Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé vendredi le démantèlement, en Espagne et au Maroc, d’une cellule qui organisait l’envoi de combattants djihadistes en Syrie notamment, avec sept personnes arrêtées dont deux Français.

« Quatre personnes ont été arrêtées en Espagne – trois à Melilla et une à Malaga -, parmi lesquels le responsable de la cellule, et trois au Maroc », a indiqué le ministère, précisant que l’opération avait été menée conjointement par les polices espagnole et marocaine.

A Melilla, enclave espagnole située dans le nord du Maroc, outre le chef présumé de la cellule, la police a arrêté deux Français, identifiés comme Paul Cadic et Farik Cheikh, « qui allaient se rendre en Syrie pour faire le jihad ».

Selon le ministère, il s’agit de « la cellule la plus importante responsable de l’envoi de djihadistes en Syrie et dans d’autres zones de conflits » et « le réseau avait des ramifications au Maroc, en Belgique, en France, en Tunisie, en Turquie, en Libye, au Mali, en Indonésie et en Syrie, entre autres ».

« C’est un coup dur contre les réseaux d’envoi de djihadistes », s’est félicité le ministère, indiquant que ce réseau recrutait ses membres à travers d’internet.

Dans un texte distinct, les autorités marocaines ont précisé que les trois personnes interpellées dans le royaume se trouvaient à Laroui, ville située à 20 km au sud de Melilla.

S’agissant du « cerveau » de la cellule, il a lui-même un temps résidé à Laroui avant de s’installer dans l’enclave, d’où il est parvenu « à envoyer un groupe de volontaires de différentes nationalités pour aller combattre au Mali, en Syrie et en Libye », a indiqué le ministère marocain de l’Intérieur.

Cet homme, qui se « livrait également à la collecte de dons financiers conséquents qu’il acheminait vers des organisations terroristes », avait en outre « tissé de solides relations » avec les membres d’une cellule « démantelée en novembre 2012 », selon la même source.

Menacé directement par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans une vidéo inédite diffusée l’an dernier, le Maroc annonce régulièrement le démantèlement de « cellules terroristes » et ne cache pas son inquiétude face à l’embrigadement de jeunes djihadistes envoyés sur des fronts tels que la Syrie avant de revenir dans le royaume.

Cela « montre clairement l’insistance d’Al-Qaïda et des groupes qui lui sont affiliés à porter atteinte à la stabilité du royaume et de ses alliés », a réaffirmé vendredi le ministère de l’Intérieur.

Ce nouveau démantèlement survient par ailleurs trois jours après les commémorations des attentats islamistes du 11 mars 2004 en Espagne, à l’occasion desquelles le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, a prévenu qu’il existait un « risque probable » d’attentat dans le pays.

Le Centre national de coordination antiterroriste « qualifie d’élevée la menace d’un attentat islamiste en Espagne », a souligné le ministre.

« Il est évident que l’Espagne fait partie des objectifs stratégiques du jihad global, nous ne sommes pas les seuls évidemment mais nous sommes dans la ligne de mire », a-t-il ajouté.

« L’Espagne apparaît dans un certain nombre de déclarations de Al-Qaïda et de ses filiales locales », « ou les filiales qui ont des combattants en Syrie contre le régime » de Bachar al-Assad, a encore affirmé M. Fernandez Diaz.

Depuis 2004, a-t-il indiqué, 472 djihadistes ont été arrêtés en Espagne, alors que 105 l’avaient été avant cette année-là. Il a ajouté que le nombre de membres des forces de l’ordre mobilisés pour la lutte antiterroriste avait été « multiplié par cinq » depuis 2004, soit 1 800 personnes actuellement.

D’avril 2012 à novembre 2013, 20 djihadistes de 15 à 49 ans sont partis d’Espagne en Syrie : neuf Marocains, résidant à Malaga, dans le sud, à Girone, en Catalogne, ou à Ceuta, et 11 Espagnols, presque tous natifs de Ceuta, selon l’institut d’études stratégiques Elcano.