Un groupe philanthrope fondé par des chrétiens a annoncé qu’il aura aidé près de 20 % des juifs à s’installer en Israël cette année, soit une part bien plus importante qu’auparavant. Cette revendication agace les organisations étatiques chargées de l’immigration.

International Fellowship of Christians and Jews (Keren Layedidout) a révélé à JTA qu’elle était en passe d’atteindre les 4 300 juifs amenés en Israël en 2016, soit 18 % de l’immigration totale.

Le groupe a proclamé l’intensification du rôle qu’il joue dans l’alyah, le mot hébreu pour immigration, qui signifie « ascension », pour parler « d’une puissante évolution de l’immigration juive en Israël. »

« Grâce aux millions de sympathisants chrétiens aux États-Unis et dans le monde entier, nous ramenons de plus en plus de juifs chez eux, en Israël, a déclaré Yechiel Eckstein dans un communiqué. En seulement trois ans, nous sommes devenu une agence d’alyah dans de nombreux pays, et nous sommes déterminés à continuer à sauver des juifs dans le monde entier pour les années à venir. »

Fondée par le rabbin Eckstein, Keren Layedidout est une association à but non lucratif qui récolte chaque année 180 millions de dollars de dons pour des programmes destinés à Israël et au peuple juif, principalement de la part de chrétiens.

En plus de l’aide fournie sur l’aspect administratif de l’immigration, le groupe organise des voyages et des activités pour les immigrants en Israël, des conseils pour entrer sur le marché du travail, des solutions de garde d’enfants, et pour les immigrants issus de classe défavorisées, des aides pour le loyer et les soins dentaires.

Eckstein était un grand donateur de l’Agence juive pour Israël, l’organe gouvernemental chargé de l’immigration, jusqu’en 2014, où il a coupé les liens pour créer son propre groupe, signe du début d’une querelle. Il a également pris part à la création de Nefesh B’Nefesh, un autre grand groupe d’aide à l’alyah, mais a coupé court à leurs relations au début des années 2000. Keren Layedidout propose des bourses de 1 000 dollars ou 6 mois de loyer par adulte, bien au-delà de ce que les immigrants reçoivent d’Israël lorsqu’ils immigrent via l’Agence juive.

Le siège de l'Agence juive pour Israël à Jérusalem, le 29 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le siège de l’Agence juive pour Israël à Jérusalem, le 29 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’Agence juive a été sollicitée pour réagir à la déclaration de Keren Layedidout. Elle a suggéré que l’association d’Eckstein s’attribuait le mérite et « sabotait » le travail de l’Agence juive, ce qui, en somme, fait diminuer le nombre d’immigrants.

Le gouvernement a mandaté l’Agence juive, et elle seule, pour gérer les immigrations, avec l’aide de Nativ, une organisation qui rapatrie les juifs en Israël depuis l’ancienne Union soviétique et contribue à leur intégration dans la vie juive du pays.

« Aucun sophisme ni aucune comptabilité créative ne pourra changer un fait : la seule organisation mandatée par l’État d’Israël pour faciliter l’alyah aux immigrants du monde entier est l’Agence juive », a affirmé l’agence dans un communiqué adressé à JTA, sans toutefois citer le nom du groupe philanthrope.

« Que l’immigrant utilise un billet d’avion payé par l’Agence juive, ou qu’il opte pour un autre avion avec une inscription spéciale parce qu’il aura reçu des incitations financières, le fait est que c’est l’Agence juive qui a rendu son alyah possible. »

Le communiqué poursuit : « en réalité, aucun des pays dans lesquelles l’organisation revendique ses activités n’ont vu d’augmentation dans le nombre d’immigrants. L’écrasante majorité de ces pays maintient un nombre d’alyah constant, ou en baisse… C’est presque comme s’ils avaient une Main de Midas inversée, entraînant une diminution de l’alyah sur leur passage… le temps l’a prouvé plus d’une fois. L’alyah n’est pas un secteur dans lequel la compétition est utile ou productive. »

Eckstein avait déclaré qu’il voulait mettre fin au « monopole » de l’Agence juive sur l’alyah et augmenter l’immigration juive en Israël. Plus de 31 500 personnes devraient avoir immigré en Israël sur l’année 2016, selon le Keren Layedidout. L’agence juive a déclaré, pour sa part, que 22 000 personnes ont immigré entre janvier et octobre, contre 26 000 personnes l’an dernier à cette même période.

Des réfugiés juifs de l'est de l'Ukraine simule un seder de Pessah au centre de l'Agence juive pour Israël de la banlieue de Dnipropetrovsk avant leur immigration en Israël, le 29 mars 2015. (Crédit : Vlad Tomilov/Agence juive pour Israël)

Des réfugiés juifs de l’est de l’Ukraine simule un seder de Pessah au centre de l’Agence juive pour Israël de la banlieue de Dnipropetrovsk avant leur immigration en Israël, le 29 mars 2015. (Crédit : Vlad Tomilov/Agence juive pour Israël)

La déclaration de l’association, principalement concentrée sur la part croissante qu’elle occupe sur le marché de l’alyah, a revendiqué la responsabilité de plus de 40 % des 7 600 immigrants arrivés en Israël entre janvier et septembre depuis les 19 pays où elle est active. Le groupe a affirmé être la « force dominante pour l’immigration juive en Israël depuis neuf pays en 2016 », la Biélorussie, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, l’Espagne, la Turquie, l’Ukraine, l’Uruguay et le Venezuela.

Selon Keren Layedidout, l’Ukraine est sa « mission la plus précaire ». Beaucoup des juifs ukrainiens qui immigreront avec l’association cette année ont été déplacés de leur maison, particulièrement dans l’est de l’Ukraine, par des affrontements entre les rebelles pro-russes et les troupes ukrainiennes, selon l’association. Elle a ajouté avoir « hébergé et accueilli » 2 800 juifs ukrainiens ces deux dernières années, qu’elle a pour la plupart fait venir en Israël.

Keren Layedidout affirme être responsable de 77 % de l’immigration ukrainienne de 2016.