Une femme affirmant s’être fait passer pour un homme depuis la mort de son époux il y a 43 ans afin de pouvoir travailler et faire vivre sa famille, a été récompensée par le président en Egypte à l’occasion de la fête des Mères.

« J’avais coupé mes cheveux », raconte par téléphone à l’AFP Sisa Abou Daooh, 65 ans, depuis son village près de Louxor, dans le sud rural et pauvre de l’Egypte.

« J’ai commencé à porter la galabeya (longue tunique traditionnelle portée par certains Egyptiens), un turban et des chaussures d’homme pour chercher du travail, c’était dur de trouver pour une femme », explique-t-elle d’une voix presque masculine.

Veuve avec une fille à charge, elle indique avoir ainsi pu travailler, d’abord à la confection de briques, puis aux champs. Quand sa santé a commencé à décliner, elle a ciré des chaussures dans la rue.

Dimanche, au lendemain de la fête des Mères extrêmement populaire en Egypte, elle a reçu la médaille de « Mère travailleuse exemplaire » des mains du président Abdel Fattah al-Sissi dans son palais du Caire.

Dans sa tenue d’homme, elle a aussi reçu du chef de l’Etat 50.000 livres égyptiennes, soit environ 6.000 euros, une somme dans un pays où les plus pauvres gagnent à peine quelques centaines de livres par mois.

« C’était dur de se déguiser en homme mais sans cela, ils m’auraient harcelée et empêchée de travailler, ou même attaquée », assure Sisa Abou Daooh, tout en jurant qu’elle va continuer à travailler dans les mêmes vêtements. « Jusqu’à ma mort ! », lance-t-elle.

La Constitution proclame l’égalité de l’homme et de la femme mais si dans les villes, les femmes peuvent accéder à peu près à tous les métiers, la réalité est toute autre dans les zones rurales. Et les ONG dénoncent régulièrement le poids prépondérant des hommes en politique et dans les postes à responsabilité dans l’entreprise.