Une femme a accusé Roman Polanski de l’avoir agressée alors qu’elle n’avait que 10 ans et a lancé une pétition demandant que le célèbre réalisateur né en Pologne soit destitué de l’Académie des arts et des sciences du cinéma .

Marianne Barnard, une artiste qui vit en Californie, a expliqué que l’incident avait eu lieu durant une séance photo en 1975 arrangée par sa mère sur une plage de Malibu.

« D’abord, j’ai simplement compris que j’allais à la plage avec ma maman. Nous étions là depuis un moment, toutes les deux, puis il est arrivé », a-t-elle raconté dimanche au Sun. « Et elle a expliqué que cet homme voulait prendre des photos de moi dans ce manteau en fourrure. J’ai pensé que c’était pour un magazine ou quelque chose comme ça ».

Barnard a indiqué que lorsque le réalisateur lui avait demandé d’ôter son maillot de bain pendant la séance, elle n’avait pas réalisé le caractère inhabituel de la chose.

« Pour commencer, il a pris des photos de moi en bikini, puis avec le manteau. Ensuite, il m’a demandé d’enlever le haut du bikini, ce qui ne m’a pas gênée car je n’avais que dix ans et je me promenais souvent sans porter de haut », a-t-elle raconté.

« Mais c’est là qu’il m’a demandé d’enlever le bas de mon bikini – et je me suis sentie très mal à l’aise. Puis, à un moment, j’ai réalisé que ma maman était partie », s’est-elle souvenue. « Je ne sais pas où elle était allée et je ne me souviens pas d’avoir réalisé qu’elle allait partir mais elle n’était plus là. Puis il m’a agressée sexuellement ».

Elle a précisé sur Twitter qu’elle pensait que sa mère avait organisé la rencontre afin d’obtenir de Polanski de l’argent pour qu’elle puisse se payer son doctorat.

Barnard a indiqué qu’elle avait décidé de raconter son histoire suite à la vague de dénonciations d’agressions sexuelles à l’encontre du producteur Harvey Weinstein.

« Je me sentais terriblement tiraillée par le fait d’avoir gardé le silence pendant tout ce temps et de voir ces femmes qui parlaient courageusement et j’ai pensé que je ne pouvais pas en toute conscience savoir ce que je sais – et avoir traversé ce que j’ai traversé – et ne pas parler », a-t-elle ajouté, disant qu’elle espérait que d’autres femmes qui auraient été éventuellement agressées par Polanski lui emboîteront le pas et qu’il sera « enfin traduit en justice ».

Harvey Weinstein à Sun Valley, dans l'Idaho, le 12 juillet 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images)

Harvey Weinstein à Sun Valley, dans l’Idaho, le 12 juillet 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images)

La pétition de Barnard a d’ores et déjà recueilli plus de 13 000 signatures. Elle y écrit que le départ de Polanski du conseil d’administration de l’Académie des arts et des sciences du cinéma serait une « petite conséquence pour qu’il réfléchisse à ses crimes et au mal immense qu’il m’a fait ainsi qu’à ses autres victimes ».

Ses accusations contre Polanski surviennent après que des procureurs suisses ont déclaré au début du mois qu’ils allaient examiner les affirmations lancées par une femme allemande, qui a fait savoir que Polanski l’avait violée en 1972 dans la ville de Gstaad, alors qu’elle avait 15 ans.

Cette initiative signifie que la Suisse n’a pas exclu de poursuivre le réalisateur malgré des questions sur le délai de prescription du crime.

Renate Langer, ancienne actrice âgée de 61 ans, a fait savoir le mois dernier à la police qu’elle avait rencontré Polanski alors qu’elle était mannequin à Munich. Elle s’était rendue chez lui, à Gstaad, où il l’avait violée.

« Le bureau du procureur du Canton de Bern a confirmé… qu’il traitera le dossier », a indiqué dans un courriel le porte-parole du procureur, Christof Scheurer.

Langer est la quatrième femme à accuser Polanski d’agression sexuelle.

Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski, à Chanceaux-près-Loches, dans le centre de la France, le 28 août 2016. (Crédit : Guillaume Souvant/AFP)

Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski, à Chanceaux-près-Loches, dans le centre de la France, le 28 août 2016. (Crédit : Guillaume Souvant/AFP)

En 1977, Polanski avait plaidé coupable aux Etats-Unis pour avoir eu des relations sexuelles illégales avec Samantha Geimer — alors âgée de 13 ans – mais il avait fui le pays avant d’être condamné. Il reste un fugitif aux yeux du système judiciaire américain.

L’actrice britannique Charlotte Lewis avait également accusé Polanski de l’avoir agressée en 2010. Lewis avait affirmé que le réalisateur « s’était jeté sur elle » alors qu’elle venait tout juste de fêter ses 16 ans.

Au mois d’août, une femme seulement identifiée sous le nom de Robin a déclaré lors d’une conférence de presse à Los Angeles qu’elle avait été « agressée sexuellement » par le réalisateur de film franco-polonais alors qu’elle avait 16 ans, en 1973.

La carrière cinématographique de Polanski a continué à fleurir depuis qu’il a fui les Etats-Unis pour la France, où il est largement considéré comme une icône.

Il a eu huit Césars – l’équivalent français des Oscars – ainsi que le prix du meilleur réalisateur de l’Académie pour le drame consacré à l’Holocauste « Le pianiste ».