Sous les maisons du marché du coton de la Vieille Ville de Jérusalem, toute une série de bâtiments anciens découverts par des archéologues israéliens seront bientôt dévoilés au public.

Relié au Mur occidental grâce à d’ancienne citernes, ce trésor archéologique s’est révélé être un ancien caravansérail datant du 14ème siècle qui se trouve juste à vingt mètres du mont du Temple.

Cet ensemble de bâtiments a été nommé « Ahar Kotlenu » – derrière nos murs en hébreu, une référence au Cantique des Cantiques 2 : 9 – par la Fondation du patrimoine du Mur occidental], comprend un grand hall de 325 mètres carrés avec un toit en voûte construit avec des pierres apparentes soutenu par six piliers.

Les murs en calcaire sont composés de spolia – matériau dérobé des vieilles ruines – pour construire par exemple les chapiteaux croisés. Ce hall a servi, à une époque, d’entrepôt et d’écurie pour les caravansérails mamelouks, ou d’auberge pour les caravanes. Il a été construit en 1337 à côté du marché des marchands de coton.

L’auberge entre dans le cadre de l’effort de reconstruction massive de Jérusalem entrepris par les Mamelouks au milieu du 13ème siècle.

L’historien Nimrod Luz avait décrit que la Jérusalem de l’époque était dans un état de « désarroi urbain » tant la ville s’était délabrée. Les esclaves des rois égyptiens ont construit des écoles, des caravansérails, des bains publics, des auberges et des marchés dans une ville qui souffrait depuis des années du déclin économique.

Un chapiteau de croisé construit par les Mamelouks (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)

Un chapiteau de croisés construit par les Mamelouks (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel staff)

« Lorsque nous avons commencé à excaver [le khan, ou le caravansérail, en 2008], il était rempli [de terre] presque jusqu’au plafond », raconte au Times of Israel Hervé Barbé, un archéologue affilié à l’Autorité israélienne des antiquités [AIA] qui a dirigé les fouilles. « Sur un mètre au moins, nous sommes restés
bloqués ».

Pendant les six ans qui ont suivi, les archéologues ont inlassablement vidé le khan des six mètres de saleté et de terre. Ils ont fait appel à un ingénieur pour qu’il examine la solidité du bâtiment vieux de 600 ans et le renforce pour éviter son effondrement.

La Fondation du patrimoine du Mur occidental, qui gère le site et les tunnels reliant le Mur occidental, explique que l’ensemble des bâtiments – ceux qui ont été trouvés et le hall Ahar Kotlenu – ont été étudiés par un certain « nombre d’experts » pour déterminer la meilleure façon d’utiliser l’espace.

On ne sait pas encore si on va utiliser cette espace pour le transformer en musée consacré à l’histoire musulmane, chrétienne, païenne et juive de la ville, ou si on l’utilisera pour des rites religieux. Pendant que j’étais sur place, le hall était utilisé pour délivrer un sermon au sujet de Yom Kippour.

Au niveau de la rue, au-dessus de ces ruines, on a retrouvé les vestiges d’une maison de prière juive. Une communauté de Juifs orthodoxes hongrois a construit la synagogue Ohel Yitzach à quelques mètres du mont au Temple dans les années 1870. En 1938, pendant les soulèvements arabes sous le mandat britannique de la Palestine, cette synagogue a été abandonnée. Pendant le règne jordanien entre 1948 et 1967, elle est tombée en ruine.

En 2004, l’AIA a commencé les fouilles sous cette synagogue, creusant dans le passé de l’histoire de Jérusalem.

Jouxtant le khan, sous les ruines de la synagogue, se trouvent les vestiges d’un hammam mamelouk, un sauna traditionnel composé de trois pièces. La première pièce, avec une haute coupole laissant passer la lumière naturelle, servait de vestiaire. L’entrée de cette pièce est en forme d’arc, flanquée d’un banc en pierre, dans un typique style mamelouk.

Cette pièce a été transformée pendant l’ère ottomane en réservoir d’eau, les murs épais de calcaire ont alors tapissé ses murs. Trois fenêtres avec vue dans le khan ont été barricadées et imperméabilisées.

Lorsque le 20ème siècle est arrivé, la pièce s’était remplie de saleté et de terre. Avant de commencer à creuser plus profondément, Barbé et son équipe ont trouvé des obus de mortier jordaniens et des sandales en plastique au-dessus de ce qui était devenu l’amas de déchets du quartier.

Un Hamam construit en 1327 par les Mamelouks (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel)

Un hammam construit en 1327 par les Mamelouks (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israel)

Les deux autres pièces, un sauna et un bain vapeur, ont été préservées pendant des siècles. Les chaînes et les tuyaux qui conduisaient l’eau d’une source près de Bethléem sont fragmentés par endroits mais clairement visibles par d’autres.

Lorsque l’on descend à un mètre du niveau de la rue de la Vieille Ville, on se retrouve dans l’ancienne rue romaine connue sous le nom de deuxième Cardo, une avenue allant du nord au sud, qui était une artère majeure de la ville byzantine.

Cette rue était utilisée jusqu’à ce que les croisés arrivent au 12ème siècle, explique Barbé. Pendant les croisades, cette zone de la ville était une zone industrielle, décrit-il, où il y avait de nombreuses usines textiles.

Six mètres sous les rues de la Vieille Ville, il y a cinq marches monumentales en calcaire qui datent de l’époque de Hérode. Ces marches, qui ne sont qu’un fragment de ce qui a été découvert, mènent vers l’est sous le marché des marchands de coton, mais on se sait pas dans quelle mesure elles s’étendent vers le nord et le sud.

Ces escaliers de l’ère de Hérode, trouvés pendant les fouilles menées par l’Autorité israélienne des antiquités en 2007, se trouvent en dessous d’un mur construit grossièrement dont le but n’a pas encore été déterminé, mais il se pourrait qu’il faisait partie d’un camp militaire romain construit après l’an 70 de notre ère et la destruction du Second Temple.

Barbé suppose que ces escaliers aient pu être construits dans le cadre du projet de Hérode de construire un mur de soutènement dans la vallée de Tyropoeon qui se trouvait du côté ouest du mont du Temple.

Ces marches auraient pu être un point de passage pour les pèlerins, les menant vers l’une des grandes entrées du mont du Temple. Tant que d’autres fouilles poussées n’auront pas lieu, il sera impossible de confirmer ces hypothèses.

Comme l’a déclaré l’archéologue affilié à l’Autorité israélienne des antiquités, Yuval Baruch, lors d’une interview accordée à la Dixième chaîne cette semaine : « C’est l’une des découvertes les [plus] impressionnantes, magnifiques et grandioses faites récemment à Jérusalem ».