Les rabbins et d’autres personnalités spirituelles qui utilisent leur influence pour exploiter sexuellement leurs adeptes pourraient faire face à toute la rigueur du droit pénal, si une proposition de loi qui est passée mardi en première lecture à la Knesset était adoptée.

Adoptée en lecture préliminaire en janvier, la proposition de loi fait partie d’efforts plus larges visant à créer un cadre pour faire face aux sectes en Israël et demande jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour les délinquants.

Mais le libellé lui permettra de traiter également les cas dans lesquels des personnalités religieuses exploitent sexuellement leurs adeptes. Les activités seraient considérées comme criminelles si la figure d’autorité exploitait la « réelle dépendance psychologique » de sa victime pendant ou autour d’une période où des conseils ont été donnés lors de rencontres face-à-face.

La proposition de loi, présentée par la deputée Michal Rozin du Meretz et signée par des élus de tout le spectre politique, place de telles rencontres sur un pied d’égalité avec les relations sexuelles entre un thérapeute et son patient, qui sont illégales, selon le quotidien Haaretz en hébreu.

« Il s’agit de dépendance psychologique, tout comme il existe dans une relation thérapeute-patient », a déclaré Rozin. « C’est le rôle du Parlement de déclarer que les relations sexuelles dans le cadre de cette dépendance ne peuvent pas avoir lieu dans le cadre de la loi mais qu’elles doivent être interdites par le droit pénal. »

Liat Klein, conseillère juridique de l’Association des centres de crise de viol en Israël, qui a contribué à rédiger le texte de loi, a déclaré : « Les rabbins et les personnalités spirituelles créent une grande dépendance à l’égard de ceux qui s’adressent à eux, généralement en un moment de détresse ou de crise. »

Goel Ratzon, gourou et leader d'une secte, au tribunal en 2010 (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Goel Ratzon, gourou et leader d’une secte, au tribunal en 2010 (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Les services de police et du parquet se sont efforcés pendant des années de poursuivre Goel Ratzon le chef d’une secte, qui se présentait comme un gourou spirituel, et qui a finalement été condamné en septembre de multiples infractions sexuelles, dont le viol, la sodomie, des relations sexuelles avec une mineure, agression indécente et fraude .

Ratzon, 64 ans, qui a été condamné à 30 ans de prison et condamné à payer des centaines de milliers de shekels en dédommagement à ses victimes, est soupçonné d’avoir eu jusqu’à 32 «épouses» depuis 1991. Il aurait également engendré au moins 49 enfants, certaines sources médiatiques estimant que plus de 60 enfants ont été impliqués dans sa secte.

Les procureurs ont tenté de créer un précédent juridique « d’esclavage spirituel » et ont fait valoir que les relations, notamment sexuelles, avec 12 femmes doivent être vues dans le contexte du contrôle spirituel de Ratzon qui a annulé la capacité des femmes à choisir librement.

Le tribunal a acquitté Ratzon de l’accusation d’esclavage sexuel et a rejeté la tentative du parquet d’entériner l’esclavage spirituel comme un précédent.

Selon le Centre israélien pour les victimes des sectes, il y a environ 100 sectes actives en Israël, avec de 15 000 à 20 000 adultes et 3 000 enfants dans leurs rangs.