D’étranges choses peuvent se produire quand les politiciens israéliens débattent de la question de la paix avec les Palestiniens.

Lors d’un débat lundi soir face à une assistance forte d’une centaine d’anglophones au port de Tel-Aviv, les cinq représentants de l’ensemble du spectre politique étaient tout à fait convaincants.

Ayelet Shaked de HaBayit HaYehudi a mentionné à juste titre l’amère expérience dans laquelle le retrait israélien de Gaza a entraîné un accroissement de la violence, et non l’inverse.

Yaakov Peri de Yesh Atid et Michael Oren de Koulanou ont donné voix au sentiment répandu qu’un accord de paix était une composante nécessaire de la sécurité d’Israël, et que les puissances arabes régionales peuvent détenir la clé alors que les négociations israélo-palestiniennes directes ont échoué.

Hilik Bar du Camp sioniste et Tamar Zandberg de Meretz, ont, quant à eux, exprimé l’observation sensible et plus ou moins discutable que la stature diplomatique et internationale d’Israël dépendait dans une large mesure de la capacité à montrer que qu’Israël est vraiment intéressé par la paix.

Les députés ont livré ces observations et d’autres avec force et conviction.

Cependant, même s’ils ont défendu leurs positions aussi clairement et sincèrement que possible, ils ont eu du mal à répondre aux défis des autres camps.

Les précédentes initiatives de paix ont abouti à un échec ignominieux et même à un désastre – Shaked peut difficilement être contredite sur ce point. Mais si la séparation d’avec les Palestiniens est trop dangereuse pour être réalisable, qu’en est-il des droits civils d’un peuple non-israélien qui ne sera pas affranchi d’Israël ?

Tamar Zandberg en mai 2013 (Crédit : Michal Shmulovich/Times of Israel)

Tamar Zandberg en mai 2013 (Crédit : Michal Shmulovich/Times of Israel)

Zandberg a insisté sur le fait que les pourparlers de paix avaient été aléatoires au fil des ans, et qu’une poussée intensive pourrait donner des résultats qu’aucun effort antérieur n’avait produit.

Pourtant, cette critique ignore sans doute le facteur humain derrière les échecs du passé. La plupart des Israéliens, y compris beaucoup de ceux qui votent pour Zandberg et Meretz, sont sceptiques quant à la capacité de la politique palestinienne de rendre la pareille en matière de paix.

L’idée d’une voie régionale de la paix a été entendue depuis de nombreux mois. Netanyahu l’a proposée après la guerre de l’été à Gaza. Peri a invoqué une telle politique lundi soir. Mais personne n’a encore expliqué de manière détaillée et convaincante pourquoi, en invitant l’Egypte, la Jordanie ou l’Arabie saoudite à la table des négociations, il serait plus facile de trouver un accord sur le retour des descendants des réfugiés palestiniens, sur la division de Jérusalem ou sur les arrangements en matière de sécurité qu’Israël exige pour la paix.

Ces lacunes dans le débat reflètent une perplexité nationale plus large. Une majorité des Israéliens veulent se séparer des Palestiniens. Une majorité – qui recouvre en grande partie le groupe précédent – croit également qu’un retrait israélien est peu susceptible de fournir la sécurité. Et donc, dans un sens, tout le monde est à droite.

Pour Bar, l’indépendance palestinienne augmenterait, et ne diminuerait pas, la fenêtre politique pour une riposte militaire israélienne à des attaques postérieures au retrait. Shaked a calmement souligné qu’à Gaza, les choses n’ont pas tout à fait fonctionné de cette façon.

Shaked a affirmé que le pays pourrait « gérer le conflit », amenant Peri à rétorquer que c’est au contraire le conflit qui « gérait » le pays, en occupant une place démesurée dans la fixation de l’ordre du jour national.

A gauche et à droite, et parmi les centristes, le débat a montré qu’il était plus aisé pour les hommes politiques israéliens de souligner les faiblesses dans les propositions des autres que d’intégrer des critiques dans les leurs.

Quelques rapides conversations avec les participants après le débat ont suggéré que c’était aussi l’avis du public – lequel n’avait pas changé de façon spectaculaire son opinion sur le conflit ou sur les partis.

Au bout du compte, après une longue série de pourparlers de paix qui ont échoué, les Israéliens ne croient plus dans les arguments de la politique du passé. Ils ne croient pas que la paix est réalisable à court terme, ni que l’annexion pourrait résoudre les questions fondamentales du conflit.

Il en est de même, semble-t-il, des candidats à cette élection.