Mardi soir, à l’issue du scrutin, la Liste arabe unie semblait optimiste après publication des premières estimations.

Avec un Likud et une Union sioniste au coude-à-coude, et avec une estimation d’au moins 13 sièges à la Knesset, le parti semblait être face à l’un des deux choix révolutionnaires : mettre fin à un tabou historique en se ralliant à un parti sioniste et devenir le partenaire d’Isaac Herzog dans un gouvernement de centre-gauche, ou – comme le chef du parti Ayman Odeh l’avait suggéré il y a quelques semaines dans une interview au Times of Israel – laisser Netanyahu et Herzog former un gouvernement d’union, et prendre la tête de l’opposition.

« Les estimations montrent qu’on peut mettre fin au règne de Netanyahu », a déclaré au Times of Israel Dov Khenin, un candidat juif de la liste, peu après 22h au QG de campagne à Nazareth.

Il a expliqué que les partis qui s’étaient engagés à recommander Netanyahu au président Reuven Rivlin pour le poste de Premier ministre avaient été considérablement affaiblis.

« Les électeurs veulent mettre fin au régime de la droite, et c’est ce qu’il faut faire », a-t-il conclu.

Mais avec la publication mercredi matin des résultats quasi définitifs donnant au Likud une avance décisive de six places sur l’Union sioniste – aucune des deux options ne semblait probable [la nette avance de Netanyahu a également été confirmée jeudi matin]. Tant Herzog que Netanyahu avaient exclu la possibilité d’une union, laissant le premier à la tête de l’opposition et reléguant les Arabes, malgré leur plus grande représentation parlementaire, dans les marges de la politique.

Tout en se félicitant de la hausse du taux de participation dans le secteur arabe, qui a frôlé les 70 % et qui a apporté 13 sièges à la Liste arabe unie, Ayman Odeh a déploré mercredi ce qu’il a appelé la xénophobie croissante parmi les Juifs israéliens.

« De très larges segments de la population juive, nourris quotidiennement par le racisme et la fermeture d’esprit – depuis la maternelle jusqu’à la déclaration fasciste de Netanyahu sur les Arabes le jour du scrutin – ont décidé de soutenir Netanyahu de cette manière importante et tragique », a-t-il écrit sur Facebook.

Paraphrasant le célèbre discours de Winston Churchill de la Seconde Guerre mondiale, pendant l’invasion nazie en France, Odeh a conclu : « Nous n’avons rien d’autre à offrir que de la lutte, de la défiance, et de la sueur, jusqu’à la récupération de nos droits. »

Ce ton doux-amer s’est également reflété chez Basel Ghattas, un membre de la faction nationaliste Balad, placée onzième sur la Liste unie.

« Nous sommes confrontés à un gouvernement obstiné, de droite, religieux, et à un avenir plein de dangers et de défis » a écrit Ghattas sur Facebook.

« Nous aurons besoin de toutes nos forces et d’unité pour y faire face, et pour défendre notre droit à l’égalité sur notre terre. »

En effet, malgré l’absence probable de pouvoir politique réel dans la 20e Knesset d’Israël, la Liste arabe unie ne devrait pas se décomposer dans un avenir proche, estime Jack Khoury, un analyste politique pour la radio A-Shams et Haaretz basée à Nazareth.

« Ces élections ont été une sorte de référendum pour la liste arabe, a affirmé Khoury au Times of Israel. Le fait qu’elle ait remporté une majorité écrasante [au sein de l’électorat arabe], en augmentant de manière significative le taux de participation, est un signe de confiance dans la liste. Personne ne prendra la responsabilité de défaire le paquet. »

Il a expliqué que, bien que limitée dans sa capacité à influer sur la politique israélienne, la Liste arabe unie a néanmoins réussi à panser de profondes divisions au sein de la société arabe israélienne.

« La liste a calmé les choses chez les Arabes. »

« D’importantes fissures ont émergé après les élections municipales [de 2013] mais elles n’ont pas eu d’incidence sur cette campagne électorale. Sans la Liste unie, [un candidat islamiste comme] Masoud Ghanaeim n’aurait jamais pu prononcer de discours dans un quartier chrétien de Nazareth à la veille des élections, ni [la candidate socialiste laïque] Aida Sliman Toma devant les femmes des communautés islamiques du Triangle. »

Cependant, ajoute-t-il, les Arabes ressentent maintenant que le vote massif en faveur du Likud était un peu plus qu’une réaction juive à la montée en puissance de la Liste arabe unie.

« Il semble qu’une grande partie de la société juive a voulu transmettre le message suivant aux Arabes : ‘En dépit de votre unification, nous allons donner à Netanyahu autant de voix que possible pour vous priver du partenariat dans les processus de prise de décision’. »