratégies pour combattre les efforts russes.

Nommé d’après le numéro 68 du journal « le Fédéraliste » d’Alexander Hamilton, qui évoquait la protection du service électoral américain face aux interférences étrangères, le tableau de bord original ‘Hamilton 68’ de Rosenberger, en anglais, avait été lancé il y a trois ans.

Avant les élections allemandes de 2017, l’équipe a lancé un nouveau journal germanophone, Artikel 38, dont le titre est inspiré par l’article 38 de la foi fondamentale allemande qui établit que « les membres du Bundestag devront être élus lors d’un scrutin général, direct, libre, égalitaire et secret ».

Laura Rosenberger, co-directrice de l'organisation 'Alliance for Securing Democracy' de Washington et Bret Schafer, coordinateur du contenu communautaire, numérique et des réseaux sociaux du groupe (Autorisation)

Laura Rosenberger, co-directrice de l’organisation ‘Alliance for Securing Democracy’ de Washington et Bret Schafer, coordinateur du contenu communautaire, numérique et des réseaux sociaux du groupe (Autorisation)

Utilisant un système de traçage automatisé, le tableau de bord Artikel 38 veut exposer « les réseaux d’influence en ligne qui ciblent les publics germanophones en amont des élections fédérales allemandes » et il affirme offrir un « aperçu presque en temps réel de la propagande russe et des efforts de désinformation ».

Le tableau de bord automatisé analyse les tweets de 500 comptes liés à @de_sputnik, la chaîne de propagande déclarée de la Russie en langue allemande, a expliqué Bret Schafer, coordinateur du contenu communautaire, numérique et des réseaux sociaux du groupe.

Artikel 38 définit de trois manières possibles les abonnés de la chaîne : les 500 comptes les plus influents, les 500 comptes qui répondent le plus vite aux influences, et les 500 comptes les plus importants qui, le plus souvent, dirigent les interactions vers les autres suiveurs de @de_sputnik, en liaison avec les interactions envoyées aux non-abonnés, selon l’Alliance.

Après l’analyse systématique des 500 comptes sur Twitter qui sont d’une manière ou d’une autre liés à Sputnik, le système automatisé a déterminé que ces comptes soutiennent le parti de droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), selon Schafer.

L’AfD est une formation située à l’extrême-droite de l’échiquier politique qui a un agenda anti-islamique et anti-réfugiés et qui devrait, selon les estimations, remporter quelques sièges au Parlement allemand, ajoute Schafer.

« Il y a eu une constante dans la tendance des messages d’extrême-droite [sur les comptes Twitter suivis par le tableau de bord]. Le hashtag le plus important est ‘Alternative pour l’Allemagne », précise Schafer.

Le président russe Vladimir Poutine, à droite, montre le chemin à suivre alors que les deux politiciens quittent une salle après une conférence de presse conjointe organisée au Kremlin, à Moscou, le 10 mai 2015 (Crédit : AFP PHOTO / KIRILL KUDRYAVTSEV)

Le président russe Vladimir Poutine, à droite, montre le chemin à suivre alors que les deux politiciens quittent une salle après une conférence de presse conjointe organisée au Kremlin, à Moscou, le 10 mai 2015 (Crédit : AFP PHOTO / KIRILL KUDRYAVTSEV)

Commentant la stratégie de propagande et de promotion de la Russie, Schafer indique qu’elle fait appel aux déclarations les plus extrêmes des politiciens de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite en les amplifiant. Les Russes font la promotion « du parti qui pourrait perturber le plus la société allemande. Leur intérêt est d’amener les populations à remettre en question les sociétés démocratiques », dit-il.

Selon Schafer, l’agenda du gouvernement russe est « très anti-OTAN et très anti-UE ».

« Ils voudraient diviser l’alliance Etats-Unis-Union européenne. Ils font la promotion de messages très nationalistes », ajoute-t-il. « Ils voudraient déchirer les liens transatlantiques, en particulier avec l’OTAN ».

Faire péricliter une conspiration ?

Schafer admet qu’il n’y a rien d’illégal à promouvoir ou à retweeter des messages politiques sur ce réseau social, ou qu’un pays a parfaitement le droit d’avoir ses propres agences.

« La majorité des pays font un travail de diffusion à l’étranger. Ce n’est pas tellement le fait que RT ou Sputnik puissent exister mais ce que nous constatons, c’est une présence très active de comptes automatisés sur Twitter – robots et trolls – que vous pouvez acheter », dit-il.

« Le gouvernement russe fait fonctionner un grand nombre d’entre eux. Il est là pour retweeter et amplifier les messages. Il les pousse pour qu’ils rentrent dans les fils d’actualité, de telle manière que les gens les voient davantage que cela ne devrait être le cas ».

Il est possible d’acheter mille compte Twitter pour 45 dollars et de faire en sorte qu’ils retweetent automatiquement des messages depuis d’autres comptes, explique Schafer.

Le président russe Vladimir Poutine prend un bain de soleil durant ses vacances dans la région reculée de Tuva, dans le sud de la Sibérie. Photo prise entre le 1er et le 3 août 2017 (Crédit : AFP Photo/Sputnik/Alexey Nikolsky)

Le président russe Vladimir Poutine prend un bain de soleil durant ses vacances dans la région reculée de Tuva, dans le sud de la Sibérie. Photo prise entre le 1er et le 3 août 2017 (Crédit : AFP Photo/Sputnik/Alexey Nikolsky)

Pour Schafer, il est clair qu’il n’y a encore aucune preuve que les 500 comptes suivis par le système automatisé sont en fin de compte connectés au gouvernement russe. Mais certains de ces comptes ont un lien avec Sputnik, RT ou Russia Today, le réseau de télévision international en langue anglaise qui est financé par le gouvernement russe.

Une deuxième catégorie de ces comptes sont des « trolls », des individus qui retweetent les messages publiés par Sputnik ou RT, tandis qu’une troisième est constituée de comptes qui « ont été identifiés comme faisant constamment la promotion de ces messages ».

« Nous ne disons aucunement que les 500 comptes sont dirigés par des opérateurs russes »

« Certains comptes peuvent appartenir à des gens qui ont de la sympathie pour le point de vue du Kremlin et qui tweetent beaucoup. [Le système automatique] favorise les comptes qui tweetent très souvent », dit Schafer.

Il ne spécifie pas combien de comptes germanophones suivis par le système appartiennent à chaque catégorie – ceux qui font avancer la propagande, les trolls ou ceux qui retweetent les messages – et explique que la localisation géographique de ces comptes est inconnue. La majorité d’entre eux fonctionne probablement depuis l’Allemagne, estime-t-il.

« Nous ne disons aucunement que les 500 comptes sont dirigés par des opérateurs russes. Ce sont uniquement des comptes qui retweetent des messages de Sputnik », indique-t-il.

« Je ne peux pas affirmer de manière sûre que les autres pays ne font pas la même chose, mais nulle part à l’échelle de ce que fait la Russie », ajoute Schafer. « La communauté des renseignements américains n’utilise pas de trolls pour propager la désinformation dans les autres pays ».