D’après deux récents sondages, le vote arabe devrait augmenter très fortement lors des élections de la semaine prochaine, reflétant un certain enthousiasme suite à l’unification politique des partis arabes dans la Liste arabe unie.

Lors des dernières élections, tenues en janvier 2013, la participation des Arabes israéliens était de 10 % inférieure à la moyenne nationale, se situant à 57 % contre 67,8 %.

Pourtant, un nouveau sondage présenté mardi par le Programme Konrad Adenauer pour la Coopération Arabo-juive (PKA) au Centre Moshe Dayan de l’Université de Tel-Aviv a montré que la participation arabe pourrait bien atteindre les 64,7 % le 17 mars, le taux le plus haut depuis les élections de 1999.

Plus de 80 % des 500 personnes interrogées à travers Israël en février ont déclaré qu’elles voteraient pour la Liste arabe nouvellement créée afin de garantir ses 13 sièges à la Knesset.

« Le soutien à la Liste arabe est très impressionnant », a déclaré Itamar Radai, directeur académique du PKA, au Times of Israel. Contrairement au passé, le public arabe croit qu’il peut devenir un acteur important dans la politique israélienne. La tendance à la baisse de la participation (arabe) est probablement passée puisqu’un nouvel état d’esprit d’optimiste domine. »

Quand on les a interrogés pour savoir si les Arabes devraient prendre part aux élections, 61,3 % ont répondu oui sans hésitation, tandis que 18,1 % étaient plus réservés dans leur affirmation. Seulement 29,9 % des personnes interrogées étaient contre le fait que les Arabes participent au vote.

La création de la Liste arabe est un élément de motivation clair, alors 44,8 % de personnes interrogées ont déclaré que l’unification de Hadash, Balad et Ra’am-Ta’al en janvier a influencé de manière significative leur décision de voter.

Même si le chef de la Liste, Ayman Odeh, a déclaré la semaine dernière que le parti ne rejoindrait pas le gouvernement, 68,3 % des personnes interrogées croient que la Liste « transformera la Knesset en une arène efficace pour le public arabe ». Plus de 86 % des sondés ont formulé l’espoir que la liste reste unie après les élections.

« Il y a toujours un petit groupe de personnes qui déclare qu’ils ne voteront pas, mais ceux qui disent cela, et tout spécialement ceux qui boycottent les élections pour des raisons idéologiques, sont une petite minorité », a ajouté Radai.

En effet, un boycott idéologique ne représente pas plus de 17 % des Arabes abstentionnistes, ou seulement 3 % du public arabe, a démontré une étude menée en janvier par l’Institut de Recherche de Jaffa pour le Fond d’Initiatives Abraham, une organisation israélienne à but non lucratif faisant la promotion de la coexistence judéo-arabe.

Parmi les Arabes, la participation masculine (70 %) devrait être plus importante que celle des femmes (55 %) et les musulmans voteront apparemment dans des proportions beaucoup plus importantes que les Chrétiens (56 %) et les Druzes (44 %).

De manière intéressante, dans le sondage de l’Université de Tel-Aviv, les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens viennent à une lointaine troisième place sur la liste des questions que les électeurs arabes considèrent comme étant prioritaires pour les futurs députés arabes.

La plupart des personnes interrogées, 44,3 %, ont déclaré que, pour eux, la première priorité était de traiter les difficultés de la société arabe : le chômage, la violence, le statut des femmes, l’éducation, la santé. 28,1 % ont déclaré que la question principale était le traitement de la population arabe par le gouvernement. Seulement 19 % ont déclaré que les accords de paix devraient être la préoccupation principale des députés arabes.

La mort de 13 jeunes arabes israéliens dans les émeutes en octobre 2000 avait conduit à un boycott massif des élections de 2001, seuls 18 % des Arabes étaient venus voter. Pourtant, Thabet Abu Ras, le co-directeur du Fond d’Initiatives Abraham, a déclaré que les temps ont changé.

« Les Arabes reviennent voter après une période de crise depuis octobre 2000, a déclaré Abu Ras au Times of Israel. La société arabe est extrêmement intéressée à construire son propre futur et à faire partie de la politique israélienne. »

Les partis sionistes devraient être plus sensibles à l’évolution du comportement arabe envers l’Etat et plus ouverts, a-t-il ajouté. « Les Arabes prennent leur citoyenneté plus au sérieux que n’importe quand dans le passé. »

Les jeunes Arabes âgés de 18 à 24 ans représentent le taux d’électeurs le plus bas de tous les groupes d’âge, a-t-il noté. Par conséquent, son organisation a lancé une campagne dans les campus universitaires pour convaincre les étudiants de voter.

Selon Abu Ras, l’union politique des partis arabes n’est pas la seule à avoir changé les attitudes, mais suite aux événements tumultueux du Printemps arabe, les Arabes ont appris à davantage apprécier la démocratie israélienne.

« En dépit de la discrimination qui existe en Israël, qui doit être combattue, les gens ont tendance maintenant à voir la coupe à moitié pleine », a déclaré Abou Ras.

« Le discours politique arabe portait sur la coupe à moitié vide, mais c’est fini. »