Boston – La plupart des voyageurs prennent un café ou lisent le journal du matin sur leur chemin du travail. Mais les Bostoniens ont droit à quelque chose de tout à fait différent ce mois-ci : une nouvelle dose
« d’Israël bashing » [lynchage d’Israël] dans les couloirs crasseux du plus vieux métro d’Amérique.

Financées par un nouveau groupe appelé « Annonces contre l’apartheid », les trois affiches anti-israéliennes sont déployées à State Street, une des stations du centre-ville. Les annonces demandent que « les États-Unis mettent un terme au soutien à l’apartheid israélien », et comprennent chacun un « fait » sur les prétendues atrocités israéliennes contre les Palestiniens.

Juxtaposant le mot « VIOLENCE » [en lettres capitales] sur une fillette, une publicité prétend que les soldats israéliens tuent un enfant palestinien tous les quatre jours – avec l’aide de l’argent des contribuables américains, bien sûr.

Deux autres affiches, appelées « VOLS » et « SANS-ABRI » condamnent l’Etat hébreu pour avoir volé la terre palestinienne et détruit au bulldozer les maisons arabes.

Cofondateur et trésorier de « Annonces contre l’apartheid », Richard Colbath-Hess se dit exaspéré par « le niveau de désespoir » des Palestiniens au cours d’un voyage en Israël il y a sept ans pour une semaine de visite, afin de « redécouvrir » son judaïsme.

« C’est ce voyage qui m’a poussé à créer ce mouvement », déclare Colbath-Hess, travailleur social et professeur de
« développement organisationnel » à l’Université du Massachusetts à Boston, au cours d’un entretien téléphonique avec le Times of Israel.

« Nos annonces soulignent la réalité sur le terrain en Palestine », explique le militant, dont le père a fui le nazisme en 1938.

« Vous ne pouvez pas laisser faire une population comme cela pendant 40 ans. Nous voulons que les États-Unis coupent leur aide militaire à Israël immédiatement, et mettent plus de pression sur Israël pour qu’il y ait la paix », proclame-t-il.

Lors de son voyage, Colbath-Hess a affirmé avoir vu des soldats israéliens pointer leur arme contre des enfants palestiniens. Le militant affirme avoir également vu « des violations des droits de l’Homme », y compris des démolitions de maisons.

Selon Colbath-Hess, « les violations des droits de l’Homme par Israël ne se justifient pas par des mesures de sécurité ». Pour lui, il y a un « processus politique palestinien » qui a contribué à la fin des attentats suicides il y a une dizaine d’années. Ce n’est pas – assène le professeur – Israël qui y a mis fin avec son « mur de l’apartheid ».

Colbath-Hess affirme ne pas se laisser impressionner par les critiques de ses annonces sur « l’apartheid » disant qu’elles sont non seulement fausses mais même antisémites. Exemple : « Les Israéliens tuent un enfant palestinien – presque rituellement – tous les quatre jours », nous apprend-on.

« Un tel taux de victimes est un exemple frappant de l’urgence de la situation », prétend Colbath-Hess. « On en est à un point où une armée d’occupation qui tue les enfants de la population indigène dans leurs villages d’origine est justifié comme de l’auto-défense », ajoute-t-il.

Interrogé sur la « haine de soi » dont il pourrait souffrir, l’universitaire rétorque : « Ce n’est pas anti-français de critiquer le gouvernement de la France. Et ce n’est pas antisémite de critiquer le gouvernement d’Israël. Nous sommes juifs, nous aimons les Juifs, et nous voulons le dialogue », poursuit-il.

Les annonces de « l’apartheid » – que Colbath-Hess envisage de mettre en place dans d’autres villes – ont suscité une réaction immédiate de l’association CAMERA basée à Boston [Committee for Accuracy in Middle East Reporting – Commission pour un regard équilibré au Moyen-Orient] qui a déclaré que les annonces reposent sur « de parfaits mensonges et des distorsions flagrantes ».

« Les gens qui font passer des annonces comme celles-ci qui cherchent à diaboliser Israël doivent être considérés comme ce qu’ils sont », écrit Alex Safian, le directeur associé de CAMERA, dans un mail au Times of Israel. « Ce sont des ennemis de la paix et de la réconciliation entre les deux peuples », a ajouté Safian.

Peu de temps après que les annonces soient apparues, CAMERA a écrit aux fonctionnaires de l’autorité qui gère les transports de Boston (la MBTA) pour réfuter les fausses allégations à propos de « l’argent des contribuables américains qui financent des colonies israéliennes » ou de « soldats israéliens qui assassinent un enfant palestinien tous les quatre jours ».

Une fois contacté, le porte-parole de la MBTA fait référence à un « ensemble de lignes directrices pour la publicité » qui ont aussi été appliquées à cette annonce.

Dans un courriel envoyé au Times of Israel, la MBTA reconnaît avoir reçu « une demande nous enjoignant à examiner de nouvelles informations et nous sommes dans ce processus en ce moment ».

Selon haut diplomate israélien en Nouvelle-Angleterre, Yehuda Yaakov, les annonces représentent « une réalité complètement détachée du terrain ». « Ici, à Boston, il y a quelques personnes aisées qui ne savent pas quoi faire de leur journée. Ils ont aussi trouvé un endroit pour mettre leurs affiches. Si ce n’était pas si désolant, il pourrait y avoir de quoi rire », a déclaré Yaakov.

« Apartheid » : les annonces de transport en commun de Boston font partie d’une guerre pour l’espace publicitaire dans le transport public menée entre les partisans et les détracteurs d’Israël. La lutte pour le « temps de cerveau disponible » des voyageurs a forcé les autorités locales à arbitrer entre récits concurrents sur le Moyen-Orient.

À Boston, la MBTA vend de l’espace publicitaire sur des milliers de bus, des trains et sur des quais. Par rapport au coût des médias sociaux et autres achats d’impression traditionnels, la visibilité dans le métro n’est donc étonnamment pas bien chère.

A titre d’exemple, une annonce pro-israélienne placée sur 100 bus de la MBTA pour la durée du mois de février a coûté 5 000 dollars, et a été financée par une communauté juive d’origine russe, basée elle aussi à Boston.

Dans cette annonce-là, on veut montrer aux voyageurs bostoniens la taille d’Israël par rapport au monde arabe, ainsi que d’autres analogies.

« Le monde arabe a la taille des Etats-Unis, et Israël a la taille du Massachusetts. Donner plus de terres aux Arabes apportera-t-il vraiment la paix ? »

Contrairement à cette annonce-ci, d’autres campagnes pro-israéliennes beaucoup plus offensives ont été rejetées par la MBTA pour incitation contre les Arabes et les musulmans. Comme celles menées par l’AFDI [American Freedom Defense Initiative – Groupe américain de défense de la liberté] et son égérie Pamela Geller.

Dans un récent communiqué sur le site de l’AFDI, Geller n’a pas mâché ses mots : « La MBTA a accepté une autre campagne violemment antisémite pour le métro de Boston », a déclaré une Geller souvent obsédée par le djihad.

« Ce n’est pas la première accusation de meurtre rituel contre les Juifs que les autorités de Boston ont mis en place », a affirmé Geller, dont l’organisation a déposé plusieurs plaintes contre la MBTA. « C’est la même autorité antisémite qui a refusé de publier nos annonces pro-israéliennes après avoir autorisé une campagne appelant à la haine du Juif. Ils permettent donc des slogans antisémites violents, mais refusent des annonces de défense juive », a regretté Geller.

En octobre dernier, la protestation a conduit la MBTA à enlever 80 affiches sur l’« accaparement des terres » par Israël et les « 4,7 millions de réfugiés palestiniens » seulement quelques jours après leur apparition.

Dans un revirement surprenant, les annonces – financées cette fois par le « Comité pour la paix en Israël et en Palestine » – ont été remises à nouveau quelques jours plus tard, avec le MBTA citant « une rupture dans les procédures établies pour le traitement des plaintes concernant des publicités spécifiques » comme la cause de ce retrait…

Du point de vue de Geller, la MBTA a toujours soutenu le droit des groupes anti-Israël de déposer de fausses accusations teintées de diffamation antisémite. En même temps, les responsables du transport de Boston ont refusé d’accepter les annonces avec un contenu sur les violations des droits de l’homme dans le reste du Moyen-Orient.

La guerre des campagnes de publicité n’est pas prête de s’arrêter. Avec la liberté d’expression régulièrement invoquée par les deux parties, les tribunaux ont généralement statué en faveur du droit des autorités de transport à décider par elles-mêmes.

D’après Abby Michelson Porth, haut responsable d’une des communautés juives de San Francisco, la « guerre des publicités » a commencé sur la côte-ouest en 2011, et comme de nombreuses tendances, ont fait leur chemin jusqu’à l’est. San Francisco est un « marché-test » pour les campagnes anti-israéliennes selon Porth qui a bien connu ce qui se déroule dans le Massachusetts.

De San Francisco à Boston, des associations juives de gauche fournissent l’essentiel des fonds et du personnel pour mettre en place des campagnes publicitaires anti-israéliennes. « Le public est pris en otage pour regarder [les annonces concurrentes] dans le domaine public, et cela donne la fausse impression qu’il n’y a pas de majorité modérée », a déclaré Porth dans une interview au Times of Israel. « On ne doit pas permettre aux semeurs de haine d’utiliser les autobus ou les métros pour leurs discours d’intimidation », a conclu Porth.

Affiche dans le métro de Boston (Crédit : Matt Lebovic)

Affiche dans le métro de Boston (Crédit : Matt Lebovic)