Une école de Vancouver s’excuse auprès d’élèves pour avoir exclu Hanoukka des célébrations
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Une école de Vancouver s’excuse auprès d’élèves pour avoir exclu Hanoukka des célébrations

Des élèves de sixième ont mené un combat - et l’ont gagné - dans leur école publique décorée pour Noël

Illustration d'une hanoukkia (Crédit : Bill Frankel)
Illustration d'une hanoukkia (Crédit : Bill Frankel)

Le Conseil des Écoles de Vancouver (Vancouver School Board) s’est excusé auprès de deux élèves juives de sixième et de leur famille, après que leur directeur a refusé qu’elles apportent des symboles de Hanoukka à l’école – une école publique pourtant déjà décorée pour Noël.

La semaine dernière, Maya Sontz et Rebecca Weinberg, ainsi que leurs parents, se sont tournées vers les médias après le refus essuyé par les filles : l’administration de leur école, la General Gordon Elementary, ne voulait pas qu’elles apportent des objets de Hanoukka pour les mettre avec les décorations de Noël. La directrice, Hope Sterling, a également refusé que l’on chante des chants de Hanoukka pendant le concert des vacances d’hiver.

« Je n’ai rien contre Noël. Je pense juste qu’ils devraient y ajouter Hanoukka et plus d’autres religions, » a déclaré la jeune Rebecca, 11 ans, à CTV News.

L’école General Gordon Elementary School à Vancouver, Canada (Crédit : Michael Sayachack via wikicommons)

« C’est une école publique, donc si tout le monde peut y venir, vous devez intégrer tout le monde, » clame sa camarade de classe Maya.

La raison invoquée par Starling pour exclure des objets tels qu’un chandelier de Hanoukka [hanoukkia] et des bougies, est que ce sont des symboles religieux, tandis que le sapin de Noël dans le hall de l’école est de nature purement culturelle.

Le tout premier timbre émis par la poste du Canada pour Hanoukka le 20 novembre 2017. (Crédit : autorisation de la poste du Canada)

« En fait, on nous a proposé, si vraiment nous insistions, de mettre sous le sapin, ou d’y suspendre, une toupie » raconte Sheila Sontz, la mère de Maya, visiblement contrariée.

Pour Sontz, dit-elle à CTV, le sapin de Noël et le Père Noël sont autant représentatifs d’une fête religieuse que l’est le chandelier.

« Dans l’école, on parle de l’ouverture comme une politique. C’est très contrariant » ajoute Sontz.

La première réponse du Conseil des Écoles de Vancouver (VSB) donnée aux familles juives n’a fait que renforcer la décision de refus de Sterling.

La surintendante de VSB, Nancy Brennan, a soutenu Sterling, affirmant à CTV que les directeurs ont toute latitude pour décider des décorations de fêtes dans leur école.

« Je ne suis pas une experte en matière de symboles et représentations culturels, donc je ne voudrais pas prendre des décisions pour les écoles à l’échelle de tout le district, à savoir ce qui est approprié ou pas, » déclare Brennan.

Le sapin de Noël de 15 mètres sur la place du Beffroi de Jaffa (Autorisation : Ville de Tel l Aviv-Jaffa)

Sollicité pour une réponse, VSB a publié une déclaration confirmant son soutien au multiculturalisme, à la diversité et à l’inclusion dans ses écoles, mais n’a pas abordé la plainte spécifique des familles juives à la General Gordon Elementary.

La déclaration fait seulement mention d’un projet d’école où les élèves sont encouragés à parler avec leur famille de ce qui est important pour eux à cette époque de l’année, et à dessiner une image importante pour eux.

« L’école décorera les murs pour le concert d’hiver avec l’art qui dépeint les célébrations de l’hiver pour les enfants de toutes les religions et les cultures, » poursuit la déclaration.

Le 8 décembre, lors d’une interview avec la radio CBC, l’ancienne présidente de VSB, Patti Bacchus, a déclaré avoir été atterrée par ce qu’elle a appelé « un piètre jugement de la situation » par le Conseil.

Patti Bacchus (Crédit : Facebook)

Bacchus ajoute qu’elle a été extrêmement déçue par ce qu’elle qualifie de « vision très eurocentrée de ce qu’est Noël et de ce qu’il représente », et par le fait que le Conseil en rajoute en laissant chaque école décider de ses décorations de fête.

« Il y a une politique qui engage le district à soutenir un climat qui respecte, reflète et encourage la diversité religieuse, » dit encore Bacchus à CBC.

« Ce n’est pas très difficile d’inclure l’éventail des religions…. C’est important pour tous les élèves d’apprendre cela… Ça fait partie de l’enseignement dans les écoles publiques en milieu multiculturel où nous voulons que les enfants comprennent que nous vivons dans une société avec toutes sortes de religions et de cultures, et cet aspect-là doit être salué et respecté, » ajoute-t-elle.

Bacchus a également rejeté les arguments de Sterling selon lesquels l’arbre de Noël est un symbole moins religieux que le chandelier de Hanoukka.

« Une personne éduquée et douée de sens commun devrait savoir que Noël est une fête religieuse. Je ne pense pas que ce fait soit à remettre en question ou soit à décider par une politique du conseil d’école, » déclare Bacchus.

Le rabbin Dan Moscovitz, du Temple Sholom de Vancouver, s’est indigné de l’incident à la General Gordon Elementary.

Le rabbin Dan Moskovitz du Temple Sholom, Vancouver. (Crédit : autorisation)

« L’ironie douloureuse, c’est que Hanoukka célèbre la liberté religieuse. Les Macchabées ont combattu pour préserver cette liberté et résister à la tyrannie de la majorité qui voulait forcer notre peuple [à abandonner] ses symboles religieux et ses pratiques, » indique Moscovitz.

Le rabbin se demande si la décision de la directrice de l’école était motivée par « un parti pris délibéré contre les Juifs et le judaïsme », ou bien par « une ignorance culturelle fondamentale ».

Dans les deux cas, Moscovitz appelle le Conseil des Écoles à examiner l’aptitude de la directrice à tenir une position d’influence et d’autorité auprès des enfants.

Dans une déclaration du 10 décembre dernier faite au Times of Israel, le CIJA (Centre for Israel and Jewish Affairs) – la branche de défense des intérêts juifs au Canada – a exprimé sa fierté envers les élèves de sixième, Maya et Rebecca, pour avoir rendu public leurs démarches qui n’ont pas trouvé de solutions au sein de l’école.

Selon le directeur de la branche pacifique de CIJA, Nico Slobinsky, l’association a été en contact avec VSB et le gouvernement provincial de Colombie britannique pour trouver une issue à cette affaire.

CIJA considère la réponse initiale du Conseil des Écoles selon laquelle « il y a des politiques spécifiques de multiculturalisme, anti-racisme et non-discrimination » non satisfaisante.

« Les politiques n’ont aucun sens si elles ne sont pas mises en œuvre. Nous continuons de travailler avec des responsables pour trouver une solution. Nous avons l’espoir d’y parvenir dans les prochains jours » précise Slobinsky.

La couverture médiatique et le tollé soulevé par CIJA et les autres a eu un impact. Le 10 décembre, Le Conseil des Ecoles de Vancouver, par l’entremise de sa présidente Janet Fraser, s’est formellement et publiquement excusé auprès de Maya et Rebecca.

« Le VSB regrette sincèrement toute initiative de la General Gordon Elementary qui ont eu un effet négatif sur l’inclusion et la représentation des élèves et des parents au sein de notre communauté scolaire. En tant que présidente, je m’excuse au nom du Conseil auprès des élèves et de leur famille qui ne se sont pas sentis accueillis et intégrés dans leur école. Nous admettons qu’il y a eu confusion, en ce qui concerne l’interprétation et la mise en œuvre de notre politique, de ce qui est permis dans le cadre des festivités d’hiver à venir, y compris Hanoukka, » a écrit Fraser.

Fraser et l’équipe de l’école ont promis de rencontrer les membres des familles juives lundi, afin de « s’assurer que leurs enfants, ainsi que tous les autres, sont bien inclus e représentés dans leur école ».

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