BERLIN – Un nouveau jugement sur une ancienne affaire, qui affirme que l’incendie d’une synagogue est une expression d’une protestation contre Israël, a attiré l’attention sur l’approche judiciaire allemande de l’antisémitisme.

Le dirigeant du Congrès juif européen a réagi avec consternation à l’information : une haute cour allemande a récemment conclu qu’il n’y avait pas d’erreur de procédure dans les procès de 2015 et 2016 contre les trois hommes d’origine palestinienne accusés d’avoir incendié une synagogue de Wuppertal.

L’incendie de la synagogue Bergisch de Wuppertal a eu lieu au petit matin du 29 juillet 2014, après la fin d’une fête du Ramadan et au plus fort des manifestations contre Israël pendant la guerre de Gaza en Allemagne et ailleurs.

Les trois hommes ont été jugés coupables d’incendie volontaire et ont été condamnés à des peines de prison avec sursis en 2015. Leurs peines avaient été allongées en janvier 2016 suite à l’appel du procureur. La haute cour a rejeté le mois dernier l’appel des accusés pour des raisons de procédure.

Moshe Kantor, président du Congrès juif européen, a déclaré vendredi dans un communiqué qu’il était « incroyable que des tentatives d’incendier une synagogue aient été assimilées au mécontentement des politiques du gouvernement israélien. » Il a ajouté que le verdict de 2015 était équivalent à une « ouverture de la chasse aux juifs ».

Moshe Kantor, président du Congrès juif européen, en août 2007. (Crédit : Orel Cohen/Flash90)

Moshe Kantor, président du Congrès juif européen, en août 2007. (Crédit : Orel Cohen/Flash90)

Les trois accusés avaient affirmé pendant leur procès de 2015 qu’ils étaient soûls et avaient fumé de la marijuana quand ils ont tenté de s’en prendre à Israël, en raison de la guerre à Gaza, en jetant des cocktails Molotov dans la synagogue. Un voisin avait été témoin de leurs actes et avait appelé la police. Les dommages ont été minimes, et personne n’avait été blessé.

Les hommes ont souligné qu’ils n’avaient voulu blesser personne. Ils se sont excusés auprès de la communauté juive.

Bien que le dirigeant de la communauté juive locale, Leonid Goldberg, ait déclaré avoir vu l’attaque comme un signe d’ « antisémitisme pur », la cour n’a pas été d’accord. Le ciblage d’un lieu de culte juif avait des « preuves circonstancielles évidentes », mais n’a pas permis à la cour de conclure au motif antisémite, avaient écrit les juges en 2015.

Le récent jugement, en réponse à l’appel du précédent par les accusés, n’était « pas un nouveau verdict sur l’affaire elle-même, mais uniquement une confirmation qu’aucune violation des règles de procédure n’a été commise », a déclaré à JTA Nathan Gelbart, avocat berlinois qui traite des aspects judiciaires de l’antisémitisme.

La colère contre la cour était probablement justifiée en 2015, quand le tribunal avait jugé qu’ « aucune motivation antisémite n’a pu être identifiée dans l’incendie volontaire commis par les accusés », a déclaré Gelbart.

« C’était une affaire claire et nette », a déclaré Deidre Berger dans un courriel, qui dirige le bureau berlinois de l’American Jewish Committee. « Alors pourquoi est-il si difficile pour la justice d’affirmer l’évidence selon laquelle la haine d’Israël masque souvent l’antisémitisme ? »

L’année dernière, un tribunal d’Essen avait affirmé que des chants anti-Israël de « mort et de haine des sionistes » pendant une manifestation étaient antisémites. Après sa défaite en appel, la mise à l’épreuve de l’accusé avait été augmentée de dix mois.