Pour la toute première audience en son genre, la puissante commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset s’est réunie lundi pour discuter des moyens permettant à la police et à la justice israéliennes de s’unir pour réprimer rapidement l’industrie largement frauduleuse des options binaires en Israël.

Des représentants du ministère de la Justice et de l’Autorité des titres israélienne ont assisté à cet événement et répondu aux questions posées par la présidente de la commission, la députée Karine Elharar, issue du parti centriste Yesh Atid, sur les raisons ayant empêché jusqu’à présent toute action visant à mettre un terme à cette industrie et sur les éléments à mettre en œuvre dorénavant pour résoudre le problème.

L’absence de la police israélienne, convoquée mais absente de la réunion, a été notée.

« Si la police était là, nous pourrions lui demander pourquoi elle n’a ouvert aucune enquête sur le sujet, a déclaré Elharar. Mais elle n’est pas là. »

Suite à la rencontre, la police a fait savoir qu’elle n’avait aucun commentaire immédiat à faire sur son absence à la commission. Le porte-parole de la police n’a, par conséquent, pas été en mesure de commenter les questions abordées.

Elharar a prévu une session de suivi au mois de février, et a indiqué qu’elle s’assurerait, via le ministre responsable, que la police aurait dans l’intervalle apporté des réponses à la rencontre de lundi et qu’elle serait présente lors de la prochaine réunion.

David Horovitz, rédacteur en chef du Times of Israël, à gauche, pendant une session de la commission de Contrôle de l'Etat de la Knesset sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. A droite se trouve Graham Towler, retraité anglais victime des options binaires israéliennes. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

David Horovitz, rédacteur en chef du Times of Israël, à gauche, pendant une session de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. A droite se trouve Graham Towler, retraité anglais victime des options binaires israéliennes. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

Shmuel Hauser, directeur de l’Autorité des titres israélienne, des représentants du bureau du procureur général et du ministère de la Justice, qui travaillent ensemble sur une législation visant à faire interdire cette industrie, étaient notamment présents.

Déclarant à la commission qu’elle avait décidé de convenir d’une audience sur les options binaires après avoir été alertée sur le phénomène par David Horovitz et Simona Weinglass du Times of Israel, Elharar a indiqué qu’elle avait rapidement reconnu qu’ « un crime était en train de se commettre, juste sous nos nez ».

Au cours des derniers mois, le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv », et a estimé que l’industrie représente plus de 100 entreprises en Israël, dont la plupart sont frauduleuses et emploient diverses ruses pour voler l’argent de leurs clients.

« Si les options binaires sont interdites en Israël, pourquoi les exportons-nous ? », a demandé Elharar à la commission pendant son introduction.

« Les options binaires donnent une mauvaise réputation à Israël. Comment pouvons-nous vaincre ce phénomène ? »

« Des milliers d’Israéliens se lèvent chaque jour et vont travailler pour voler de l’argent à des gens, partout dans le monde », a expliqué Horovitz à la commission.

« Vous devez comprendre que les escrocs des options binaires sont très puissants en Israël ; ils ont des liens avec des personnes très importantes. »

« UUne partie du gouvernement israélien a même aidé à encourager leurs activités, a-t-il ajouté. Les entreprises rémunèrent les avocats les plus chers pour battre ceux qui tentent de les percer à jour. Les entreprises paient les avocats les plus chers pour lutter contre ceux qui tentent de les exposer. Certains d’entre eux donnent de l’argent à des œuvres caritatives, ce qui leur permet d’accéder et d’influencer les personnes les plus importantes d’Israël. »

Horovitz a ajouté qu’ « il est illégal de donner des conseils d’investissement malhonnête. Il est illégal de mentir sur sa localisation et son identité, de mentir sur son nom et sa formation. Mais ce sont des pratiques quotidiennes dans les options binaires. La police n’a pas besoin de nouvelle loi pour poursuivre ces criminels. L’Autorité des titres israélienne n’a pas besoin de nouvelle loi pour fermer immédiatement les entreprises coupables, a-t-il ajouté. Il est illégal de refuser à des personnes de retirer leur argent. »

« Mais ces deux violations de la loi se produiraient largement dans les options binaires », a-t-il poursuivi.

Hauser a indiqué à la commission qu’une nouvelle législation serait nécessaire pour empêcher les entreprises de vente d’options binaires de viser une clientèle à l’étranger. Mais plusieurs juristes et militants de la lutte contre les options binaires présents ont mis en doute le fait qu’il faille une nouvelle législation pour mettre en place une telle interdiction.

Nimrod Assif, avocat israélien représentant des victimes des options binaires et du Forex, a indiqué qu’ « un crime est un crime, s’il est commis à un moment ou à un autre en Israël. Si vous aviez un laboratoire qui exportait des stupéfiants à l’étranger, Israël pourrait le fermer. C’est la même chose pour les options binaires. Il n’y a pas besoin d’une nouvelle loi. »

Graham Towler, banquier à la retraite de Londres âgé de 82 ans, est venu en Israël pour assister spécialement à la Commission et expliquer comment il a été escroqué de la somme de 70 000 livres sterling par une entreprise appelée OptionsXO, dont il a ultérieurement appris qu’elle opérait depuis Israël. « Je dois continuer à travailler à l’âge de 82 ans pour rembourser la dette que j’ai contractée », a-t-il dit devant les intervenants.

« Je ne peux pas contribuer à l’éducation de mes petits-enfants, et je devrais peut-être déménager dans une maison moins chère. »

Adam Nujidat, ex-employé israélien arabe au sein d’une entreprise d’options binaires, a signalé qu’il avait été, en toute innocence, content de trouver un travail dans une de ces industries, ignorant absolument de quoi il s’agissait.

Il a déclaré avoir été choqué lorsque son futur superviseur lui a dit : « Nous escroquons plus d’un demi-milliard de musulmans dans le monde arabe. » Il a ajouté : « Je suis musulman, cela m’a énervé. »

Nujidat a poursuivi : « Aucun client n’a jamais réalisé un bénéfice dans l’entreprise où j’ai travaillé. Je n’ai jamais vu ça. »

C’est Bobby Ben Hur, militant s’étant présenté au nom des victimes de l’industrie des options binaires, qui a employé les mots les plus durs. « Beaucoup de gens sont allés voir la police avec des preuves et la police n’a rien fait. Le gouvernement israélien protège ces entreprises », a-t-il accusé.

La commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset supervise le travail réalisé par le contrôleur de l’Etat, et elle est responsable de l’évaluation et de la critique de l’exécutif.

C’est elle qui indique les éventuels cas de corruption ou de négligence de la part de la bureaucratie au pouvoir. En tant que telle, elle est habituellement présidée par un parti d’opposition de la Knesset.

Le bureau du Premier ministre a condamné en octobre les « pratiques sans scrupule » de l’industrie, et a appelé à son interdiction dans le monde entier.

La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l'Etat de la Knesset, à droite, le président de l'Autorité des titres israélienne, Shmuel Hauser, troisième à droite, et d'autres participants à une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset, à droite, le président de l’Autorité des titres israélienne, Shmuel Hauser, troisième à droite, et d’autres participants à une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

En novembre, Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne (ATI), a déclaré au Times of Israël que des consultations avaient commencé sur la formulation d’une loi qui interdirait à toutes les entreprises d’options binaires basées en Israël de cibler n’importe quel individu dans n’importe quel pays. (Il est déjà interdit aux entreprises israéliennes de cibler des Israéliens.) Les consultations ont été étendues au procureur général, Avichai Mandelblit, et au gouvernement, a-t-il déclaré.

Lundi, les intervenants réunis à la Knesset ont appris qu’une nouvelle législation serait prête dans quelques semaines.

La commission a convoqué une autre audience pour le mois de février, dans un mois. Elharar a indiqué qu’elle s’attendait à voir un progrès d’ici là de la part de la législation, ainsi que des mesures d’application de la part de la police.

« Nous devons faire avancer la législation, a-t-elle conclu, mais avant, nous devons utiliser les outils de mise en œuvre qui sont à notre disposition parce que cette fraude aux options binaires est tout simplement terrible. »