Une femme juive et sa partenaire ont été parmi les premiers couples de même sexe à être officiellement mariés en Grande-Bretagne samedi, après qu’une loi autorisant les mariages homosexuels soit entrée en vigueur à minuit, dans tout le pays.

Nikki Pettit, une femme juive âgée de 29 ans, a épousé Tanya Ward, 28 ans, lors d’une cérémonie juive célébrée à Brighton, sur la côte sud de la Grande-Bretagne.

Ward est une chef pâtissière, qui a rencontré Pettit, qui travaille dans un centre pour enfants, lors d’un rendez-vous arrangé, il y a six ans.

De nombreux couples de même sexe se sont dit « oui » aussitôt après minuit samedi au Pays de Galles et en Angleterre après l’entrée en vigueur d’une « loi d’égalité » très attendue.

Une loi historique légalisant le mariage homosexuel est entrée en vigueur samedi, peu après minuit heure locale (et GMT) en Angleterre et au Pays de Galles, dernière étape d’un long combat pour les défenseurs des droits des homosexuels.

Des premiers mariages entre gays ou lesbiennes ont aussitôt été célébrés, dans l’espoir d’être le premier couple à dire « oui », un moment qualifié d' »important pour le pays » par le Premier ministre britannique David Cameron.

A Brighton (sud de l’Angleterre), Neil Allard et Andrew Wale ont été parmi les premiers, dans les minutes après minuit, à se passer la bague au doigt.

Vêtus de costumes trois-pièces agrémentés de cols en velours et de fleurs blanches à la boutonnière, Neil et Andrew, en couple depuis sept ans, se sont étreints et embrassés après être devenus « mari et mari ».

« Nous sommes très heureux que ce jour soit enfin arrivé », a déclaré Andrew Wale, un écrivain et metteur en scène de 49 ans.

Sortant dans la nuit fraîche après la cérémonie, les deux hommes ont eu la surprise de se voir acclamés par des centaines de personnes réclamant un discours.

Peter McGraith et David Cabreza ont également convolé peu après minuit, après 17 ans de vie commune, devant leurs amis et leurs deux fils adoptifs à Londres, où des drapeaux arc-en-ciel flottent sur les bâtiments ministériels.

Beaucoup d’autres couples comptent se dire « oui » pendant le week-end.

Cette réforme, à laquelle les défenseurs des droits homosexuels sont très attachés, est avant tout symbolique, les couples homosexuels bénéficiant déjà des mêmes droits parentaux que les couples hétérosexuels : ils peuvent adopter, recourir à la procréation médicalement assistée et à une mère porteuse, pourvu qu’elle ne soit pas rémunérée. Ils peuvent également s’unir depuis 2005 dans le cadre d’un partenariat civil.

« Nous ne voulions pas nous marier tant qu’il ne s’agissait pas d’une union équivalente à celle que ma mère et mon père ou d’autres hommes et femmes ont partagée », a déclaré à l’AFP Teresa Millward, 37 ans, qui épouse samedi dans le Yorkshire (nord de l’Angleterre), sa compagne depuis 11 ans.

« Pour le dire simplement, ça n’aura plus d’importance en Grande-Bretagne si vous êtes hétérosexuel ou homosexuel – l’Etat reconnaîtra votre relation de la même manière », a déclaré Cameron au sujet de cette loi.

Contrairement à la France où d’immenses manifestations se sont succédé contre le mariage pour tous, le projet de loi britannique, approuvé en juillet 2013 au parlement, n’a suscité quasiment aucun remous dans l’opinion publique, majoritairement favorable à la réforme.

Un sondage, publié vendredi et réalisé pour BBC Radio 5 auprès de 1 007 Britanniques, montre néanmoins que 22 % des sondés refuseraient une invitation à un mariage gay, même si 68 % sont favorables à cette réforme.

Il suggère également que les femmes (75 %) et les jeunes (80 % des 18-34 ans) soutiennent davantage le mariage homosexuel que les hommes (61 %) et les plus de 65 ans (44 %).

La réforme a divisé le parti conservateur tandis que l’Eglise anglicane d’Angleterre, majoritaire dans le pays, l’a également contestée.

Elle a exclu mi-février la bénédiction de mariages homosexuels ainsi que la possibilité pour les membres du clergé de se marier avec une personne du même sexe.

Cependant, l’archevêque de Cantorbéry Justin Welby, chef spirituel des 80 millions d’anglicans dans le monde, a indiqué jeudi que l’Eglise ne mènerait plus campagne contre le mariage de couples de même sexe.

« Je pense que l’Eglise a réagi en acceptant totalement l’idée que c’est dorénavant la loi, et doit réagir samedi en continuant à démontrer, dans la parole et les actes, l’amour du Christ pour tous les êtres humains », a-t-il déclaré au journal The Guardian.

L’évêque de Buckingham (nord-ouest), plusieurs évêques anglicans à la retraite ainsi que plusieurs rabbins se sont « réjouis qu’à partir de demain, les couples de même sexe puissent se marier en Angleterre et au Pays de Galles », dans une lettre ouverte.

Si les premières cérémonies sont autorisées à partir de samedi 00h01, les mariages homosexuels scellés dans d’autres pays sont validables en Angleterre et au Pays de Galles depuis le 14 mars.

En Ecosse, qui bénéficie de pouvoirs décentralisés, le mariage homosexuel devrait devenir légal dans le courant de l’année, tandis que l’Irlande du Nord demeure profondément divisée sur le sujet, et ne prévoit pas de modifier la loi.

Le mariage homosexuel est légal dans 14 autres pays, et en partie seulement dans certains pays comme les Etats-Unis, où 16 Etats l’autorisent.

« Ensemble, nous avons fait de notre pays un endroit où nous célébrons l’amour, qu’il soit homo ou hétéro », s’est félicité Nick Clegg, le numéro 2 du gouvernement, appelant chacun « à lever son verre ».