La gouverneure de la Banque d’Israël Karnit Flug n’est pas femme à se laisser impressionner par les récentes mises en garde lancées par les dirigeants internationaux, dont l’ambassadeur de l’UE en Israël Lars Faaborg-Andersen, quant à d’éventuelles répercussions de l’échec du processus de paix sur l’économie du pays.

Selon Flug, l’économie israélienne a déjà survécu à de nombreuses tempêtes politiques, et cela continuera ainsi.

« Plus les résultats des négociations sont positifs, plus les perspectives économiques le seront aussi », a déclaré Flug lors d’une conférence de presse dimanche matin. « Nous avons l’expérience des chocs géopolitiques, et notre économie a su faire montre d’une grande résilience. »

« L’économie israélienne est bien intégrée aux autres économies occidentales et est assez forte pour résister à toutes les conséquences financières de la rupture des pourparlers de paix avec les Palestiniens », ajoute-t-elle.

Flug s’est exprimée face aux journalistes au sujet la situation économique israélienne en 2014.

Et d’évoquer un large éventail de sujets, de la réaction de la banque fédérale israélienne face à un shekel surévalué, aux informations positives en provenance du marché du logement excessif.

Flug décrit une économie en bonne santé comparée à celle des États-Unis, d’Europe et des pays en développement. Un journaliste étranger a d’ailleurs interrogé Flug sur l’entrée d’Israël dans le très select groupe du G-20 qui rassemble les principales puissances mondiales. La gouverneure a refusé de répondre à la question.

Les statistiques macroéconomiques en provenance d’Israël sont extrêmement positives, assure Flug. En 2013, l’économie et le PIB par habitant ont connu un accroissement trois fois supérieur à celui des autres pays de l’OCDE, et quatre fois supérieurs à celui des pays de la zone euro.

Le taux de chômage, qui s’élève à 6,3 %, figure parmi les plus bas dans le monde, presque deux fois inférieur à la moyenne européenne.

Israël a réussi à résorber les dépenses : le ratio dette publique par rapport au PIB, une statistique clé pour déterminer la solvabilité d’un pays, est de 67,4 % pour Israël, par rapport à 110,3 % dans les pays de l’OCDE, et 106,4 % dans l’UE.

L’une des grandes préoccupations d’Israël est la forte évaluation du shekel par rapport aux autres devises. En effet, la devise israélienne s’est inscrite en hausse à la fois face au dollar et à l’euro, depuis mi-2011.

Une situation dramatique pour les exportateurs israéliens, selon lesquels le faible taux de change les rend moins compétitifs à l’étranger puisque leurs produits y sont vendus trop chers.

La banque entend les protestations des exportateurs, et a réagi en réduisant les taux d’intérêt et en achetant des dollars, afin de maintenir à la baisse la valeur du shekel, souligne Flug.

Cette faiblesse du taux de change, aussi indésirable soit-elle, témoigne néanmoins de la bonne santé de l’économie israélienne.

« Elle n’est pas le résultat de la spéculation », assure Flug. « La force du shekel est due à des facteurs fondamentaux, dont l’augmentation substantielle des investissements étrangers directs dans des sociétés israéliennes et l’anticipation d’un large marché international pour les gisements de gaz naturel découverts en Israël. »

Mais la situation économique pourrait encore être améliorée. « A 30 000 pieds, tout semble rose, mais sur le terrain, il y a des problèmes », a déclaré Flug.

Le coût élevé du logement, les conséquences sur la croissance de la non-intégration des grandes communautés ultra-orthodoxes et arabes au marché du travail et le manque d’investissement dans l’éducation sont les principales inquiétudes.

Etudes après études, l’OCDE montre que les lycéens israéliens sont à la traîne en sciences, mathématiques, en résolution de problèmes… Un constat inacceptable pour Flug.

« Compte tenu des tendances démographiques parmi les Arabes et les haredim, il est crucial pour l’économie d’améliorer leur intégration dans le marché du travail et dans la société israélienne », a déclaré Flug.

« Mais je crois que cela se passe en ce moment. J’ai visité des centres de formation professionnelle pour femmes arabes, un groupe peu intégré dans l’économie jusqu’à maintenant, mais qui semble vouloir le faire. Et il y avait des programmes similaires pour les Israéliens ultra-orthodoxes ».

« Ils comprennent qu’ils n’ont pas les compétences et la formation nécessaires pour s’intégrer avec succès. Je crois qu’ils sont bien plus intégrables au marché du travail aujourd’hui. »

Si le coût élevé de la vie demeure une épine dans le dos de la classe moyenne, Flug a exprimé son optimisme sur la question. Le nombre de mises en chantier et de réalisations en 2013 était le plus élevé de la dernière décennie, assure Flug, citant les statistiques de la Banque d’Israël.

La hausse des constructions de logements, en particulier dans les zones à forte demande, et le projet de loi prévoyant la suppression de l’impôt sur la valeur ajoutée (TVA) de 18 % en faveur des primo-accédant, constituent de bons signes pour le marché.

« La demande de logements s’est stabilisée durant l’année écoulée, et davantage de maisons sont construites. Les prix vont se stabiliser et même chuter », dit-elle.

La baisse des prix des logements, le taux faible et stable de l’inflation, la croissance économique, la collecte plus efficace des impôts, sont des signes annonciateurs d’un prochain rapport encore plus éclatant, assure la gouverneure de la Banque d’Israël.