Les clivages idéologiques ne régissent plus la politique israélienne. La différence entre les perspectives économiques de gauche et de droite, au sens large, peut être quantifiée en pourcentage de modification de certaines taxes, subventions et régimes de prestations.

Les deux camps partagent même leurs économistes : en 2011, le gouvernement a nommé l’économiste Manuel Trajtenberg à la tête de sa commission de réduction du coût de la vie. Aujourd’hui l’Union sioniste le présente comme ministre des Finances.

Cette similitude s’étend à la sphère diplomatique. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu affirme qu’il accepte un Etat palestinien, en principe, mais prévient que cela ne peut se réaliser qu’en toute sécurité, tandis qu’Isaac Herzog maintient qu’un tel Etat est dans l’intérêt stratégique d’Israël, mais promet de ne faire aucune action compromettant la sécurité du pays. Tant que tout retrait israélien peut entraîner un remake de l’expérience du Sud-Liban ou de Gaza, la différence pratique entre ces deux positions reste difficile à discerner.

Donc, avec si peu de divergences politiques de fond, les élections de 2015 portent sur les personnalités. « C’est eux ou nous », déclare l’un des principaux thèmes des annonces de la campagne du Likud, avec « nous » imprimé en bleu patriotique et « eux » en rouge menaçant.

« C’est nous ou lui », répond l’affiche de la campagne la plus populaire de l’Union sioniste, avec le « nous » dans la même nuance de bleu et le « lui » dans un gris menaçant. Même les directeurs des campagnes ne semblent pas trop s’éloigner les uns des autres.

Isaac Herzog et Benjamin Netanyahu (Crédit : Kobi Gideon/Flash 90)

Isaac Herzog et Benjamin Netanyahu (Crédit : Kobi Gideon/Flash 90)

Pourquoi, alors, des élections entre ces adversaires si semblables sont-elles tellement saturées de fiel et d’animosité non dissimulés ?

Le Likud, le parti qui a cédé le Sinaï et Gaza, a imprimé des bannières qualifiant l’Union sioniste de centre-gauche « défaitiste » et « antisioniste ».

Pendant ce temps, les annonces de la campagne de l’Union sioniste peignent un sombre tableau d’Israël sous le Likud, une nation ravagée par la pauvreté et la guerre, comme si Israël sous le Parti travailliste, ou sous les gouvernements plus récents dans lesquels la partenaire de Herzog, Tzipi Livni, était un membre éminent, avaient connu moins de pauvreté ou de guerres.

La course est amère et animée, mais ne porte pas sur la politique. Faute de désaccords de fond, les partis se replient sur d’anciens narratifs, plus primitifs. Ce qui a commencé comme un simple référendum s’est métamorphosé dans l’esprit des candidats en un nouveau round d’une guerre culturelle.

« La réalité Mapainik »

« Ici sont logés mes souvenirs d’enfance », a déclaré un nostalgique président Reuven Rivlin devant l’auditoire de Ahdut Israël, une synagogue de Jérusalem, la semaine dernière.

« Les groupes qui n’ont pas trouvé leur place dans la réalité Mapainik ont établi cette synagogue et lui ont donné le nom un peu ironique de ‘[synagogue] de l’unité d’Israël’, comme pour dire : ‘Nous respecterons chaque Juif quel qu’il soit, pour ce qu’il est’. »

Les dirigeants du Mapai : Golda Meir serre la main du premier ministre israélien des Affaires étrangères, Moshe Sharett, après la signature de la Déclaration d'Indépendance. David Ben Gurion est à gauche (Crédit : Frank Shershel/ GPO)

Les dirigeants du Mapai : Golda Meir serre la main du premier ministre israélien des Affaires étrangères, Moshe Sharett, après la signature de la Déclaration d’Indépendance. David Ben Gurion est à gauche (Crédit : Frank Shershel/ GPO)

Le Mapai, acronyme hébreu du « Parti des Travailleurs de la Terre d’Israël », a dominé la politique nationale pendant les trois premières décennies suivant la Déclaration d’Indépendance en 1948.

Dirigé par le premier chef de gouvernement d’Israël, David Ben-Gourion, le parti a contrôlé les échelons supérieurs de la bureaucratie gouvernementale, les entreprises publiques et privées et même l’armée pendant 29 longues années, jusqu’à ce que la « révolution » de 1977 ait porté Menahem Begin au pouvoir pour la première fois.

Ces années de domination de la gauche sur tous les éléments de la vie nationale, des lettres hébraïques aux universités, de la politique publique à l’économie, imprègnent la réalité du pays jusqu’à ce jour.

La synagogue Ahdut a été fondée par d’anciens combattants des milices juives pré-étatiques de l’aile droite, Lehi et Etzel. La semaine dernière, avait lieu l’inauguration d’un nouveau rouleau de la Torah à la mémoire de deux commandants du Lehi, Yair Stern et Yitzhak Shamir, un ancien Premier ministre Likud.

La journaliste de la Deuxième chaîne, Sivan Rahav-Meir, a écrit après l’événement que la soirée a attiré un public diversifié mais uni – uni, par une histoire commune de marginalisation.

Outre les anciens combattants âgés et laïcs de ces milices souterraines, « une jeunesse religieuse-sioniste du quartier, portant des kippot ‘à la Bennett’ [petites calottes modernes du type de celle du chef de HaBayit HaYehudi et entrepreneur high-tech Naftali Bennett], les yeux brillants, est venue en foule. Ces dernières années, ils ont fait revivre cette ancienne synagogue », raconte Rahav-Meir.

« Et ce soir, ils tendent la main aux combattants clandestins âgés qui s’appuient sur eux en montant les marches de la synagogue. »

Reuven Rivlin (Crédit : Flash 90)

Reuven Rivlin (Crédit : Flash 90)

C’était une rencontre des exclus, et le thème, fixé par le président du pays lui-même, député Likud de longue date et fils d’une famille Likudnik, était la mémoire de cette exclusion.

Cet événement de la semaine dernière dans la petite synagogue n’a pas fait les gros titres.

Mais son absence dans les nouvelles n’a pas pour autant amoindri son message. C’est dans ces commémorations – pour la droite, de milices déclarées marginales par le Mapai ; pour la gauche, de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin – que la classe politique rappelle et réaffirme ses engagements et ses identités les plus profondes.

Ces identités sont ressenties plus vivement pendant les élections. Il n’est pas surprenant, alors, que c’est au milieu de la campagne, début février, que Netanyahu a tenté de renvoyer des juges de gauche du panel de sélection du Prix Israël de littérature, la plus haute distinction littéraire du pays. Netanyahu a été fustigé par les médias et est finalement revenu sur sa décision.

La déclaration de Netanyahu suite à ces événements donne un aperçu de ce qui pourrait inciter un Premier ministre en exercice à intervenir de façon flagrante dans un prix si prestigieux : « Au cours des années, [des juges] ont été nommés au panel de sélection, de plus en plus extrémistes dans leurs positions, y compris [des juges] antisionistes… et trop peu de représentants authentiques de pans plus larges de la nation. Trop souvent, il a semblé que les membres extrémistes du panel remettaient le prix à leurs amis…. Ceux qui n’appartenaient pas à leur ligne [politique], ceux qui n’appartenaient pas à la clique, devenaient difficilement des membres du panel du prix, ou recevaient le prix. Cette situation, dans laquelle un petit groupe fermé aux vues extrémistes se passe le relais de main en main et protège son contrôle sur l’attribution du Prix Israël doit être changée, parce que le Prix Israël appartient à tout le peuple d’Israël… et doit représenter tous les éléments de la nation. »

L’épisode entier était une pièce de la grande scène théâtrale des élections. Mais cela ne signifie pas que rien ne fut sincère dans la déclaration du Premier ministre. Le père de Netanyahu, Benzion, un historien de renom du parti Herut de Begin, précurseur du Likud, a été ignoré par le Prix Israël année après année, malgré son âge avancé de 102 ans – de l’avis de Netanyahu, en raison de ses opinions politiques.

Et tandis que les élections se réchauffent, Netanyahu et Rivlin ne sont pas les seuls Israéliens vieillissants qui sentent les vieilles failles remuer dans leurs cœurs.

Amos Oz (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Amos Oz (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Le célèbre écrivain Amos Oz, ardent défenseur de la gauche, a défendu l’autre côté de cette ancienne querelle.

Lors d’un événement du parti Meretz, il a expliqué pourquoi l’appel de Netanyahu à la diversité parmi les juges du Prix Israël était une mauvaise idée.

« Hier, j’ai entendu le Premier ministre Netanyahu expliquer pourquoi il a renvoyé quelques juges du Prix Israël de littérature. Il avait une explication intéressante. Il a dit, ‘beaucoup de communautés dans la société israélienne ne sont pas représentées dans les panels des juges du Prix Israël’. Cela semble très démocratique. Il y a en Israël environ 70 % d’Israéliens qui ne lisent pas de littérature. Peut-être lisent-ils Israël Hayom [quotidien pro-Netanyahu], mais ils ne lisent pas de littérature. 70 % des panels des juges du Prix Israël doivent-ils être composés de juges qui ne lisent pas de littérature, pour des raisons démocratiques ? »

Les commentaires d’Oz sont remarquables. L’argument de Netanyahu – que la droite et ses partisans, dont beaucoup sont pauvres et séfarades, sont injustement exclus de l’élite littéraire de la nation – rencontre la réponse coléreuse de l’un des plus grands auteurs d’Israël : démocratiser cette élite revient à la rabaisser.

Oz a poursuivi : « La vérité est que [Netanyahu] ne veut pas remplacer le panel des juges. Il veut remplacer les auteurs. Il veut remplacer les juges [de la magistrature]. Il voudrait remplacer les voisins [c’est-à-dire les Palestiniens], si cela était possible. Il veut remplacer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Il voudrait remplacer les journaux, il voudrait remplacer les médias. »

Alors que Netanyahu s’insurge contre l’exclusion de son camp, la réponse d’Oz vient du cœur d’une élite de gauche frustrée. C’est la droite qui contrôle désormais l’Etat et nos institutions nationales, soutient Oz. Et cette droite, avertit-il, utilise sa vieille rhétorique de victimisation pour infliger la même exclusion aux autres.

Le retour à l’identité politique n’est pas limité au Likud ou à l’Union sioniste ; il est également devenu la stratégie préférée des petits partis.

Yisrael Beitenu dépérit. Un sondage de la Dixième chaîne du 19 février lui donne seulement cinq sièges, une baisse inquiétante par rapport aux 13 actuels. Au cours du week-end dernier, le chef du parti, Avigdor Liberman a affirmé à la Deuxième chaîne qu’il croyait qu’il pourrait gagner 10 sièges le jour du scrutin, une forte baisse par rapport aux 16 annoncés comme son objectif lors du lancement de la campagne du parti le mois dernier.

Après deux ans de popularité en baisse, une piètre performance dans les élections municipales d’octobre 2013 et le dévoilement, en décembre, d’une grande enquête de corruption qui a pris au piège certaines des personnalités les plus importantes du parti, Yisrael Beitenu se démène pour survivre.

C’est là le contexte politique de sa décision de concentrer une partie importante de sa campagne sur les anciennes générations d’immigrés russophones qui ont fondé le parti.

Alors que sa campagne officielle est une répétition pure et simple de ses positions passées – principalement son plan d’échange de terre et de population pour créer un futur Etat palestinien le long des lignes ethniques –  Liberman a fait il y a peu une promesse de campagne non conventionnelle.

« En Espagne, ils ont décidé d’introduire l’étude des échecs dans le programme scolaire obligatoire, a-t-il fait remarquer. C’est une décision sage et importante qui ouvrira l’esprit des enfants et leur enseignera l’une des leçons les plus importantes de la vie : voir et savoir comment planifier plusieurs coups d’avance. Dans la prochaine Knesset, je défendrai une telle loi ici, et j’ajouterai des cours d’échecs obligatoires dans les écoles d’Israël. »

À l’autre bord, le chef du parti Shas, Aryeh Deri, rencontre des problèmes identitaires semblables. Avec la création du parti rival Yachad par l’ancien chef du parti, Eli Yishai, le parti ultra-orthodoxe séfarade est passé de 11 sièges dans l’actuelle Knesset, à seulement six dans les sondages récents.

Capture d'écran de la vidéo de campagne du dirigeant du parti Shas, Aryeh Deri (Crédit : Capture d'écran YouTube/Shas Official)

Capture d’écran de la vidéo de campagne du dirigeant du parti Shas, Aryeh Deri (Crédit : Capture d’écran YouTube/Shas Official)

La réponse de Deri est à deux niveaux.

La campagne générale vise l’électorat traditionnel. « Vous n’êtes pas transparents, » déclarent les bannières du Shas à des millions de gens de la classe ouvrière et aux pauvres.

Les vidéos en ligne promettent de nouveaux « impôts sur la fortune » sur les biens de consommation onéreux et les grands héritages, afin de financer des programmes et des subventions pour les pauvres.

Mais il y a une autre campagne, plus sectorielle, plus subtile, dans laquelle Deri a changé son nom sur Facebook et sur les affiches, ajoutant son deuxième prénom typiquement marocain, Makhlouf.

Dans la dernière vidéo de la campagne, il explique le changement. « Les ‘transparents’ sont les Orientaux [Juifs du Moyen-Orient] qui ne peuvent pénétrer le plafond de l’arrogance, qui voient qu’il n’y a pas assez de juges mizrahi, de professeurs mizrahi. Aujourd’hui, ce n’est que dans les prisons qu’il y a plus de mizrahim que d’Ashkénazes [Juifs européens] ! »

Les transparents sont les Mizrahim que la société a poussé à changer de nom de famille, changer de Choukroun à Sharon, de Dahan à Dan, de Sabag à Segev, d’Aboutboul à Avital, de Siboni à Regev … « Les héros culturels des communautés orientales – rabbins, poètes, écrivains, chanteurs – ne resteront pas transparents dans les manuels, ni sur les billets de banque. Nos enfants ne seront pas mécaniciens automobile ! »

Avec son nouveau nom et la participation à ses meetings de militants vieillissants des « Black Panthers », le mouvement de contestation Mizrahi des années 1970, Deri fait l’appel le plus explicite de Shas depuis les années 1990 au sentiment de marginalisation ressenti par les Mizrahi Israéliens.

Les deux campagnes, celle du Shas et celle d’Yisrael Beitenu, ciblent les électeurs les plus âgés.

Les jeunes russophones sont tous intégrés dans l’Israël hébréophone et ont tendance à voter pour des partis traditionnels. Il est de plus en plus impossible de distinguer les jeunes Juifs Mizrahi de leurs homologues ashkénazes, en partie du fait de l’augmentation des mariages mixtes entre les deux communautés, en particulier dans les grandes villes, ce qui fait qu’il est de plus en plus difficile de trouver des Israéliens Mizrahi qui ne soient pas aussi des Israéliens ashkénazes.

Mais ces changements ne sont pas parvenus aux anciennes générations d’orientaux et des Juifs russophones, sur lesquelles les partis espèrent pouvoir encore compter pour qu’ils votent en fonction de leurs identités. Les campagnes politiques les plus troubles de l’élection, se tournent, quand le besoin s’en fait sentir, vers ces vieux creusets d’identité, les vieux liens forgés dans la marginalisation.

La ténacité de l’exclusion

À la mi-décembre, deux jeunes militants israéliens, Nimrod Dweck et Itamar Weizman, ont fondé l’organisation V15 qui cherche à détrôner Netanyahu le 17 mars. En vertu de la loi stricte de financement des campagnes électorales en Israël, le groupe, qui reçoit des fonds de l’étranger, principalement de Juifs américains penchant à gauche, ne peut pas faire de propagande pour un parti ou un candidat particulier. Donc Dweck et Weizman ont élaboré une stratégie inédite dans les campagnes électorales israéliennes.

La stratégie : localiser les zones où les électeurs sont susceptibles de s’opposer à Netanyahu et envoyer les militants faire du porte-à-porte en invitant tout simplement les habitants de ces quartiers à aller voter.

Des militants V15 dans leur bureau de Jérusalem le 9 février 2015 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Des militants V15 dans leur bureau de Jérusalem le 9 février 2015 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

« Nous avons essayé de comprendre le profil démographique de l’électeur et de déterminer ainsi où nos [militants de] base peuvent travailler » a expliqué Dweck dans une récente conversation avec le Times of Israel. « Nous avons corrélé ces données avec les résultats des dernières élections, tant nationales que municipales. »

Quand ils ont fait la cartographie de la répartition géographique de plus d’un million et demi d’électeurs israéliens du centre ou de gauche, ils ont été déboussolés.

Ils avaient imaginé que leur effort idéaliste porterait sur « les zones périphériques, les villes de développement, les quartiers pauvres, les lieux qui me convenaient, idéologiquement ».

Mais l’enquête de campagne a révélé que le soutien pour le centre-gauche politique était concentré « surtout dans les grandes villes, Tel-Aviv, Herzliya, Kfar Saba, Raanana, Ramat Hasharon, Ramat Gan, Givatayim, Haïfa, Zichron… »

La gauche se concentre précisément là où la sagesse conventionnelle israélienne le suggère, tandis que la droite est plus forte dans les périphéries géographiques et sociales, tout comme cela a été du temps de Begin. Beaucoup de choses ont changé au cours des cinq dernières décennies, mais certains des modèles les plus fondamentaux de l’identité politique israélienne sont restés intacts.

Alors, quand la campagne du Likud déclare que la course se joue entre « nous et eux », entre patriotes et « antisionistes », l’attaque personnelle explicite contre Isaac Herzog et Tzipi Livni n’est que la moitié de l’histoire.

Il y a un plus grand « eux » dans l’imaginaire politique de la droite, nébuleux, changeant, mais indéniablement présent. Bien qu’Israël ait été dirigé par eux pendant 13 des 19 dernières années, dont 9 années avec Netanyahu comme Premier ministre, les dirigeants du Likud font encore appel à la mémoire d’exclusion.

De même, lorsque le parti HaBayit HaYehudi fonde l’ensemble de sa campagne électorale sur le slogan : « Nous ne nous excusons plus », il fait aussi référence à cette vieille guerre de culture, le sentiment que le narratif de la droite religieuse a été mis de côté pendant trop longtemps par l’élitisme de la gauche.

Ces politiques identitaires sont moins utiles à la gauche. Le parti peut-être le plus clairement identifié avec la politique socialiste et un Etat-providence robuste est le Meretz. Cependant le Meretz est sans doute le parti qui fait le moins appel aux pauvres et aux démunis qui constituent la matière première dans son récit idéologique.

Le Meretz aura du mal à obtenir plus que ses six sièges actuels à la Knesset – pas parce que les électeurs désapprouvent sa politique, mais parce qu’ils ne peuvent pas s’identifier à sa provenance culturelle. A tort ou à raison, le parti est largement perçu comme trop laïc, trop centré sur la banlieue nord de Tel-Aviv, trop ashkenaze, et en général trop bien niché au sommet de ce que Deri a justement appelé « le plafond de l’arrogance » pour faire appel à des couches sociales et économiques qui pourraient le transformer en une force politique plus importante.

En fin de compte, ce sont des partis comme le Shas et Yisrael Beitenu qui ont réussi à placer franchement les besoins et les intérêts de leurs électeurs marginalisés sur l’ordre du jour national.

Leur affaiblissement au cours des dernières années peut, peut-être, être interprété comme un signal que ces électorats s’intègrent lentement dans la société israélienne. De même, la hausse au cours des dernières élections de forts partis centristes suggère que les amères querelles gauche-droite qui ont caractérisé la vie publique israélienne dans le passé s’estompent lentement, mais sûrement, de la mémoire.

Ainsi, la prochaine génération de dirigeants israéliens peut s’avérer être moins portée vers le vitriol et l’animosité que l’actuelle génération.

Pour l’instant, la campagne électorale de 2015 est une preuve suffisante que la vieille politique de l’identité et de l’exclusion est loin d’être morte, qu’en l’absence de différences idéologiques perceptibles entre la gauche et la droite, la politique israélienne actuelle peut surtout produire de la polémique.