Un vice-ministre israélien a récemment rencontré des députés d’un parti belge d’extrême-droite, accusés d’antisémitisme et de négationnisme.

Les parlementaires en question font l’objet d’un boycott de la part de Juifs européens.

Ofir Akunis, membre du Likud et vice-ministre au sein du cabinet du Premier ministre, a rencontré des parlementaires du parti Vlaams Belang lors de leur récente visite en Israël.

Dimanche, il a justifié la rencontre du 25 mars, assurant qu’il n’avait pas eu connaissance des antécédents extrémistes des députés controversés.

Cette visite intervient dans un contexte particulier. En effet, les organisations juives européennes craignent qu’un bloc d’extrême droite puisse triompher dans les prochaines élections au Parlement européen. Et Vlaams Belang appartient à ce bloc.

« Ce matin, j’ai rencontré une délégation de parlementaires belges, dont certains sont membres du Parlement européen. Je leur ai dit que cette terre est notre patrie historique : aucune nation au monde ne céderait sa patrie », écrit Akunis sur sa page Facebook officielle.

Vlaams Belang, ou « Intérêt flamand », prône le nationalisme et l’indépendance flamande. Avec les autres partis du bloc de droite anti-euro, il promet de rejeter l’antisémitisme, et s’est distancié des partis extrémistes tels que Aube dorée en Grèce et Jobbik en Hongrie.

Toutefois, le parti est boycotté par les diplomates israéliens à Bruxelles et la communauté juive européenne, en écho aux députés locaux qui accusent le parti de racisme, selon Haaretz.

Un diplomate israélien de haut rang a déclaré au quotidien que la rencontre entre Akunis et le Vlaams Belang constituait « un acte de cécité, d’ignorance et d’irresponsabilité de premier ordre ».

« C’est un coup dur honteux infligé aux communautés juives de Belgique et d’Europe, qui luttent contre la xénophobie et le nationalisme néo-fascisme », dénonce le responsable.

« Le fait que le parti puisse rechercher l’approbation des Juifs ne signifie pas que nous pouvons accepter leurs déclarations qui se prétendent pro-israéliennes. »

Akunis a déclaré aux politiciens du Vlaams Belang qu’Israël « souhaite la paix avec ses voisins palestiniens, mais ne pouvait que s’interroger sur l’engagement des Palestiniens à la même cause, à la lumière de leur comportement au cours des cent dernières années ».

La rencontre entre le Likoud et la délégation belge a été organisée par le chef du Conseil régional de Samarie, Guershon Mesika, et son adjoint Yossi Dagan, rapporte le quotidien Haaretz.

Selon le rapport, Mesika et Dagan auraient présenté la délégation flamande comme un groupe de parlementaires belges qui soutiennent les implantations de Cisjordanie et s’opposent à la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Par le passé, les deux hommes avaient déjà entretenu des relations similaires avec le Parti de la liberté, mouvement d’extrême-droite autrichien. Ils avaient parrainé une visite du leader du parti dans l’Etat hébreu.

Dimanche, Akunis a exprimé sa surprise suite au rapport de Haaretz sur la rencontre, assurant à Radio Israël qu’il n’était pas au courant des opinions extrémistes des députés lors de leur réunion.

Akunis a expliqué qu’il consacrait « un temps considérable » à défendre Israël sur la scène internationale.

« Israël est dans une situation très difficile et compliquée sur la scène internationale », a déclaré Akunis. « Nous devons expliquer notre point de vue à tous ceux qui sont prêts à l’écouter ».

Selon le vice-ministre, les « propos racistes » ou « expressions de soutien à des organismes antisémites » de la part des parlementaires belges n’ont pas été « portés à son attention » avant la réunion.

Si ces derniers ont bien exprimé de telles positions par le passé, assure-t-il, leurs déclarations doivent être condamnées.

« J’ai exprimé mon point de vue, et les membres de la délégation y ont apporté leur soutien », a déclaré Akunis. Aucun des points soulevés [par Haaretz] aujourd’hui n’avait été porté à mon attention. »

En 2001, l’un des dirigeants du parti, Roeland Raes, a publiquement remis en question l’ampleur de l’Holocauste à la télévision néerlandaise nationale.

« Je pense que ce que nous avons dû croire sur certains points a été très exagéré », a déclaré Roes, en référence à l’assassinat de six millions de Juifs par les nazis.

« La persécution et la déportation des Juifs a eu lieu de façon systématique. Mais à la question de savoir s’ils planifiaient leur mort à tous – eh bien, c’est un autre débat ».

L’interview de Raes a provoqué un tollé dans les médias. Ce dernier a dû démissionner de son poste de sénateur et de vice-président du parti après avoir été accusé de sympathies nazies.

Il a également été accusé de négationnisme, mais les charges ont finalement été abandonnées. En 2008, suite à un appel lancé par des organisations juives, Raes a écopé d’une peine de prison de quatre mois avec sursis et versé des dommages. En 2010, la cour d’appel de Bruxelles décide de ne pas le condamner.

En février, Reuters a fait état de craintes formulées par la communauté juive européenne autour d’une campagne de communication menée par une coalition anti-euro qui souhaite donner l’image d’un mouvement « simplement populiste ».

Ce cartel d’extrême-droite pourrait remporter 20 % des sièges aux élections du Parlement européen de mai.

Ce front est composé des Partis de la Liberté autrichiens et néerlandais, du Front national français, de la Ligue nord en Italie, des Démocrates suédois, du Parti national slovaque et des Belges flamands de Vlamms Belang.

S’ils se distancient des positions ouvertement antisémites, les Juifs d’Europe craignent que leur rejet de l’extrémisme ne dissimule un ordre du jour moins favorable.

Selon le président du Congrès juif européen Moshe Kantor, cité par Reuters le mois dernier, ces partis ne rejettent pas véritablement l’antisémitisme et constituent un danger bien plus grand que les éléments qui n’hésitent pas à exprimer des points de vue ouvertement extrémistes.

« Faites le ménage dans votre propre camp si vous n’êtes ni raciste ni antisémite. Prouvez-le dans les faits, pas dans les promesses », a déclaré Kantor.